Chamaillerie enfants

Débat et plan de coupe la parole

En réalisation, un plan de coupe désigne l’apparition à l’écran d’une image dissociée du son : Dans le cadre du direct, c’est quand une personne parle mais qu’elle n’apparaît pas à l’écran, parce que le réalisateur a choisi de montrer son interlocuteur, un animateur ou encore le public quand il y en a un.

Coupe paroleOn a donc pu voir la réaction du candidat qui ne s’exprime pas pendant que l’autre parle ce soir, lors du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ces plans de coupe avaient disparu des débats présidentiels depuis 1974 le match de boxe française Giscard vs Mitterrand (celui du célébrissime « monopole du cœur  »).

Depuis quelques jours, la grande question que se posaient les médias organisateurs du spectacle de cirque et autre télé-​réalité était : Plan de coupe ou pas pour le Grand Débat Présidentiel 2017.

Jusqu’au matin du grand duel, le suspens a été maintenu. Marine Le Pen n’avait toujours pas donné son accord. Heureusement, cet accord a été trouvé entre les deux candidats pour autoriser les plans de coupe pendant le débat, mais « avec parcimonie », a annoncé France Télévisions.

AVEC PARCIMONIE, c’est bien là où le bât blesse.

Pendant les trois heures d’émission, les deux animateurs, Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-​Cricq, garants de l’arbitrage du temps de parole ont été inexistants, incapables de contenir les deux contradicteurs qui s’invectivaient comme des gamins de maternelle.

Un duel de coups bas de chiffonniers, rien à voir avec celui chevaleresque de Roland et Olivier dans la légende des Siècles.

Dès lors, le pouvoir du contrôle de la tenue digne des échanges a été entièrement remis au réalisateur de ces plans de coupe. Un certain Tristan Carné, le réalisateur de ce débat présidentiel. Tristan Carné, également réalisateur de NRJ Music Awards, Danse avec les stars, Les Guignols de l’info Canal+, C politique France 5 etc. Vous l’aurez compris, on est loin de Marcel carné et son Quai des brumes, duquel il n’est pas l’incarnation.

Cliquer sur l'image pour l'agrandirUne réalisation bien particulière qui a permis de rythmer le déroulement du débat. Les plans de coupe, appelons cela les plans d’écoute, sont sortis du débat télévisé. Les images choc ont été privilégiées : Le candidat qui opine du chef qui a une moue dubitative etc… Ainsi le sourire narquois et condescendant de Marine Le Pen, pour son cadet, a largement été filmé pendant qu’Emmanuel Macron parlait, et réciproquement. Chacun s’essayant à capter la caméra au détriment de celui qui parlait. Chacun s’est transformé en « grimaceur » compulsif.

Ces plans de coupe ont ainsi permis à Marine Le Pen de jouer les zombies devant le diabolisateur Macron.

On peut d’ailleurs se poser la question de la spontanéité de ce jeu d’acteur et se demander si ce numéro n’était pas prévu pour tenter le buzz façon « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». Il aura bien fallu le plaquer au meilleur moment.

Quant à Emmanuel Macron, il n’a pas été épargné non plus, la bouche baveuse à souhait. La bave du crapaud n’atteignant pas la blanche colombe.

Mais au fait, puisque le temps de parole est décompté, à la seconde près, pour chaque candidat, impartialité oblige :
• Qu’en est-​il du temps de passage à l’antenne de chaque visage ? Il va bien falloir compter cela aussi.
• Qui va contrôler l’impartialité du réalisateur de cette machine à couper le sifflet, le CSA ?

Cette recherche permanente des rictus ridicules a eu un mérite, rendre ce débat ridicule, les deux finalistes ridicules, la télé ridicule, ces élections ridicules, les Français ridicules.

Ce débat pénible, insupportable, m’a rappelé Le grand combat, d’Henri Michaux :

Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;
Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.

L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
Le cerceau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret
Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et on vous regarde
On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.

Michel Lebon

Ceci peut aussi vous intéresser

Emmanuel Macron fat

Les gaffes du Président Macron

Depuis Les mésaventures du roi Midas du poète grec Ovide, contemporain de Jésus-​Christ, Les fourberies …