Manifestation retraites 15 mars 2018

Retraites : l’image de la FAILLITE de notre société

Quelques vérités iconoclastes pour tenter de réfléchir honnêtement sur les retraites

À l’appel de la CGT, des milliers de Français sont descendus dans la rue pour défendre leurs retraites. Ce n’est pas de la sorte que le problème sera réglé.

Reprenons les choses à la base : les retraites sont l’expression de la solidarité, d’abord corporative puis nationale :

1945 : Mise en place du régime général de la Sécurité Sociale pour tous les salariés du secteur privé. La retraite est limitée à 40 % du plafond de la Sécurité Sociale. Des régimes de retraite complémentaire de celui de la Sécurité Sociale se développent pour améliorer la couverture au‐​delà du plafond.
Le principe de répartition est adopté : les cotisations prélevées sur les salaires des actifs servent à payer les pensions des retraités.
Maintien des régimes spéciaux créés à partir du XVIIe siècle pour les agents de l’État et les salariés de certaines professions, tels les régimes des marins (1673), des fonctionnaires civils et militaires (1853), des mineurs (1894) et du personnel des chemins de fer (1909).
Création de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL).
[source : Historique du système de retraite en France]

Il convient de noter que les régimes spéciaux ont toujours existé ce qui constitue dès le départ une dérogation par rapport au régime général des salariés.

Le régime général est fondé sur un mécanisme de répartition, parfait exemple de la solidarité inter‐​générationnelle : les actifs prennent en charge leurs parents qui les ont précédés, comme cela se passait du reste dans la société traditionnelle. Jusque là tout va bien, sauf, encore une fois, que certaines professions sont protégées par l’État. Tout va bien sur le papier car un système par répartition ne peut pas être en faillite. Des organismes collecteurs collectent les cotisations des actifs et répartissent les fonds collectés aux retraités en fonction d’un mécanisme de points. Le déficit est impossible. Ce mécanisme est supportable par les actifs et les retraités tant que les retraités sont bien moins nombreux que les actifs et que la prise en charge ne dure pas trop longtemps.

Ratio actifs cotisants / retraités
[source : Conseil d’orientation des retraites]

Peu à peu les retraités sont devenus plus nombreux avec le prolongement de l’espérance de vie et l’abaissement de l’âge des départs à la retraite tandis qu’un chômage structurel commençait à toucher notre pays, réduisant le nombre de cotisants actifs. Pire, les cotisants actifs pour les retraites deviennent des bénéficiaires d’allocations-chômage financés par des actifs de moins en moins nombreux.

Personne n’a jamais osé rappeler que le montant des retraites calculé sur la RÉPARTITION devait s’adapter au montant des cotisations ! Et donc que les retraites auraient alors dû DIMINUER !

François de Closets Toujours PlusAu contraire ! Elles sont sans cesse réévaluées à la hausse dans une société en proie à l’inflation monétaire et à la logique du « toujours plus ». Mai 68 ayant détruit les fondements de la société traditionnelle et solidaire — « Du passé faisons table rase », « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave » ou encore « Sous les pavés, la plage » — il faut comprendre toujours plus de loisirs et de pouvoir d’achat, ce qui fut dénoncé par François de Closets en 1982. Et toujours moins de travail avec la loi Aubry sur les 35 heures.

Le système par répartition n’a pas fonctionné bien longtemps. Il est resté un dogme chimérique pour les syndicats qui rejetaient tout système de capitalisation à l’américaine dont la gestion leur aurait échappé. Les caisses de retraite se sont donc endettées pour ne pas avouer aux Français cette cruelle vérité : « Vous n’avez pas cotisé à hauteur de vos retraites ».

Certes une retraite qui se situe au niveau du SMIC ne permet pas de « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave », ni même de vivre dignement si l’on n’a pas pu ou su épargner lors de sa vie active. Les « petits retraités » ne supportent pas l’amputation de 40 € de leur pension. Quand bien même avancent‐​ils qu’ils ont cotisé pour leur retraite, ce n’est pas vrai. Personne n’a cotisé pour sa retraite. Et c’est pourtant facile à comprendre si l’on est un tant soit peu honnête avec soi‐​même :
• Si l’on prend l’argument (mensonger) que le système est un régime par répartition, alors il faut admettre que l’on a cotisé pour les retraités et que dorénavant les pensions diminuent mécaniquement pour les raisons invoquées ci‐​dessus,
• Actuellement le temps du travail équivaut en moyenne au temps de la retraite, disons une trentaine d’années ; mais qui a cotisé pour sa retraite à hauteur de son salaire ? Personne bien entendu. Qui paie la différence ?

