La République vénère les cercueils

Notre lec­teur Michel Vandenbergues nous fait par­ve­nir ce texte que lui ins­pire la mort de nos 13 sol­dats au Mali :

Mes amis mili­taires n’apprécieront pas ce texte, mais je vous l’en­voie tout de même.

Aujourd’hui, nos poli­ti­ciens honorent les 13 vic­times de nos chefs.

Subir, le culte de la fata­li­té, les grandes messes répu­bli­caines d’ob­sèques à répé­ti­tion qui nous obligent à la rési­lience et nous inter­disent toute objec­ti­vi­té, toute cri­tique. La République vénère les cer­cueils.

Décidément, notre armée ne sera jamais à la hau­teur de ce qu’on attend d’elle : 13 morts pour un désastre humain, 13 morts pour une armée ridi­cu­li­sée.

Invalides - 2 décembre 2019

Lundi 23 novembre 17 heures, des com­man­dos para­chu­tistes, nor­ma­le­ment des pro­fes­sion­nels lour­de­ment armés, repèrent un groupe d’un pick-up et de plu­sieurs motos. Quelques pouilleux minables sur le pla­teau d’un 4X4 rouillé, armés de kalash d’un autre âge. Les mili­taires fran­çais engagent le com­bat au sol contre le véhi­cule qui s’en­fuit dans la nuit. Ils appellent alors des ren­forts aériens. Deux Mirages 2000, rien de moins, inter­viennent pour les rat­tra­per, sans effi­ca­ci­té. Un héli­co­ptère Cougar (trans­port de troupes) est envoyé sur place avec un ren­fort de per­son­nels de toutes spé­cia­li­tés, un légion­naire, des troupes de mon­tagne. Deux héli­co­ptères d’at­taque Tigre en sou­tien. Des moyens consi­dé­rables en maté­riels ultra-modernes, en per­son­nels de choc, décli­nés dans toutes les com­po­santes de l’Armée pour une poi­gnée de gue­rillé­ros en ché­chia qui s’en­fuient en moto.

À 18h40, c’est le drame qui ridiculise cette gabegie

Le Cougar et le Tigre se per­cutent, tout sim­ple­ment, tout bête­ment. Trop de mili­taires au mètre-car­ré, jus­qu’à se mar­cher des­sus.

On ne sau­ra rien de ce qui s’est pas­sé, l’Armée est une grande muette. Pourtant, on peut se poser quelques ques­tions. C’est à l’hé­li­co­ptère Tigre très manœu­vrant, qui pro­tège le lourd héli­co­ptère Cougar char­gé d’hommes et peu agile, d’as­su­rer l’an­ti-col­li­sion. Cet acci­dent est donc le fait d’une erreur de son pilote. Il s’a­git d’une erreur humaine, certes dans des cir­cons­tances de vol par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ciles : stress de la nuit, stress de la zone de com­bat. Il sera bien injuste de blâ­mer ce pauvre homme ame­né à prendre des risques incon­si­dé­rés.

En atten­dant, l’en­jeu de cet enga­ge­ment jus­ti­fiait-il la mise en œuvre d’une telle arma­da ? Certainement pas ! 13 morts, des dizaines de mil­lions d’eu­ros par­tis en fumée, dans le sable. Pour rien d’autre que ces vies pré­cieuses per­dues.

Que fai­sons-nous dans ce désert grand comme deux fois la France ? Une bar­khane est une dune, alors que nous sommes inca­pables de reprendre un hec­tare à la péri­phé­rie de Paris.

Voici le nom de ces 13 sol­dats morts loin de la Patrie : Nicolas Mégard, Benjamin Gireud, Clément Frisonroche, Alex Morisse, Julien Carette, Anreï Jouk, Romain Salles de Saint-Paul, Pierre Bockel, Romain Chomel de Jarnieu, Alexandre Protin, Antoine Serre, Valentin Duval, Jérémy Leusie. Sans com­men­taire.

Nos diri­geants assurent l’ac­cueil bien­veillant de mil­liers de déser­teurs maliens qui crachent sur la France une fois ins­tal­lés ici et, dans le même temps, ils nous font pleu­rer sur les cer­cueils de nos fils morts au Mali.

Michel Vandenbergues