Des décou­vertes dou­ble­ment lumi­neuses car l’éminente archéo­logue-épi­gra­phiste et spé­cia­liste des reli­gions anciennes a su d’une part décryp­ter les signi­fi­ca­tions des gra­vures et d’autre part pro­po­ser une inter­pré­ta­tion glo­bale du site : il appa­raît que celui-ci est conçu comme un reflet de l’Univers dans son ensemble réper­cu­tant notre monde (val­lée de Fontanalba) et l’Au-delà (val­lée des Merveilles) où l’on observe l’é­mer­gence du culte solaire.

Nul hasard dans la posi­tion ou l’orientation des prin­ci­pales gra­vures et des méga­lithes (qui sou­vent se font face ou sont pla­cés dans des ali­gne­ments signi­fi­ca­tifs) ou des objets lithiques (des outils sou­vent en forme d’animaux). Ces der­niers décou­verts par Emilia Masson montrent, fait nou­veau, que les gra­vures ne sont pas les seuls tré­sors légués par les ancieVallée des Merveilles, Un nouveau regard, par Emilia Massonns. Guidée par Hésiode et d’autres auteurs anciens ou ins­pi­rée par Jung, elle a su com­prendre le site à l’aune des croyances d’une com­mu­nau­té alors bien vivante. Tous les indices recueillis montrent qu’une longue pro­ces­sion entre­cou­pée de rites avait lieu lors du sol­stice d’été, elle com­men­çait à l’aube à l’est de La Cime des lacs puis se pour­sui­vant par une longue courbe au sud, elle se finis­sait en fin de jour­née à l’ouest (flanc du Bego) sur le replat qui fait face à la Cime des lacs, sui­vant sym­bo­li­que­ment la course du soleil.

Si la val­lée ver­doyante de Fontanalba évoque le monde des hommes et du pas­to­ra­lisme, celle rocailleuse, rude, tour­men­tée, miné­rale de la Vallée des Merveilles évoque l’Au-delà et le monde des dieux. Puisant dans Hésiode, Emilia Masson a inter­pré­té les trois stèles majeures comme le récit de la Création. La stèle la plus éle­vée sur le Pic des Merveilles repré­sen­tant le couple pri­mor­dial, celui du Ciel uni à la Terre, en contre­bas à une cin­quan­taine de mètres, la stèle dite du sor­cier évoque Chronos sépa­rant le couple pri­mor­dial et ava­lant ses frères et enfants afin de ne pas être détrô­né à son tour. Enfin la troi­sième stèle, dite du chef de tri­bu, évoque la prise du pou­voir du nou­veau dieu, celui de l’Orage et l’ap­pa­ri­tion des hommes.

Attirée dès sa pre­mière visite par un gigan­tesque visage sculp­té par la nature et peut-être par­ache­vé par l’homme, et fai­sant face aux trois stèles (ou plu­tôt le contraire), Emilia Masson fut très vite intri­guée par la Cime des Lacs dont le visage occupe le flanc nord. Un constat révé­la­teur : au sol­stice d’été, le soleil atteint son point zéni­thal au des­sus du mas­sif pyra­midl au visage. Tout un ensemble d’indices condui­sirent Emilia Masson à déduire l’existence d’un centre cultuel secret. Déduction bien­tôt confir­mée en 1994 avec la décou­verte dans les entrailles de la Cime du lac d’une faille-grotte abri­tant en son fond, sur un pan­neau lis­sé par l’homme, un ensemble de gra­vures, cer­taines colo­riées en ocre, notam­ment douze petits anneaux, ayant expli­ci­te­ment une signi­fi­ca­tion solaire. Est décou­verte éga­le­ment une che­mi­née lais­sant pen­ser à un che­min ini­tia­tique de retour vers la lumière. À noter que vue depuis le fond de la grotte, la por­tion ain­si décou­pé « est le point du sol­stice d’hiver dans le ver­seau » selon l’é­minent paléoas­tro­nome Paul Verdier. Emilia Masson venait de trou­ver le véri­table cœur de l’ensemble des Merveilles. Après de nom­breuses autres décou­vertes à l’aube des années 2000, Emilia Masson, gui­dée par ses intui­tions et par la confi­gu­ra­tion du lieu, devait ins­pec­ter les ébou­lis, sur le flanc est de la Cime des Lacs et ensuite sur son flanc nord .Vallée des Merveilles Cimes et abimes, par Emilia Masson Ses recherches furent encore une fois fruc­tueuses avec la mise en relief de plu­sieurs méga­lithes calés et retou­chés, des vasques creu­sées dans la roche, la mise à jour sous un méga­lithe d’une série d’outils lithiques dis­po­sés de manière sym­bo­lique. Notons la décou­verte d’un foyer sacré mas­qué entre deux roches. Les rayons du soleil, le jour du sol­stice d’été, pénètrent envi­ron une demi-heure à la mi-jour­née.

Aujourd’hui encore en 2014, l’aventure scien­ti­fique d’Emilia Masson se pour­suit tou­jours avec, à la clef, de nou­velles décou­vertes dont nous nous ferons pro­chai­ne­ment l’écho. Aidée par des spé­cia­listes qui font auto­ri­té, tels Paul Verdier en paléo-astro­no­mie ou Bruno Ancel archéo­lo­gie, les décou­vertes d’Emilia Masson touchent au plus pro­fond de notre his­toire et de notre culture. Nous y revien­drons dans nos colonnes. Il s’a­git éga­le­ment d’une véri­table aven­ture humaine qui touche au roman car ces avan­cées ont dû affron­ter l’es­ta­blish­ment des struc­tures scien­ti­fiques en place. L‘incurie, la mau­vaise foi, l’ostracisme de cet esta­blish­ment apportent de sur­croît une dimen­sion « trop humaine » à toutes ces décou­vertes.

Alain-Christian Drouhin
NB : ces deux ouvrages sont en vente à la librai­rie Libre Diffusion à Nice (cli­quez sur les images de cou­ver­ture dans l’ar­ticle pour accé­der direc­te­ment à la com­mande en ligne).