Liz Magor Mamac 2018

Vous avez raté Liz Magor au Mamac ? Rien de bien grave

Le MAMAC (Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice) a clos hier son exposition consacrée à Liz Magor (du 18 novembre 2017 au 13 mai 2018) et vous n’y êtes pas allés. Rassurez vous : vous n’avez rien perdu.

Sur son site www.mamac-nice.org, l’institution niçoise financée par nos impôts, annonçait :

« Comment parler de ces “choses communes”, comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
Peut‐​être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique. »
Georges Perec, L’infra-ordinaire, 1989

Liz Magor Mamac 2018
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Du 18 novembre 2017 au 13 mai 2018 au MAMAC, la ville de Nice vous invite à découvrir la rétrospective de la sculpteure canadienne la plus influente de ces trente dernières années, Liz Magor.

Depuis plus de 40 ans, Liz Magor interroge l’infra-ordinaire, la trivialité et la modestie du quotidien, la compulsion de notre société pour l’achat, l’accumulation puis l’oubli et notre relation intime aux objets. Découvrir son travail, c’est entrer dans un univers silencieux peuplé d’objets familiers qui semblent porter l’éloquence de leur vécu, la patine de l’usage et la marque d’un temps récemment révolu. « Semblent », car sa recherche sculpturale se glisse précisément dans la rencontre entre le champ du réel – avec le recours à des objets tombés dans la désuétude, prélevés du quotidien -, et le simulacre, l’illusionnisme d’objets minutieusement élaborés dans un rapport mimétique. Ainsi, les sculptures d’objets tels que les serviettes, vêtements et plats sont intimement articulés avec des choses réelles : cigarettes, bière et bouteilles d’alcool, générant une confusion entre la production de l’atelier et le manufacturé. Le trouble né de cette perception permet de réorienter le rapport entre les choses et finalement leur relation à nous‐​mêmes.
Les sculptures de Liz Magor semblent surgir dans l’évidence de leur forme, de leur fonction identifiée, avant que le trouble ne s’installe face à ces intérieurs figés, ces festins abandonnés pour l’éternité, ces animaux, vêtements et peluches pétrifiés. Entre nature morte contemporaine et memento mori, ses sculptures disent l’obsolescence et la disparition – celle des objets et la nôtre. Elles jouent aussi sur le registre de l’absence et de la réminiscence en esquissant en creux des histoires et identités potentielles des anciens propriétaires des objets, des périodes données et des classes sociales. Ainsi, son vocabulaire convoque des notions de différence, d’identité, de conditionnement psychologique ou encore des interrogations d’ordre anthropologique.
De cette domesticité allégorique qu’elle explore, émanent désir, manque, dépendance (avec le recours à des substances « addictives » telles que cigarettes, bouteilles d’alcool, chocolat, snacks, etc.), recherche de réconfort ou protection, quête d’apparat mais aussi usure, négligence, abandon. Le spectre de notre relation au monde des objets et à leur familiarité affective se déploie ainsi dans son travail.
Singulière, l’oeuvre de Liz Magor subvertit l’exigence conceptuelle du minimalisme (travail sériel, emploi de matériaux non‐​traditionnels et de formes abstraites, approfondissement des notions de répétition, de variation), par la trivialité des sujets, par le raffinement et la sensualité de son travail sur les matériaux, et la charge symbolique, mémorielle et émotionnelle des objets choisis.

Son attention aux outrages du temps, aux traces d’usure, la préciosité des « réparations » apportées aux objets – à rebours de notre appétit compulsif pour le nouveau et l’inaltérable – la situe également dans la lignée d’une éthique du care ou de la sollicitude. Théorisé dans les milieux féministes, ce courant de pensée ancré dans le champ social et politique privilégie l’attention à la vulnérabilité et le fait de « prendre soin de » versus le processus de domination et de conquête qui caractérise la société occidentale.

Son travail déployé au MAMAC sur 1 200 m2 et à travers une cinquantaine d’œuvres créées entre 1989 et 2017, permettra de prendre la mesure de cette démarche singulière et offrira une perspective contemporaine sur les collections du musée, fondées sur la pratique du détournement et de l’appropriation du réel.

Née en 1948, Liz Magor vit et travaille à Vancouver. Elle est considérée comme l’une des artistes majeures de la scène artistique canadienne et internationale.
Liz Magor est représentée par les galeries : Marcelle Alix, Paris ; Susan Hobbs, Toronto ; Catriona Jeffries, Vancouver ; Andrew Kreps, New York

Commissaire : Hélène Guenin, avec le concours de Laura Pippi‐​Détrey

Vous avez compris quelquechose ? Nous non plus !

Liz Magor Mamac
Ceci n’est pas la réserve d’un entrepôt de troc mais une « œuvre d’art » exposée au « musée ».

Vous n’avez rien raté mais vous restez quand même un peu amers d’être pris pour des imbéciles avec votre argent.

Massimo Luce

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