Michel Maffesoli

Michel Maffesoli affirme être catholique, mais non chrétien

Le dernier exemplaire de la revue Éléments publie un entretien très riche avec le sociologue Michel Maffesoli. Volontiers provocateur, l’universitaire déroule une pensée très novatrice. Nous avons sorti cet extrait qui pourrait apporter des pistes pour sortir de la crise que traversent notre pays et l’Europe.

Éléments : Vous dites souvent, et vous l’avez redit en présentant votre dernier livre, « La parole du silence », que vous êtes catholique, mais non chrétien.

Michel Maffesoli : Je laisse de côté ce que peut avoir de provoquant une telle boutade et me contenterai de rappeler dans la foulée de Durkheim, que le fondement même de la vie sociale est ce que dernier nomme le « divin social ».
On pourrait même dire que ce qui est nommé ainsi est le ciment (« ethos ») permettant qu’il y ait du vivre ensemble et pas simplement une juxtaposition d’individus. C’est ce qui est le cœur battant du sociétal (terme actuellement bien galvaudé). En bref, le lien social n’est pas simplement rationnel, mais repose sur les sentiments, les émotions, vécus et éprouvés ensemble. C’est cela l‘esthétique. C’est cela que j’ai également nommé l’éthique de l’esthétique (Au creux des apparences, 1990.) Il me semble que, de diverses manières, on voit contemporainement resurgir une telle religiosité, un religieux diffus que je nomme, après Jacques Maritain, le Sacral.
Voilà en quel sens ce qui est catholique, partage de rituels, d’émotions, de passions religieuses, n’est pas réductible à une doctrine chrétienne. Il y a dans le catholique quelque chose de païen, voire d’idolâtrique, dont les cultes des saints sont l’expression achevée.
Michel Maffesoli Parole silenceJe rappelle à cet égard que ce catholicisme a joué un rôle non négligeable en Europe, tout comme les saints qui en furent les protagonistes. Saint Bernard, saint Benoit, saint Bonaventure, sans oublier les mystiques, tels sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, ont marqué profondément la culture européenne, et en constituent les racines fécondantes. Voila ce qu‘est la sensibilité catholique. Et il faut affirmer avec force qu’il y a dans ce catholicisme populaire et mystique une forte dose de paganisme.
Le protestantisme, qui lui se veut essentiellement chrétien, a tenté d’éradiquer un tel polythéisme et l’iconophilie qui en est la conséquence. Au travers du culte des saints, le catholicisme de tradition a des aspects que l’on peut nommer polythéistes. L’exemple que je donne souvent et que j’ai pour ma part bien connu dans ma jeunesse, ce sont les « Fêtes des rogations » — ces processions où l’on psalmodiait les litanies des saints afin d’attirer sur les humains la bienveillance divine : la bonne récolte, la pluie, etc. Ces fêtes des rogations sont, me semble-t-il, l’exemple type de la rémanence du paganisme dans le catholicisme : « do ut des », je te donne ma prière pour que tu me donnes des biens terrestres. Je pense qu’après le concile de Vatican II, il y a eu une lente, mais importante protestantisation du catholicisme qui a alors abandonné le latin (langue sacrée et mystérieuse) et une grande part de ces rituels magiques qui assurent la cohésion mystérieuse du vivre ensemble.
En effet, qu’est-ce que le paganisme sinon l’ancrage dans le pays, dans la terre, en un mot la participation magique au cosmos ? Une transcendance immanente en quelque sorte. Je rappelle que cette mise en perspective d’un paganisme postmoderne permet de comprendre le rôle que jouent les objets dans la vie quotidienne : nous croyons les « posséder » alors qu’ils nous « possèdent ». Et que dire des « hystéries » suscitées par le décès des sommités, « stars pop » et autres icônes populaires, dont l’actualité n’est pas avare !

 

Imprimer cet article

Ceci peut aussi vous intéresser

Bernard Antony

Et maintenant au tour de Bernard Antony de l’Agrif !

Les catholiques niçois se mobilisent ! Tout juste dix jours après la conférence de Jean …

Un commentaire

  1. Merci. Rares ceux qui échappent à la bien pensance.