Au travers d’un mécanisme kafkaïen digne de notre technocratie, les prélèvements pour les cotisations de retraite tournent autour de 10% du salaire brut (voir La feuille de paie sur le site La retraite en clair, et félicitations si vous comprenez tout!). Ce qui veut dire que les salariés du privé cotisent toute leur vie active pour 10% de leur retraite. Mais qui envisage de ne vivre que 10% de sa vie active à la retraite, ce qui ferait 3 ans de retraite ? Allons plus loin : les retraités du public ont encore moins cotisé puisque leurs cotisations sont financées par le déficit budgétaire. Les cotisations du secteur public sont une ligne d’écriture comptable : cotisation → endettement.

Désolé d’asséner cette vérité : Personne n’a cotisé pour sa retraite ! Encore moins dans le public que dans le privé. C’est ainsi. Même les sans‐​papiers peuvent y prétendre.

Le montant de sa retraite ainsi décorrélé de la répartition et de sa propre cotisation est devenu une lutte pour le partage d’un gâteau de plus en plus maigre.

Enfants gâtés ÉtatChacun se sert en fonction de son pouvoir. C’est bien cela qui se passe. En premier les élus qui font les lois et dont les retraites sont les mieux protégées. Puis les hauts fonctionnaires qui élaborent les textes : « Bien payés, indéboulonnables, jaloux de leurs privilèges, les 15 000 hauts fonctionnaires français ont verrouillé le système pour leur seul bénéfice. Formée dans les mêmes écoles et partageant les mêmes privilèges, cette noblesse d’État puise abondamment dans les caisses de la République. » [extrait du livre Les enfants gâtés de l’État].
Viennent ensuite les régimes spéciaux, rémanence de l’Ancien Régime. « Chaque année, l’État est obligé d’en appeler aux contribuables pour maintenir à flot les coûteux régimes spéciaux de retraites. Ces régimes, au nombre de onze, sont, pour la plupart, encore plus anciens que la Sécurité sociale, créée en 1945. » [source] En bas de cette hiérarchie, on trouve les petits salariés du secteur privé. Et puis encore plus bas, tout en bas, on trouve les artisans et les agriculteurs au prétexte qu’ils n’auraient pas cotisé, eux.

Nos dirigeants, shootés à la croissance et soumis au Règne de la Quantité(1), nous enfument depuis 30 ans avec le « retour annoncé de la croissance ». Face au vieillissement de la population, que proposent‐​ils ? Une immigration massive de populations exogènes et incultes, qui non seulement ne cotisent pas pour la retraite des vieux Français, mais constituent une charge pour la société. Tout faux. Le problème ne fait que s’aggraver. Quand bien même les émigrés viendraient payer la retraite des vieux, qui paieraient la leur ? Nos élites sont complètement irresponsables. Elles s’en foutent puisqu’elles n’ont aucun sentiment d’appartenance à un peuple et à son histoire.

La retraite, ce n’est plus la répartition, c’est chacun pour soi ! Et après moi, le déluge !(2)

On sait où cela conduisit la royauté. Nous en sommes là : une fin de règne. La solidarité a cédé le pas au chacun pour soi, tandis que l’on nous bassine les oreilles avec le Vivre Ensemble. Vivre Ensemble, mais MOI D’ABORD ! Le système de retraite n’est plus réformable car la pensée dominante mine méthodiquement le sentiment de solidarité nationale. Nos élites, y compris syndicales, cassent le sentiment d’appartenance nationale et dans le même temps y font appel pour les retraites. Croient‐​elles vraiment que cela durera aussi longtemps que les impôts ?(3) Chaque réforme, c’est en fait un peu plus de ponctions sur ceux qui travaillent et se lèvent tôt au profit des héritiers de Mai 68.

La faillite des régimes de retraite n’est pas seulement économique. C’est une faillite sociétale, politique, une faillite totale. La solution passe par la refondation de la solidarité, nationale ou identitaire. Êtes‐​vous prêts ?

