Blasons Provinces France

Vous avez dit « Indépendance » ?

À propos de ce référendum catalan et de la discussion qui s’est ouverte à son sujet dans nos colonnes, j’aimerais apporter ma modeste pierre à l’édifice…

Yann Fouéré Europe cent drapeauxTout d’abord sur le sujet catalan lui-​même. Je suis assez régionaliste dans l’âme, militant (pas trop actif il est vrai), d’une Europe aux cent drapeaux, comme disait Yann Fouéré, le régionaliste breton dans son livre éponyme écrit en 1968. Mais ce combat régionaliste, qui sous-​entend un enracinement à plusieurs facettes, a été largement dénaturé par ce que réclament justement les Catalans. Aucune facette de cet enracinement qui nous est si cher n’est abordé dans leurs revendications. Leur seul point commun semble être la langue et le territoire. À noter que les Catalans français ne se sont pas (à ma connaissance) pressés pour les soutenir. Alors que quand le peuple basque avait des revendications autrement plus argumentées, la frontière était largement abolie….

Ce peuple catalan qui revendique son indépendance, réclame t-​il un quelconque droit du sang, ou même un droit au sol ? Alors qu’ils ont été frappés de plein fouet par la violence djihadiste cet été même, ils se sont empressés comme tous leurs semblables européens, d’allumer des bougies, de chanter « Imagine », sans jamais dénoncer un ennemi commun à tous nos peuples et qui n’a strictement rien à faire lui, de leur indépendance.

Par contre on les a vus critiquer le nombre de touristes européens venant selon eux envahir leur province et critiquer en même temps la tiédeur de Madrid pour l’accueil des migrants. Touristes, non ! Migrants, oui !
Barcelone tourist go home

Qu’attendent donc les Catalans de leur indépendance ?

Une économie un peu plus forte ? L’aide de l’Union Européenne ? dont se verraient bien dépendants nos indépendantistes. Mais celle-​ci ne veut pas d’eux. Oubliant qu’ils ont déjà un statut leur accordant une certaine autonomie, je pense donc que les revendications indépendantistes catalanes ne sont rien que des gesticulations gauchistes sur des principes éculés, sans réflexion sur l’avenir.

Jean de Pingon, indépendantiste savoyard, a parlé dans nos colonnes de l’« obsolescence programmée des États-​nations », ce qui a amené certains commentaires de la part de nos lecteurs. 

Je ne crois pas à la disparition des États-​nations et je dirai même que je ne la souhaite pas, leur existence permettant encore de résister à cette mondialisation. 

On peut cependant apporter un bémol à tout cela, rien ne pouvant se résumer à des assertions aussi simplistes. 

La définition même des États-​nations n’est pas simple. Certains États, comme la France, peuvent revendiquer une histoire plus que millénaire, avec une nation (version Barrès) construite au fil des siècles. Certes, nos amis savoisiens ou niçois ne le voient pas d’un œil bienveillant mais c’est ainsi.

Mais pense t-​on par exemple au traité de Versailles de 1919 qui imposa la création de certains États pour remplacer les anciens empires, et qui sema les germes d’une seconde guerre mondiale devenue inéluctable de ce fait ?

Pense t-​on à la Yougoslavie, pays européen qui fut maintes fois déchiré pendant le dernier siècle, pour finir bombardé par cette Europe et ses alliés américains ? Et finir en une mosaïque de petits États indépendants certes, mais…

Il y a donc État-​nation et État-nation !

Terre & Peuple Patries CharnellesQu’au sein de ceux-​ci des régions réclament un peu d’indépendance ou d’autonomie, pourquoi pas ? Cela existe. Le Val d’Aoste en Italie en est un parfait exemple. Une autonomie culturelle, économique, tout en restant dans le giron de Rome. La Lombardie, poussée par la Ligue du Nord à d’autres velléités, réclame une sécession avec l’Italie du sud. Là encore, il faut prendre au cas par cas et ne pas généraliser, bien différencier ce qui peut justifier la création d’une région indépendante. Quels en seraient les critères ? On cite la culture, la langue, l’économie, la géographie, l’histoire…

Tous ces éléments peuvent se retrouver dans le concept : une terre, un peuple. Des patries charnelles comme disait Saint Loup. Auxquelles on n’appartient pas par accident, mais par descendance ou par choix bien ancré.

Cette autonomie, ou indépendance, pourrait très bien se dérouler sous la tutelle d’un État-​nation, mais non jacobin. Un état qui garderait les fonctions régaliennes à sa charge. On peut appeler cela un fédéralisme. Cela conduit à des États suffisamment forts, composés de « régions » ayant chacune leurs règles, leurs coutumes, leur population indigène à l’origine.

Cela fonctionne très bien en Suisse ou aux USA… alors ?

