Bérénice Levet Crépuscule idoles progressistes

Le crépuscule des idoles progressistes

Bérénice Levet Crépuscule idoles progressistesVous ne comprenez pas bien le monde d’aujourd’hui. Vous comprenez qu’il va mal, mais vous ne parvenez pas à discerner les causes des effets, l’essentiel de l’accessoire, la vague de l’écume, l’actualité de l’Histoire. Vous vous sentez alors désemparés et désarmés, donc impuissants face à un monde qui se dérobe et se détruit. Vous, nous détruit. Que faire ? Lisez ce livre !

Bérénice Levet fournit ici les armes didactiques pour décortiquer la pensée dominante qui trouve sa genèse dans l’idéologie progressiste. Tout part de ce dogme totalitaire et destructeur : « Du passé faisons table rase ! »

Alors que l’école de Jules Ferry s’était efforcée d’assurer la continuité de la Nation de Vercingétorix à Napoléon en passant par Saint Louis et Robespierre, les progressistes de mai 68 veulent un citoyen du monde sans passé aucun pour mieux le modeler : « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! », scandaient les soixantehuitards. Pour Bérénice Levet, c’est au contraire la référence aux Anciens, à l’Histoire, au passé qui apporte la force d’avancer, de s’épanouir et de se libérer.

« En ne transmettant plus le vieux monde à l’enfant, on ne le libère pas, on l’incarcère dans la geôle de l’ici et du maintenant.
Faute de l’héritage des siècles, il est une âme désarmée. L’esprit du temps l’assaille. L’homme sans mémoire, garrotté au présent, parle comme on parle, sent comme on sent, juge comme on juge. Il se trouve démuni contre la tyrannie de l’opinion. Il s’englue dans la répétition du même et le conformisme.
Vidé de tout passé, il est docile à toutes les sollicitations et sommations du présent. L’inscription dans une histoire, l’incarnation dans la chair d’un récit singulier est l’antidote, peut-​être le plus puissant, à l’abstraction qui rend les individus substituables les uns aux autres, les livre pieds et poings liés à la consommation et au marché. Il est de notre responsabilité de les soustraire à l’empire du présent, de leur rendre accessibles et sensibles des modalités autres d’existence, et d’en faire chatoyer le sens. »

La démonstration de cette enseignante en philosophie est méthodiquement argumentée et rigoureusement documentée. Les références et les citations étayent chaque page d’une analyse implacable. Hannah Arendt(1), dont la pensée se développa autour de la critique de la modernité et du déracinement, y trouve une place privilégiée.

Le livre propose une solution simple : le sauvetage de notre civilisation passe par l’école et la réappropriation du passé. Cela paraît simple et évident à un esprit ouvert, mais cela passe par les enseignants. Endoctrinés depuis deux générations, accepteront-​ils de faire table rase de ce passé qui nous a conduits à la faillite, et bientôt au totalitarisme ?

Bérénice Levet se veut optimiste, l’optimisme de la volonté. C’est ce message d’espoir qu’elle livre dans son vibrant épilogue qui donne bien la tonalité du livre :

Épilogue : Renaître à des passions

Nous sommes à la fin d’un monde et nous ne parvenons pas à entrer dans un autre tant les résistances idéologiques restent vives et sonores, on l’a dit. Et pourtant, il nous faudra bien sortir de cet entre-​deux crépusculaire. Il n’est pas viable, sinon de cette vie agonisante qui est la nôtre.
À l’heure du crépuscule, un voile recouvre toutes choses. Le réel s’enveloppe d’une ombre. Les formes s’estompent. Nous baignons dans cette atmosphère d’irréalité, entretenue par la logorrhée médiatico-​intellectuelle.
Les idoles des progressistes — l’ouverture à l’autre, le culte de la diversité, l’affranchissement à l’égard du cadre national, historique, le culte des différences, la fraternité universelle… — se brisent sous leurs yeux mais ils en entretiennent le culte. « Je l’ai mis au point où il peut tout voir sans rien croire », dit Tartuffe d’Orgon. Cela vaut pour nos progressistes. Même les morts des attentats islamistes ne parviennent pas à les réveiller de leur sommeil dogmatique.
Nul ne sait ce qui sortira de cette heure incertaine. Le moment est grave mais il est aussi stimulant. Cette impatience qui sourd des peuples témoigne d’une volonté de retrouver la chair du monde, loin de l’abstraction, de l’économie et de l’idéologie libérale-​libertaire, laquelle conspue ce besoin trop humain d’incarnation, d’inscription dans un lieu, dans une histoire. Les peuples se sentent exposés au monde, un monde qu’ils n’ont pas voulu, ils veulent en reprendre les commandes, ce qui passe par la réappropriation de la souveraineté nationale. L’aspiration à redevenir une nation, avec sa puissance de narrativité, est un noble et énergique projet. Nous devons réapprendre fièrement à jouer la partition unique que la France interprétait dans le concert des nations. Il s’agit de renaître à des passions. Aux passions meurtrières de l’islam, opposons les passions fécondes qui ont fait la France et l’Occident. Le présent l’exige. La montée des totalitarismes fut interprétée par Husserl(2) comme une crise de l’humanité européenne, et par là entendait un oubli de soi des Occidentaux, un oubli de qui ils étaient, de l’histoire dont ils étaient les héritiers… Cette lecture garde sa pertinence.

Ce livre vous fera beaucoup de bien.

Georges Gourdin

[NDLR] Nice Provence Info a publié le 18 mai 2017 l’interview de Bérénice Levet sur TV Libertés.

(1) Sa thèse de doctorat (2006) s’intitule « Hannah Arendt et la littérature » qui se prolongera par un livre « Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt », coll. Les Essais (2011).
(2) Edmund Husserl, considéré comme le fondateur de la phénoménologie, aura une influence majeure sur de nombreux philosophes du XXe siècle.

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