Faut‐​il débaptiser le Mont Alban ?

Mont Alban fort
Le fort du mont Alban. Sa construction fut menée à bien et achevée, en 1560, par un ingénieur architecte, Domenico Ponsello, sous la direction du capitaine général des galères du duc de Savoie, Andrea Provana de Leyni (1511−1592). C’est ce dernier qui aurait dénommé cette hauteur mont Alban à cause de la blancheur des roches calcaires. Mais, nous allons le découvrir, cette désignation serait bien plus ancienne et, de nos jours, terriblement sujette à polémique.

Je viens d’apprendre que de joyeux drilles de la région toulousaine (et, sans doute, carcassonnaise) venaient de commettre une action de résistance – pacifique, rassurez‐​vous – assaisonnée d’une bonne dose d’humour frondeur et, donc, bien français. Sous les panneaux annonçant aux automobilistes l’arrivée dans l’agglomération de Toulouse ont été ajoutés d’autres panneaux portant le mot « djihadistes » barré.

Djihadistes interdits Toulouse Génération Identitaire

Sous‐​entendu, mais vous l’avez compris, la ville et ses environs sont interdits aux djihadistes. Eh bien, il se trouve que – mais vous n’allez pas le croire ! – selon La Dépêche du Midi, la Direction Départementale de la Sécurité Publique de Haute‐​Garonne a demandé l’ouverture d’une enquête pour, je cite, « incitation à la haine raciale ». Rien de moins ! C’est proprement incroyable et même sidérant.
En m’en tenant à la simple logique, il me faut conclure que les djihadistes constituent une « race » visiblement menacée par on ne sait quels dangereux racistes et, de surcroit, maniaques de l’idéologie sécuritaire. Comme nombre de personnes de bon sens ne cessent de le souligner, d’un côté on nous assure, avec pléthore de preuves scientifiques à l’appui, que les races n’existent pas tandis que, de l’autre, sont multipliées des lois dites antiracistes.
On vote donc des lois concernant ce qui n’a pas d’existence ! Ce paradoxe, oscillant périlleusement entre l’absurde et le grotesque, aurait interpelé Raymond Devos.

Vous l’aurez compris, cette enquête « diligentée » (j’adore ce terme fleurant bon, si j’ose dire, la préciosité administrative!) en vue d’identifier, puis de saisir, d’emprisonner, de condamner sévèrement et de briser, que dis‐​je ? d’écrabouiller d’impénitents « djihadistophobes » n’a d’autre finalité que de tenter d’intimider les citoyens excédés par certains allogènes toujours plus arrogants et des dirigeants adeptes inconditionnels de la veulerie. Parenthèse à propos du néologisme « djihadistophobe » : nous l’offrons de grand cœur aux militants intransigeants du « vivrensemble » et autres amoureux d’une diversité apparemment sans limite mais non inclusive de l’ethno-culture européenne.

Ce qui m’amène à interroger le phalanstère des antiracistes patentés à propos du problème – grave, à n’en pas douter ! – que soulève la dénomination d’une hauteur de Nice : le Mont Alban.

Mais auparavant, il faut préciser que cette colline est voisine du Mont Boron dont le nom originel aurait été Mont Moron car, solidement installés dans une citadelle érigée sur son sommet, les Maures l’occupaient. Dans le Var, le massif des Maures est, chacun le sait, un rappel de l’invasion sarrasine. On dit aussi que Boron serait la déformation du nom d’un anachorète, Bobon, qui, en 890, pris la tête des Niçois révoltés et désireux d’en découdre avec l’occupant. Rappelons brièvement que « more », ou « maure », en vieux français renvoie à la couleur noire. Ainsi, dans les récits médiévaux de chevalerie, parle‐​t‐​on d’un preux montant « un cheval maureau », c’est-à-dire à la robe noire et aux poils luisants.

Cavalier maure
Superbe illustration de notre propos, un cavalier maure sur son fougueux cheval maureau.