Patrice LEMAÎTRE

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2 commentaires

  1. Alberto Da Giussano

    [Posté depuis Milano – Italie du Nord] *

    Excellent article de M. Patrice LEMAÎTRE avec lequel je suis d’accord sur bien des points.
    Mais pour juste ajouter qu’il faut éviter absolument de tomber dans les aberrations matérialistes des ‘’communistes’’ et autres ‘’trotskistes’’ pour juger des revendications d’un peuple ou d’une nation, relatives à son droit de continuer d’exister … car c’est précisément dans un but contraire que ces ‘’idéologies’’ ont été conçues !
    En effet, l’on pourra toujours reprocher bien des choses à mes frères Italiens du nord ou ici à nos braves (mais carrément à l’ouest quand ils sont de ‘’gôche’’) amis catalans mais pas d’être forcément des nantis ‘’égoïstes’’ comme … les immigrationnistes gauchistes se plaisent avec un total mépris du ‘’padamalgame’’ (eh oui quand cela les arrange ils ‘’amalgament’’ pire que les autres !) à le décréter !
    Non ! Ni les Italiens du nord ni les Catalans ne sont des privilégiés parasitaires !
    Non ! Ils ne sont pas tous des nantis égoïstes … loin s’en faut !
    Par contre le fait que même les moins riches d’entre eux entretiennent par leur labeur et leur honnêteté, et au détriment des leurs, des masses d’Italiens et d’Espagnols d’autres nations historiques qui ne leur en tiennent aucune reconnaissance : cela n’est plus à démontrer !
    « La Catalogne (qui) s’enrichit de l’apport des autres » ?
    Ici j’entends les mêmes aneries, sauf qu’il ne s’agit pas de la Catalogne mais de mon Italie du nord.
    À laquelle (et comme à ces pauvres allemandes …) ses ‘’élites’’ imposent d’être ‘’enrichie’’ de force par l’immigration de masse et leur propre autodestruction consécutive.
    Et cela depuis les années 1960 !
    Au nom du jacobinisme pour commencer, en y favorisant un flux massif d’Italiens du sud vers l’Italie du nord (alors qu’avant sa conquête par le franc-​maçon Garibaldi, le royaume des Deux-​Siciles était autosuffisant et financièrement très bien pourvu) ; puis à partir des années 1990, et sous d’autres prétextes, en y imposant des flux massifs d’extra-européens (en fait un processus téléguidé et encouragé dès l’origine par les USA, par de puissants réseaux maçonniques, par les communistes et … par le clergé Vatican II).

    Or l’on ne peut avoir des relations saines avec tout un chacun que si l’on ne détruit pas ce faisant sa propre personnalité, sa propre dignité, sa propre capacité d’exister.
    La ‘’non existence’’ n’est qu’une fuite en avant pour bobos mégalos autant que névrosés.

    * Je suis italien du nord (de Lombardie).

  2. Bel article qui remet les idées à l’endroit concernant la Catalogne dont l’identité charnelle ne semble pas être une préoccupation majeure des indépendantistes qatarophile actuels.

    L’Italie est évoquée à juste titre.
    Son organisation en régions subdivisées en provinces (régions et provinces pouvant avoir un statut d’autonomie) est probablement ce qu’il y a de mieux en Europe à l’heure actuelle.
    Les réalités charnelles et historiques sont respectées. Pas de notion de taille critique : le Val d’Aoste côtoie le Piémont. La région autonome Trentino-​Südtirol est composée de 2 provinces elles-​mêmes autonomes. La spécificité ethnique de sa population germanophone anciennement autrichienne a ainsi pu être préservée (que l’on pense à l’Alsace à titre de comparaison…). Il faut souligner que l’appartenance de l’Italie et de l’Autriche à l’UE a favorisé cette préservation (fin des frontières entre Autriche et Südtirol).

    L’exemple du Royaume-​Uni et de ses « nations constitutives » mériterait d’être également abordé.

    Pour finir, l’histoire étant le lieu de l’imprévu, il n’est pas à exclure qu’une indépendance « gauchisante et quatarophile » de la Catalogne ne débouche sur une lame de fond pour le coup réellement identitaire et charnelle dans toute l’Europe…

    Enfin, gardons à l’esprit que d’ici 25 ans des États d’Europe de l’Ouest pourraient imploser : de nouveaux « micro-​États ethniques » pourraient alors voir le jour sur des nouvelles frontières que dessineront : démographie, rapport de force, ressource en eau et en terres arables.
    De nouvelles ethnogenèses de peuples albo-​européens pourraient alors se produire (comme il y a 2000 et 1500 ans dans l’ancienne Gaule par la lente fusion de composantes indo-​européennes sœurs : celtique-​gauloise, italique-​romaine et germanique-franque).

    Anticipons toutes ces éventualités.