Exode rapatriés Algérie 1962

Lorsque la France n’allait pas même sauver ses propres naufragés

27 juin 1962 : deux navires de guerre espagnols sauvent plus d’un millier d’Oranais

Ils attendaient là, assis sur des caisses, entourés de vieilles valises, de ballots, de couffins, quelquefois de petits cadres de bois faits à la main, étouffants dans la chaleur de l’été, espérant un signe, un ordre de dernière minute, quelqu’un qui leur dirait : « Embarquez ! ».

De Gaulle avait donné l’ordre au gouvernement français de ne pas utiliser les navires de guerre pour abréger leur attente et, sur son ordre, le gouvernement avait refusé l’offre de compagnies de navigation étrangères qui souhaitaient apporter leur aide.

Il était allé bien plus loin en demandant aux compagnies de navigation, la Transat, la Compagnie de Navigation Mixte et la Société Générale des Transports Maritimes, de réduire le nombre de rotations hebdomadaires (il y en eut 16 en février, 7 en mars et seulement 3 en avril) afin de ralentir le rapatriement et d’empêcher une arrivée massive de Français d’Algérie. 

Les vols d’Air France et Air Algérie étaient également réduits de moitié. Cette politique d’abandon, totalement programmée par le chef de l’État, a coûté des centaines de vies humaines.

Peu lui importait qu’ils soient massacrés sur place, sur les quais.

Fort heureusement et très courageusement, contre les ordres reçus, les commandants de quelques bateaux acceptèrent beaucoup plus de passagers que la limite maximale autorisée. Ainsi le « Jean Laborde» des Messageries Maritimes quittait les quais d’Oran en direction de Marseille avec 1 430 passagers au lieu des 420 autorisés.

Ce fut le cas dans tous les ports d’Algérie avec les « Ville de Bordeaux», « Ville de Tunis», « El Djezair » et surtout le « Kairouan » qui battait tous les records avec plus de 1 900 passagers sur une capacité de 1 172 places.

Le « Cambodge » avait lui une capacité de 440 passagers. Alors qu’une fusillade éclatait sur les quais, faisant plusieurs victimes, le capitaine permettait à 1 233 personnes d’embarquer.

Le « Lafayette » en avait pris 1 200 et le « Kairouan » 2 200.

Les commandants et les équipages de ces bateaux ont eu une conduite exemplaire et patriote, contre les ordres du gouvernement et du chef de l’État et ils ont sauvé des centaines de vies humaines.

Alors que la France abandonnait à la furie sanguinaire du FLN et de l’ALN des milliers de citoyens français, l’Espagne envoyait plusieurs navires civils et deux navires de guerre pour aider le départ des Oranais (il est vrai qu’en 1962 les Martinez, Gomez, Fernandez, Lopez et autres Segura n’étaient que des Français…d’origine espagnole. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’ils versaient leur sang pour libérer la France lors des première et seconde guerres mondiales).

Le 27 juin, deux navires de guerre espagnols se présentaient à l’entrée du port d’Oran dans le but de transporter le maximum de Français d’origine espagnole vers la péninsule ainsi que les derniers partisans de l’OAS.

Le général Katz, responsable militaire, sur ordre du gouvernement français, leur interdisait de pénétrer dans le port sous le prétexte absurde « que l’on n’avait pas besoin d’eux ».

Ces deux navires de guerre ont récupéré plus d’un millier de personnes qui avaient réussi à se rendre « par leur propre moyen » à la limite des eaux territoriales.

Des CRS ont voulu monter à bord afin de contrôler les identités mais les capitaines de ces deux navires de guerre leur en ont interdit l’accès : « Vous êtes ici en territoire espagnol ! »

Plusieurs centaines d’Oranais n’ont pas eu la chance de quitter leur ville entre ce 27 juin et le 5 juillet 1962 et ils furent massacrés dans des circonstances abominables.

L’Algérie française c’était fini, de Gaulle l’avait finalement liquidé mais dans quelles conditions ?

Voici l’appréciation que l’ancien ministre résidant de l’Algérie, Robert Lacoste, gouverneur général jusqu’au 13 mai 1958 et député socialiste, donc pas très favorable à la colonisation, a porté sur de Gaulle : « De Gaulle a fini la guerre d’Algérie comme un charcutier ».

Il estimait donc, à juste titre d’ailleurs, que de Gaulle avait du sang sur les mains.

C’est en tous les cas l’interprétation que je me fais de sa déclaration.

Il est vrai qu’il aurait pu tout aussi bien dire : « comme un boucher ». Cela aurait été plus approprié !

Manuel Gomez

PS : Le mardi 17 juillet 1962, 3 400 personnes, qui attendaient sur les quais depuis dix jours, avaient pu enfin embarquer et échapper ainsi à un massacre certain.

[NDLR] Lire également notre article du 9 septembre 2015 : Que les pieds-​noirs aillent se réadapter ailleurs !
C’était il y a 55 ans, jour pour jour. Depuis lors les choses ont bien changé : les dirigeants français qui se réfèrent dorénavant tous au « gaullisme » font affréter des navires pour aller chercher les émigrés jusque sur les côtes africaines — alors qu’un chômage structurel lourd ronge la société — et allouent des moyens financiers considérables pour les héberger sur notre territoire tout en les autorisant à préserver leur propre culture. Cherchez l’erreur !

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3 commentaires

  1. Pierre Dufay-Dupar

    Ignominie du micro-​général surnommé le général du micro

  2. Fernand Jourdan

    « Cherchez l’erreur ! » dites vous, mais il n’y en a pas.
    Le fil conducteur de cette apparente contradiction, c’est… Rothschild.
    Rappelons-​nous que Pompidou entre au service des frères Rothschild en 1953, comme administrateur de nombreuses sociétés du groupe bancaire. Il devient dès 1958 directeur de cabinet de de Gaulle et membre du Conseil constitutionnel en 1959 tout en poursuivant ses activités chez Rothschild. Comme par hasard c’est lui que de Gaulle désigne pour une mission de négociation avec le Front de Libération Nationale (FLN) en 1961.
    Et qui aujourd’hui sponsorise l’immigration de masse ? Les lobbies financiers mondialisés.
    CQFD

    • Frédéric Pastorino

      Vous avez raison monsieur Jourdan !
      N’oublions pas que c’est notamment le groupe Rothschild qui soutenait le RPF du général de Gaulle. Le trésorier du parti, René Fillon (ami de Pompidou et sans parenté avec François Fillon) fut directeur de la banque Rothschild et administrait à l’époque du RPF des groupes tels que la Société d’Investissement du Nord, la Société Minière et Métallurgique de Penaroya, la Société des Mines de Fer de Mauritanie, la Compagnie Française des Minerais d’Uranium – toutes en partie ou totalement contrôlées par le groupe Rothschild.
      Et aujourd’hui c’est toujours les Rothschild, à travers Soros notamment, qui financent les ONG « Welcome Refugees » et « No border ».