Georges Gourdin

(1) Lire l’ouvrage fondamental de René Guénon Le Règne de la quantité (téléchargeable ici)
(2) Propos prêtés à Louis XV à propos de son dauphin, le futur Louis XVI
(3) Lire notre article La Nation ? C’est bon pour les impôts et le foot du 2 mars 2017

Ceci peut aussi vous intéresser

Tolbiac avril 2018

Un printemps de « chien‐​lit » sous un ciel de guerre

Alors, nous y sommes. Notre armée vient de larguer des bombes sur la Syrie d’Assad(1). …

4 commentaires

  1. Hausse de la CSG : Emmanuel Macron « assume » face aux retraités à Tours
    Face à plusieurs personnes âgées, le président a déclaré qu’il « assumait » ses réformes et a demandé « un effort pour aider les jeunes actifs ». « On a baissé de 30% les cotisations salariales pour que les gens qui travaillent puissent payer vos retraites », a‐​t‐​il ensuite remarqué.
    Notant que les retraités d’aujourd’hui avaient travaillé toute leur vie « pour payer la retraite de vos aînés », Emmanuel Macron a lancé un appel à la solidarité entre générations. « Si je ne fais pas cet effort pour ceux qui travaillent, il n’y aura personne pour payer vos retraites »
    http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/hausse-de-la-csg-emmanuel-macron-assume-face-aux-retraites-a-tours-1047253.html

  2. Marie Clairefontaine

    Bravo à Nice Provence Info qui est le seul qui propose cette analyse H O N N Ê T E sur ce sujet où tout le monde ment et ne pense qu’à tirer la couverture à soi.

  3. Voilà une analyse claire et concise qui alerte sur la fin annoncée d’un système de retraite qui n’a pas su ou osé se transformer au fil des modifications sociétales. Au sujet de la proposition pour un vrai changement, que j’attendais avec impatience, je reste perplexe sur ce que l’auteur du texte entend par « solidarité IDENTITAIRE ».

    • Cher et attentif lecteur,

      tout d’abord merci de vos compliments qui font toujours plaisir.

      En réponse à votre question sur « solidarité IDENTITAIRE » : une société harmonieuse et pérenne est une société fondée sur la solidarité, ou les solidarités, autrement dit le sentiment d’appartenance à une communauté. Le jeune travailleur prend en charge les retraités âgés, les personnes en bonne santé prennent en charge les malades. Autrefois les hommes hardis partaient chasser le gibier et le partageaient avec le clan. C’est la base de toute société.
      Dans une société avancée l’État régule et répartit les ressources et les charges. Ceux qui supportent les charges ne peuvent l’accepter que s’ils perçoivent la destination de leurs efforts et donc leur bien‐​fondé. Il ne vient alors à l’idée de personne, dans cette société harmonieuse, de tricher ou de filouter car c’est la communauté, à laquelle chaque membre a le sentiment d’appartenir, qui en pâtirait.
      Hélas l’État peu à peu s’est dévoyé de cette haute fonction supérieure de représentation de tous ses citoyens et ponctionne à présent ceux qui ne représentent pas de danger électoral et répartit ensuite en fonction de manœuvres politiciennes, après s’être servi lui‐​même en premier.
      Jusque là nous sommes d’accord. Alors pourquoi « solidarité identitaire » ?
      La solidarité nationale ne peut plus fonctionner puisque la Nation est méthodiquement désagrégée. Elle n’est maintenue qu’en tant que coquille vide utile pour la collecte des impôts et des cotisations (et les matchs de foot !).
      Lorsque le sentiment de solidarité nationale aura disparu, il faudra bien (re)trouver d’autres formes de solidarité pour assurer le Vivre Ensemble. Le modèle du nomade mondialisé et déraciné qui erre au gré des opportunités du présent, n’affiche aucune solidarité. Il en profite « hic et nunc », ici et maintenant, et après lui le déluge. Mai 68 : « Jouir sans entrave ».
      L’incontournable solidarité renaîtra du sentiment d’appartenance à une même famille, un même clan, un même peuple, une même histoire, un même destin. Ce sentiment d’appartenance identitaire fonctionne de façon concentrique : je suis d’abord solidaire de ma famille, puis de mon clan, de mon village, puis de mon peuple, puis — enfin — de tous les habitants de la planète. Ce sentiment identitaire d’appartenir à une histoire partagée justifie les efforts d’aujourd’hui pour préparer l’avenir de ses enfants. Pas les enfants de la planète entière.
      Il faut revenir aux fondamentaux sociétaux, hiérarchiser (ce qui ne veut pas dire exclure) et vivre ensemble avec celles et ceux qui ont envie de vivre ensemble et qui en assument les droits et les devoirs en s’inscrivant dans la durée.

Laisser un commentaire

Tous les commentaires sont publiés sauf ceux qui sont injurieux ou grossiers.
Afin d'éviter les chamailleries, les commentaires ne supportent que deux niveaux. Ils sont ouverts pendant deux semaines après la publication de l'article.
Les champs obligatoires sont indiqués avec *. Cependant votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.
La plupart des balises HTML de mise en forme sont autorisées.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.