Antoine Polochon enseignant chahut

Enseignement : la France régresse encore

Cinquante pays ont participé à l’enquête internationale PIRLS [Progress in International Reading Literacy Study] organisée par l’IEA [International Association for the Evaluation of Educational Achievement](1) pour évaluer les performances en compréhension de l’écrit des élèves de CM1.

L’étude internationale PIRLS 2016 mesure les performances en compréhension de l’écrit des élèves en fin de quatrième année de scolarité obligatoire (CM1 pour la France).

Avec un score de 511 points, la France se situe bien en deçà de la moyenne européenne (540 points) et de celle de l’OCDE (541 points).

Depuis PIRLS 2001, la performance globale française baisse progressivement à chaque évaluation. En 2016, l’écart est significatif et représente -14 points sur la période de quinze ans.

Comment peut-​on arriver à un tel désastre ?

Une petite chronologie des diverses réformes des 40 dernières années s’impose pour essayer de trouver une raison, et pas une excuse. Le poste le plus important de tous nos budgets depuis des années, se révèle un immense gaspillage, sans aucun résultat.

1981 : création des ZEP : zones d’éducation prioritaires. Il s’agit de donner davantage de moyens humais et financiers à des secteurs dont la population peine à intégrer le niveau moyen de la société française et ou le taux d’échec scolaire est le lus élévé. Initiative louable, qui débouchera sur un gaspillage énorme, qui en 35 ans, n’a pas apporté la moindre preuve de son efficacité, un rapport du Conseil National du Système Scolaire publié en 2016, montre que les ZEP semblent désormais au contraire favoriser – avec plusieurs autres politiques évoquées dans le rapport- les inégalités en matière d’éducation.
Des millions d’€uros, d’heures d’enseignement, qui auraient été bien plus efficaces ailleurs.
1985 : retour à un peu de rigueur avec la suppression des disciplines dites « d’éveil » et le retour à l’histoire et à la géographie plus classique. Lancement également, avec de l’avance des plans « informatique pour tous », brillante idée, mais qui n’aura jamais vraiment de suite dans les années à venir, malgré tout ce qu’on a pu en dire.
1989 : M. Jospin substitue à la notion de classe, celle de cycle continu de deux ou trois ans, avec redoublement impossible en cours de cycle. Ce fut probablement la plus grande des erreurs de ces dernières années. Les élèves accumulant les lacunes au cours des cycles sans avoir vraiment une chance de les combler, passant « à l’ancienneté ». Ainsi un élève ne sachant pas lire en fin de CP, poursuivait tranquillement sa petite route jusqu’au CM2
Des évaluations nationales furent mises en place en français et en maths… sans suivi puisque certains syndicats refusèrent la publication des résultats pour ne pas stigmatiser, etc.
Mise en place de « missions lecture » dans les académies, qui s’en souvient ?
1989 toujours, scolarisation des élèves à partir de deux ans, réaménagement de l’année scolaire en 36 semaines réparties en principe en 5 périodes à peu près égales. C’était sans compter sur le puissant lobby des vacances qui permettra in fine, des périodes de classe allant de 4 à 12 semaines. Il faut savoir où mettre les priorités.
C’est aussi l’année de la création des IUFM qui remplaceront dès lors les Écoles Normales. C’en est fini de l’apprentissage du métier « sur le terrain » comme cela se faisait avant. Les ex-​instituteurs, qui deviendront professeurs des écoles travaillent désormais la pédagogie sans élèves…
1992 : introduction de l’apprentissage d’une langue vivante en primaire. Là aussi, il faudra des années avant d’arriver à quelque chose de relativement homogène, mais pas toujours efficace.
1998 : premiers résultats de la réforme Jospin : 17 % des élèves sont en difficulté fin CE2. On décide de renforcer… les évaluations !
1999 : Claude Allègre veut « dégraisser le mammouth ». Il recentre les programmes sur les acquisitions fondamentales, crée l’aide personnalisée aux élèves et réaménage les rythmes scolaires (mais le lobby touristique tient bon).
2000 : Jack Lang fait beaucoup de bruit avec du réchauffé. Il crée le brevet informatique et internet. Nombre d’écoles aujourd’hui sont toujours mal connectées et mal équipées.
2002 : nouveaux programmes.
2003 : Luc Ferry rend encore plus théorique la formation des maîtres qui est de plus en plus coupée de la réalité du terrain.
2004 : loi sur les signes et tenues religieux à l’école. Sans effets…
2004–2005 : création d’un socle commun des connaissances indispensables, forcément bas.
2005 : loi sur le handicap, qui, sur le fond, est une bonne chose, mais qui se révèle créatrice d’immenses difficultés. Les enfants handicapés sont intégrés dans les classes sans que les enseignants soient formés. On introduit des auxiliaires de vie scolaire, qui parfois sont plus nombreux que les enseignants au sein d’une classe et même de l’école. Les parents deviennent de plus en plus exigeants pour leurs enfants, les moyens sont donc donnés en priorité à ces élèves aux dépens de la grosse majorité. De cela les enseignants n’oseront pas se plaindre officiellement, de peur d’être catalogués.
2007 : conséquences des années précédentes : 40 % des élèves de CM2 sont en difficulté, dont 15 % en grande difficulté et 25 % incapables de suivre en collège, mais ils y iront quand même.
Nicolas Sarkozy écrit aux enseignants.
2007 : Xavier Darcos reprend les idées précédentes (priorités, accompagnement…), supprime la carte scolaire et met en place un service minimum d’accueil.
2008 : réduction de 2 heures d’enseignement hebdomadaire pour les élèves. Suppression de la classe le samedi. Stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires.
2009 : les enseignants seront désormais recrutés au niveau du master. Et par suite encore plus coupés de la réalité des classes.
À partir de 2010, on va chercher à modifier en profondeur les rythmes de vie scolaire (semaine, vacances…).
2013 : abrogation de la loi réprimant l’absentéisme scolaire.
Création par M. Peillon de la semaine de 4 jours et demi (mercredi travaillé). Dernier gadget que dénonceront de concert les enseignants, les parents d’élèves et les municipalités. Une réforme coûteuse qui, quatre ans après, montre largement son inutilité, les résultats pédagogiques sur les élèves étant absolument inexistants.

Depuis, ce ne sont que des gadgets, idéologiques avant tout (laïcité, égalité des sexes, etc.). Dans toutes les lois, circulaires, propositions, nouveautés… certains mots sont dorénavant bannis : travail, effort, volonté, performance, sélection.

Il ne faut donc pas s’étonner aujourd’hui si la France se classe quasiment au dernier rang du classement évaluant les performances de ses élèves. Et n’oublions pas un point non abordé, comme l’a fait remarquer Luc Ferry il y a quelques semaines, que sans les dizaines de zones dites « particulières ou prioritaires », le classement serait tout autre. L’ancien ministre poursuit : « Il ne faut pas nier le diagnostic » et enfonce le clou : « Cela devient extrêmement difficile d’enseigner dans une école où il y a 98 nationalités ».

Mais c’est une autre histoire… Bien des enseignants vous le diront, puisque in fine, c’est encore sur eux que retombera la responsabilité de ce désastre.

Patrice LEMAÎTRE

École 1969 2009 2015 École professeur pertubateur
Cliquer sur les images pour les agrandir

(1) L’IEA est une association scientifique indépendante à but non lucratif, créée en 1958, qui met en œuvre des études comparatives à échelle internationale dans le domaine de l’éducation.

[NDLR] Notre illustration à la une est extraite de la bande dessinée Les drôles de cours d’Antoine Polochon

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