Autouroute bloquée à Nice : catastrophe écologique, économique, sociale et politique

Les usa­gers de l’au­to­route A8 n’ont tou­jours pas digé­ré d’a­voir été pié­gés à Nice par Vinci Autoroutes mer­cre­di der­nier le 9 octobre 2019. Cette catas­trophe lais­se­ra des traces tenaces chez ces mil­liers d’au­to­mo­bi­listes impuis­sants face à une machine irres­pon­sable qui pense d’a­bord à sa pré­ser­va­tion finan­cière au détri­ment du sens com­mun et du bien géné­ral.

Une catastrophe écologique

La pol­lu­tion ne vient pas seule­ment de l’in­cen­die du camion (notre illus­tra­tion à la une, source : #VINCIAutoroutes). S’il n’y avait que ça ! Imaginez ces mil­liers de voi­tures blo­quées, mais moteurs allu­més car il faut bien avan­cer au compte-goutte. Alors que la Bien Pensance culpa­bi­lise les « fumeurs de clopes qui roulent au die­sel », pas un mot ici sur l’impact car­bone de ce mons­trueux embou­teillage !

Une catastrophe économique

Personne non plus n’a comp­ta­bi­li­sé les cen­taines de mil­liers d’heures de tra­vail per­dues. Les ate­liers qui n’ont pas pu ouvrir à l’heure, les employés qui poi­reautent en atten­dant l’ar­ri­vée du patron, les livrai­sons man­quées, les délais impac­tés. Ce sont des mil­lions d’eu­ros qui se sont éva­nouis, même si le plus grand nombre pour­ra être rat­tra­pé au prix d’heures sup­plé­men­taires.
Aucune com­pen­sa­tion ne vien­dra dédom­ma­ger ces entre­prises qui sont sou­mises par ailleurs à une exi­gence de ren­ta­bi­li­té qua­si­ment insou­te­nable.
Dans un monde asser­vi de sala­riés men­sua­li­sés, où la paie des employés ne sera pas impac­tée par cette perte de pro­duc­tion, qui a encore conscience du manque à gagner géné­ré par cette catas­trophe éco­no­mique ?

Une catastrophe sociale

Ce n’est pas tout. Bien sûr les entre­prises ont subi de lourds dégats, mais il n’y a pas que les tra­vailleurs qui prennent l’au­to­route au petit matin. Il y a les per­sonnes qui vont à l’aé­ro­port, à la gare, à l’é­cole ou à l’u­ni­ver­si­té et qui ont raté leur avion, leur train, leurs cours. La presse nous apprend que plu­sieurs céré­mo­nies funé­raires ont dû être repor­tées, ajou­tant de l’an­goisse au cha­grin. Quelle hor­reur !
Ajoutons à cela les entre­tiens d’embauche man­qués, les ren­dez-vous amou­reux, etc.

Une catastrophe politique

Et tout ça, c’est la faute à pas de chance ! L’autoroute est pri­va­ti­sée, donc ce n’est pas la faute aux Pouvoirs publics. Et Vinci Autouroutes a conti­nué de faire entrer les auto­mo­bi­listes pen­dant des heures alors que l’au­to­route était blo­quée. Mais pas les péages ! Gling ! Gling !
Caisse enregistreuse
Dans un com­mu­ni­qué impayable, Vinci Autoroutes déclare : « La gra­tui­té a été mise en place au péage de Saint Isidore dès 8 heures du matin ». Oui mais l’in­cen­die s’é­tait décla­ré à 4 heures du matin et l’au­to­route était blo­quée depuis bien long­temps déjà. L’irresponsable local de Vinci Autoroutes ajoute même : « On ne peut pas mettre en place cette mesure de gra­tui­té sur l’en­semble du tron­çon. Cet évé­ne­ment est tota­le­ment indé­pen­dant de la volon­té de Vinci Autoroutes. Les auto­mo­bi­listes qui le sou­haitent peuvent faire par­ve­nir leur récla­ma­tion à Vinci. »
« Totalement indé­pen­dant de la volon­té de Vinci Autoroutes » ? Pas si sûr. Que fai­sait ce camion espa­gnol venant d’Italie, dont les freins ont tel­le­ment chauf­fé qu’ils ont embra­sé une car­gai­son très inflam­mable de car­tons d’emballage ? À qui la faute si une telle bombe cir­cule sur une voie pri­vée qui fait payer le tra­jet ? Vinci Autoroutes laisse entrer sur son réseau n’im­porte quel fret ? N’importe quel véhi­cule ? Même une car­tou­chière sur roues ?

Le Préfet des Alpes Maritimes s’é­meut de cette situa­tion. S’il n’a pas été blo­qué en per­sonne, on peut ima­gi­ner que des cen­taines de fonc­tion­naires de la pré­fec­ture furent blo­qués. Le Préfet déclare en effet : « Quand on annonce un embou­teillage, les auto­mo­bi­listes qui y sont confron­tés qua­si quo­ti­dien­ne­ment, peuvent s’en­gouf­frer sur l’au­to­route sans ima­gi­ner l’é­ten­due de cet embouteillage.On se doit d’être plus pré­cis et de trou­ver des solu­tions. J’en par­le­rai à Vinci Autoroutes. J’en ai par­lé à Christian Estrosi, et nous ne man­que­rons pas d’en repar­ler. » Espérons tou­te­fois qu’ils ne feront pas qu’en par­ler car le peuple ful­mine. La révolte gronde. Pas seule­ment chez les Gilets Jaunes.

Massimo Luce