GemlucArt Monaco : pourquoi les amateurs d’art ont-​t-​ils mauvaise conscience ?

Cette sixième édition 2014 du GemlucArt à Monaco est un succès indiscutable sur le plan artistique. Le public, très nombreux cette année, fut impressionné par l’excellente tenue des œuvres présentées.

Cette exposition annuelle est organisée par Laurence Garbatini sous l’égide du Groupement des Entreprises Monégasques dans la Lutte contre le Cancer, d’où l’acronyme GemlucArt. Le commissaire de l’exposition 2014 est Yvon Kergal, artiste breton installé dans le Var au Vieux Cannet des Maures. Nul doute que le succès de cette édition 2014 lui revient en grande partie.

Nous l’avons rencontré. Il nous fait part de son expérience inédite de commissaire d’exposition, lui l’artiste, authentique et humble, amené à choisir parmi ses pairs. « C’est très difficile, nous confie-​t-​il, de se soustraire de sa propre expression artistique. Je ne pouvais pas ne retenir que les œuvres que j’aimais, mais néanmoins je devais faire des choix, et forcément je les faisais avec ma propre perception de ce que doit être l’expression artitique. » Il avoue que cela lui a beaucoup apporté sur le plan personnel, de la fatigue certes, mais aussi la nécessité de s’ouvrir à d’autres formes d’expression. Il confesse également : « Beaucoup d’artistes n’ont aucune perception des contingences logistiques d’une telle manifestation. Les œuvres annoncées n’arrivaient pas. Plus un artiste a de talent, plus il est abordable. » Yvon Kergal a visé juste. Le public se bousculait devant les œuvres exposées, effectivement très hétéroclites, mais toutes très fortes.

Monbay Victoria terminus, Fred Kleinberg Les rameurs de New-York City
Fred Kleinberg
Monbay-​Victoria terminus, 2004
huile sur toile et collage, 200X200 cm
Gaspard Schlum
Les rameurs de New York City

Si le public a préféré une œuvre visionnaire très bouleversante, d’excellente facture, de Gaspard Schlum, représentant deux rameurs dans New York dévastée et innondée, le jury a retenu une huile sur toile et collage de Fred Kleinberg : Monbay, Victoria terminus. Cette œuvre de 2004 n’a que peu de rapport avec le thème retenu pour l’édition du GemlucArt 2014 : elle et lui. Mais le jury nous explique que ce tableau reflète la misère des sans-​abris en Inde qui parviennent à se loger avec rien. À Monaco, cela ne risque pas de se produire.

Ce choix du jury reflète le mal-​être des amateurs d’art. Le besoin irrépressible de bonne conscience trouve ici un exutoire. Du reste cette manifestation ne se déroule-​t-​elle pas sous la bénédiction de la lutte contre le cancer ? L’art est-​il compatible avec cette recherche de rédemption ? L’art a-​t-​il pour vocation d’aider à se repentir d’être riche et en bonne santé ? Est-​ce qu’il sert dorénavant à cela dans notre société d’opulence et de gâchis ?

Bien vite le public s’installa avec détermination face aux tables du cocktail.

Georges Gourdin

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