La France trouvera-​t-​elle aussi son chemin de Damas ?

Rappelez-​vous, il n’y a pas si longtemps : à peine deux à trois semaines. Quatre parlementaires français se rendaient en Syrie afin de susciter un processus de négociation entre tous les protagonistes du conflit au Moyen Orient. Ils se prenaient tous une volée de bois vert d’une inimaginable violence. Hollande, alors en déplacement aux Philippines, se permettait de traiter Bachar Al Assad de « dictateur », Valls de « boucher », tandis que Sarkozy traitaient les parlementaires de « gugusse » (notre édition du 28 février). 

Une voie courageuse se faisait toutefois entendre à contre-​courant de la déferlante bien pensante : celle de notre député Rudy Salles.

Conversion de saint-Paul sur le chemin  de Damas
Conversion de saint-​Paul sur le chemin de Damas

Alors que cela n’est pas vraiment une surprise, le secrétaire d’État américain, John Kerry, prend tous ses alliés de court et annonce il y a trois jours qu’ « au final, il faudra négocier avec Bachar Al Assad ». Cette annonce unilatérale, faite au mépris des chancelleries occidentales, cocufit toute notre classe dirigeante qui clame depuis 5 ans qu’il faut pour le moins renverser Bachar Al Assad, mais au mieux l’éliminer. N’oublions pas les propos ignobles(*) de Fabius, notre diplomate en chef.

Qu’est-ce qui a donc conduit John (Jean) Kerry à trouver son chemin de Damas ?

Les Américains reconnaissent du bout des lèvres à présent que les armes qu’ils déversent depuis des années au Moyen Orient servent actuellement à Daech. Les Américains, les Israéliens et les Européens se sont lancés dans une opération à très haut risque en décidant de renverser le régime syrien comme ils l’ont fait avec le régime libyen, ou quelques années plus tôt avec Sadam Hussein. D’énormes quantités d’armes, y inclus peut-​être des armes chimiques, en tout cas des armes lourdes, furent déversées en Syrie et en Irak. La plupart se retrouve à présent entre les mains de Daech.

Le renversement de Bachar Al Assad ne s’est pas passé comme prévu dans les réunions d’état-major américain. Le schéma qui consiste à s’appuyer sur l’aviation afin de n’envoyer aucun soldat au sol n’a pas marché. Les quelques tentatives d’intrusion dans l’espace aérien syrien ont révélé la redoutable capacité de la défense sol-​air syrienne. C’est la raison pour laquelle le déclenchement de l’offensive aérienne fomentée sur le mensonge du gaz sarin fut stoppé. Rappelons nous qu’alors Hollande dut être arrêté in extremis par les Américains tellement il croyait faire comme Sarkozy avec la Libye. Hier encore un drone américain a été abattu de nuit en Syrie alors que l’appareil survolait une région pacifiée [source], ce qui démontre la capacité de riposte de la défense aérienne syrienne, bien aidée il est vrai par les Russes.

John Kerry et Bachar Al Assad à Damas
John Kerry et Bachar Al Assad à Damas en février 2009

Les Américains cherchent une issue à leur néfaste fourvoiement. Alors John Kerry annonce qu’il retournera voir Bachar Al Assad, qu’il avait du reste rencontré en février 2009 à Damas.

Un jour viendra forcément où la France retrouvera elle aussi le chemin de Damas. Il aura fallu pour cela plusieurs centaines de milliers de morts, de déportés, des atrocités que l’on croyait d’un autre âge, des destructions de trésors archéologiques uniques, le drame des Chrétiens d’Orient. Les cicatrices seront très longues à se refermer. Il n’est pas sûr encore que la France comprenne qu’elle s’est fourvoyée en faisant une guerre américaine. 

Georges Gourdin 

(*) « Je suis conscient de la force de ce que je suis en train de dire : monsieur Bachar Al Assad ne mériterait pas d’être sur la terre ». Laurent Fabius, le vendredi 17 août 2012. 

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