Inversement, le Mont Alban aurait reçu ce nom – tiré du latin « alborum » qui signifie « les blancs » – parce que c’est sur cette hauteur que les combattants niçois, d’une carnation unitairement blanche, se rassemblèrent pour partir à l’assaut de la citadelle maure. Les « blancs » contre les sombres ou plutôt les « noirs », comme sur un jeu d’échec. Donc, si l’on s’en tenait à l’idéologie du politiquement correct, il serait urgent de débaptiser le Mont Alban, lieu exprimant le caractère agressif, voire ouvertement raciste, de l’homme blanc à l’encontre d’une population « de couleur » qui n’aspirait, on s’en doute, qu’à la coexistence pacifique. Il pourrait, simple proposition, devenir le « Mont de la Diversité partagée ». Tout en ayant l’air de plaisanter, je me demande sérieusement si, dans peu de temps, de tels « réajustements dénominatifs » (belle formule pour langue de bois) ne seront pas imposés par les sectateurs de la repentance.

Du fait que dans l’équipe de Nice Provence info nous ne sommes guère portés sur l’agressivité, proposons de prendre de la hauteur (normal puisqu’il est question de monts) pour considérer le problème sous l’angle symbolique. Angle qui, vous l’aurez remarqué d’article en article, nous apprend tant de choses. Par‐​delà le conflit armé opposant des autochtones blancs à des occupants sombres ou noirs, il faut considérer les deux couleurs qui nomment ces collines niçoises. Divers emblèmes font intervenir ces teintes opposées. Comme, par exemple, le fameux étendard des chevaliers templiers, appelé le Baussant.

Beauceant possible étendard
Reconstitution hypothétique mais très plausible de l’étendard Templiers. La rouge croix, dite « pattée », de l’Ordre est posée sur les deux couleurs antithétiques.
Sienne blason
Le blason de la ville de Sienne ressemble au Baussant des Templiers. On pourrait aussi y voir l’aube (terme également dérivé de albus, « blancheur ») qui succède à la nuit ; image dont le caractère métaphorique est évident. Nos Amis Suisses ont le même blason (canton de Fribourg) mais aux couleurs inversées. La signification est la même : la blancheur du jour naissant à l’horizon sous les cieux nocturnes.

À usage profane et « exotérique », il était dit que ce drapeau signifiait « noirs et terribles pour nos ennemis, blancs et lumineux pour nos amis ».

La couleur noire et ambivalente : elle désigne les ténèbres, antre, réceptacle ou manifestation de forces maléfiques ou alors elle exprime ce qui est occulté et non visible au profane, comme nous l’avons montré à propos de l’étendard de la Corse(1). Et il est fort possible que la partie noire du Baussant Templier ait pu revêtir, à usage des « initiés », cette dernière signification compte tenu des secrets que l’Ordre détenait(2). Autrement, dans le langage courant, le noir est aisément associé au domaine démoniaque. On parle de « magie noire », comme on dira de quelqu’un qu’« il est plein de noirceur » ; et, incarnant les visages du mal, de multiples personnages de la littérature ou du cinéma sont revêtus de cette teinte : songez aux neuf cavaliers ténébreux du Seigneur des Anneaux ou encore à Dark Wador dans Star Wars(3) quand ce ne sont pas, dans le registre OVNI, les sinistres Men in Black(4). Arrêtons‐​nous là car les exemples sont innombrables.

Cavaliers noirs Seigneur anneaux
« Ni vivants, ni morts », comme le dit le vaillant Aragorn, ces anciens rois sont devenus les agents exécuteurs de Sauron, prince des maléfices. L’ombre de ce dernier semble teindre d’épouvante leurs manteaux à capuche.

