Panthéon

On ira tous au Panthéon, même moi…

Qu’on soit béni ou qu’on soit maudit, on ira
Tout’ les bonn’ sœurs et tous les voleurs
Tout’ les brebis et tous les bandits
Avec les saints et les assassins
Les femmes du monde et puis les putains
On ira tous au Panthéon !

Curieux destin que ce bâtiment, le Panthéon devenu le symbole républicain de l’honneur suprême dû aux grands serviteurs de la République.

En 1744, alors qu’il se trouve à Metz souffrant d’une grave maladie, Louis XV fait le vœu, s’il survit, de faire ériger une église dédiée à Sainte Geneviève. Ce fut fait. C’est la Révolution, qui entraînera l’expropriation de cette église catholique au profit de sa nouvelle religion laïque toujours en recherche de transcendance.

Extrait du discours d’Emmanuel Pastoret en 1791 : « Messieurs, Le Directoire propose à l’Assemblée nationale de décréter que le nouvel édifice (comprendre l’église, mot tabou à l’époque) Sainte-​Geneviève soit destiné à recevoir les cendres des grands hommes… Que l’Assemblée nationale puisse seule juger à quels hommes cet honneur sera décerné… Que le Directoire soit chargé de mettre l’édifice Sainte-​Geneviève en état de remplir sa nouvelle destination, et fasse graver au-​dessus du fronton ces mots : Aux grands hommes la patrie reconnaissante »

Emmanuel Macron grand manipulateur de symboles, vient d’annoncer la prochaine sacralisation de Simone Veil ; façon « santo subito  » au sein de ce temple funéraire à la laïcité, au frontispice horriblement machiste :

AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE

Emmanuel Macron ne respectant pas ainsi une des règles des conditions requises à cette « panthéonade  » : Afin de donner le temps de la réflexion, de laisser reposer les émotions et d’éviter que certaines décisions soient prises à la hâte, est instauré par décret le 8 février 1795 un délai de dix ans suivant la mort d’une personne avant qu’elle puisse entrer au Panthéon.

AvortementMais là, le temps presse, on se demande pourquoi ? Vitesse et précipitation, notre « maître des horloges » a avancé précipitamment les aiguilles du temps.

Les aiguilles du temps, qui en 1975 par la loi Veil, ont définitivement rangé aux oubliettes les aiguilles des faiseuses d’anges (image ci-​contre). La fin, enfin, de cette pratique barbare pour des avortements dorénavant « raisonnés », enfin et surtout « généralisés ».

Simone Veil, icône malgré elle de cette loi, fervente féministe, va donc entrer au Panthéon des grands hommes y retrouver les 72 gisants mâles et les trois femmes qui y sont déjà honorées : Marie Curie, Geneviève de Gaulle-​Anthonioz et Germaine Tillion. On notera qu’avec ces deux dernières, Geneviève et Germaine, Pierre Brossolette, Jean Zay, Jean Moulin et maintenant Simone, les heures les plus sombres de notre histoire sont largement représentées avec rien moins que 8 % des effectifs.

« Entre ici, Simone Veil !  » Il manquera la voie chevrotante et grandiloquente d’André Malraux pour l’accueillir comme il le fit pour Jean Moulin.

Simone Jacob, du nom de son mari Antoine Veil, souhaitait reposer à ses côtés. Comme le Grand Charles aux côtés de Tante Yvonne, qui eux sont réunis à Colombey-​les-​deux-​Églises. En étymologie hébraïque Simone signifie « celle qui est exaucée ». Qu’à cela ne tienne. Elle a donc été entendue par Jupiter le maître de cérémonie. Emmanuel Macron a donc invité Antoine à reposer auprès de son épouse. Il y a un précédent, Marcellin Berthelot le chimiste célèbre est mort une heure après son épouse Sophie, accablé de douleur. Sa femme sera alors inhumée à ses côtés. Il y aura donc ainsi deux couples réunis en famille sous la coupole.

Associer l’œuvre de quelqu’un à son couple relève du plus mauvais tabloïd. Que sait-​on de leur intimité ? S’aimaient-ils ? Cela ne nous regarde pas, on ne doit pas décorer les conjoints, les pacsés et autres proches. Va-​t-​on dans ce cas rapatrier également les épouses de Victor Hugo, Voltaire, Gambetta…

Simone Veil, femme au parcours exceptionnel et tragique, sans aucun doute. Qu’elle repose dans une paix méritée, près des siens. Cela ne lui donne pas l’absolution pour son parcours politique. Mettre au Panthéon quelqu’un qui a œuvré pour envoyer à l’incinérateur des millions de Français à naître, on peut POUR LE MOINS, ne pas être d’accord. À noter, pour sa décharge, qu’elle aura regretté toute sa vie que son nom soit associé à cette loi. Elle aura servi de prête-​nom aux fossoyeurs de notre population VGE et Chirac.

Il ne reste plus au pape François, champion de l’œcuménisme dans ses appels du pied à l’islam et au judaïsme, que de la béatifier à son tour. Sanctifiée, Simone Veil reposera sous la croix de l’ex-église de sainte Geneviève. Place des grands hommes.

Michel Lebon

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