En fait, le conflit entre les deux collines, la noire et la blanche, par‐​delà une possible action de Reconquista des Niçois, ne fait que traduire, sur le mode historique et ethnique, l’un des fondements majeurs de la Tradition, à savoir, dans le domaine spirituel, la victoire de la lumière sur les ténèbres(5). Cependant, un autre concept se profile à propos du mont Moron devenu Boron. Débarrassé d’une présence occupante qui l’obscurcissait, la hauteur change de nom et Boron pourrait bien revêtir – tout en l’occultant ! – une signification ésotérique. De fait, il entrait dans l’esprit de ceux qui, au Moyen Âge encore, avaient parfois en charge de nommer ou renommer un lieu de le relier à un thème essentiel concernant l’identité de nos peuples européens. En effet, Boron fait songer à Borée, personnification du nord. Le nom d’un massif, près de Saint‐​Martin‐​Vésubie, vient établir la jonction entre Boron et Borée puisqu’il s’agit du Boréon. La racine « bor » signifie « mont » et, à ce terme, s’ajoute le verbe grec rhea qui veut dire couler. Le tout désigne une montagne de laquelle descend un torrent(6). Retenons cette image de la montagne car, dans nombre de traditions, l’extrême nord, le Pôle, est perçu comme le sommet du monde. C’est là qu’aurait pris naissance l’identité la plus essentielle des peuples d’Europe(7).

Mont Boréon
La majesté blanche du Boréon hivernal, reflet, parmi bien d’autres, de la mythique montagne polaire.

En tenant compte des matériaux énoncés, la victoire des révoltés du mont Alban sur les Maures semble nous dire qu’une fois chassées l’obscurité qu’ils symbolisaient, le nom Moron laisse place à celui de Boron, discrétement évocateur de ce qui serait constitutif de nos racines secrètes. Par extrapolation, il est légitime d’envisager que le péril islamiste, désormais « endogène » (dixit le Président Macron) et inévitable (selon Éric Zemmour et d’autres personnalités), une fois vaincu, aura peut‐​être pour effet de ramener dans les consciences la mémoire perdue de notre appartenance ancestrale.

P‐​G. S.

(1) Cf., même rubrique Perspectives, article du 17 février 2016 : L’autre visage du drapeau corse.
(2) En particulier le fait que leur titre de « gardiens de la terre sainte » concernait évidemment le rôle qu’ils tenaient au Moyen Orient et à Jérusalem. Toutefois, ce titre renverrait secrètement à une fonction de mémorisation de la mystérieuse contrée en rapport avec l’Âge d’Or ; cf. René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Éditions Gallimard, Paris 2002, chapitre XI. Nous conseillons également la lecture, dans le même ouvrage du chapitre XLVIII intitulé Le Blanc et le Noir.
(3) D’après des sondages, troisième super‐​méchant de toute l’histoire du septième art. Il est cependant devancé par Hannibal Lecter, second et, en premier, un passionné de taxidermie, directeur d’un motel, qui sévit dans Psychose, film « le plus noir » d’Alfred Hitchcock.
(4) Je parle ici de supposés témoignages de personnes déconcertées ou terrorisées par la visite d’individus, toujours vêtus de noir, chargés de les décourager de parler de leurs observations d’OVNI. S’inspirant de ce thème pour le tourner en dérision, Hollywood a produit une série de films d’un humour particulièrement laborieux.
(5) Voir, par exemple, la Lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Autrefois, vous étiez ténèbres, maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière ».
(6) Voir la remarquable étude de Henri Giuge intitulée Toponymie et microtoponymie de Saint‐​Martin‐​Vésubie (Association Montagne et Patrimoine).
(7) Mais pas seulement. Nous invitons les hébraïsants qui nous lisent à consulter, dans la Bible, le Psaume 48 où il est dit que la montagne de Sion (à partir de laquelle l’Éternel aurait élaboré le Monde) se trouve là où « l’Aquilon prend naissance ». Or l’Aquilon est l’équivalent de Borée, le vent glacé du nord. Le mont Sion à Jérusalem se veut un rappel de la montagne originelle. Rappelons aussi que, dans le soufisme iranien, le Pôle est une montagne d’émeraude. Par la couleur verte, le lien s’établit avec ce qui a été dit, dans la dernière partie de l’article du 29 mars 2018 (Beltrame : une tragédie hautement symbolique, toujours la rubrique Perspectives), à propos du personnage de Khezr désigné comme « roi de l’Hyperborée ».

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