Voilà une information qu’elle est intéressante !

Ce confi­ne­ment sus­cite tel­le­ment la moro­si­té qu’il faut bien trou­ver le moyen d’amuser le bon peuple et, peut-être aus­si, le détour­ner des cafouillages du gou­ver­ne­ment dans la ges­tion de la crise sani­taire et, depuis l’annonce du Président, dans la façon d’en sor­tir. Le gou­ver­ne­ment nous envoie régu­liè­re­ment le clown Sibeth. Mais celui-ci fait de moins en moins rire. Alors, les médias ont trou­vé autre chose : balan­cer des son­dages. C’est sym­pa, les son­dages ! Ça fait cou­ler beau­coup de salive et beau­coup d’encre.

L’incontournable Ifop a donc été man­da­té par le site d’information 24Matins.fr – édi­té par l’entreprise ADN Contents (por­tail inter­net) – pour mener une enquête d’une impor­tance capi­tale : l’impact du confi­ne­ment sur l’hygiène cor­po­relle et ves­ti­men­taire des Français. « Voilà une pré­oc­cu­pa­tion qu’elle est inté­res­sante ! », aurait dit Coluche. Tellement impor­tante qu’elle a été reprise par la tota­li­té des médias, quelle que soit leur inter­face : écrite, audio­vi­suelle ou en ligne. Bonne pioche pour l’Ifop qui a, sur ce coup, bien rem­pli ses caisses.

Alors, que nous révèle cette enquête hau­te­ment essen­tielle ? Tout bana­le­ment qu’on apporte moins de soin à son appa­rence cor­po­relle quand on n’a pas à se confron­ter au contact social.
Finalement, rien de moins que le wee­kend ou pen­dant les vacances. Pas de quoi en faire un fro­mage. Quoique, le confi­ne­ment s’éternisant, du point de vue de l’odeur on devait s’en rap­pro­cher un tan­ti­net, selon les cas. Nonobstant, cer­tains chro­ni­queurs se sont per­dus dans les super­la­tifs : « sinistre constat » geint Marie Delarue dans Boulevard Voltaire ; « l’appréciation de soi en prend un coup » déplore le HuffingtonPost ; « impres­sion­nant », s’exclame RTL à pro­pos de la baisse des ventes de déodo­rants cor­po­rels ; « l’hygiène en chute libre ! » clame Madame Figaro ; « un enjeu de san­té publique au cœur des dis­cours des auto­ri­tés publiques et sani­taires » dra­ma­tise La Dépêche et j’en passe…

Ce son­dage a été réa­li­sée auprès d’un échan­tillon de 1016 per­sonnes « repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion fran­çaise âgée de 18 ans et plus » (soit 0,0015 % de la popu­la­tion !). Il com­prend donc un cer­tain nombre d’ados à peine majeurs les­quels, comme cha­cun sait, ne brillent pas par leur amour de la salle de bain, confi­ne­ment ou pas. Il doit com­prendre aus­si des per­sonnes âgées qui ne dis­posent pas de l’autonomie néces­saire à une hygiène régu­lière. Mais bon, ne cher­chons pas des poux dans les têtes et exa­mi­nons les résul­tats de ce son­dage de plus près. Qu’apprend-on ?

Les Français ne se lavent pas tous quo­ti­dien­ne­ment. Seulement 67% le font : 74% de femmes et 61% des hommes. Mais les femmes n’étaient propres – si tant est que la « pro­pre­té » se défi­nisse par une toi­lette com­plète par jour – qu’à 81% avant confi­ne­ment et les hommes à 71%. Ceci tend donc à mon­trer, avant tout, que les Français peu accros à l’hygiène étaient déjà nom­breux avant le confi­ne­ment, à rai­son de 2 femmes sur 10 et 3 hommes sur 10. En fait, on découvre qu’il y a seule­ment 16% des femmes et 20% des hommes qui se sont lais­sé aller en rai­son du confi­ne­ment. Pas de quoi dra­ma­ti­ser ! On apprend aus­si que les confi­nés esseu­lés font plus faci­le­ment l’impasse sur leur toi­lette. Somme toute assez logique : on ne risque d’incommoder que soi-même.

Concernant ce que le son­dage appelle « l’hygiène ves­ti­men­taire », pas de grandes révé­la­tions là encore, sinon que les hommes changent moins sou­vent de cale­çon (ou slip). Si les femmes sont plus rigou­reuses sur ce point, c’est dans doute parce que ce « vête­ment » étant de nos jours réduit à une simple ficelle confi­née, elle aus­si, dans un espace très fer­mé, elles ont tout inté­rêt à ne pas lais­ser trop infu­ser l’accessoire, si vous voyez ce que je veux dire. On apprend enfin qu’elles portent moins le sou­tien-gorge, ce qu’on n’aura pas trop de mal à com­prendre. Enfin, ces négli­gences ves­ti­men­taires s’observent sur­tout chez les jeunes de moins de 25 ans. Ce qui ren­voie à l’observation sur l’hygiène des ados faite plus haut.

En conclusion, cette enquête n’est pas la bombe que les médias ont bien voulu en faire

Gageons que leur but était ailleurs dans les cir­cons­tances que l’on sait. Si on veut lui trou­ver un quel­conque inté­rêt ce sera celui de mon­trer l’impact que peut avoir l’environnement social sur l’hygiène indi­vi­duelle et l’appréciation de soi. Pour autant, est-ce que cela néces­si­tait un son­dage ? À mon avis, l’Ifop vient de redé­cou­vrir l’eau tiède. Peu importe, l’attention du petit peuple a été détour­née pen­dant 48 heures, c’est ça qui compte.

Charles ANDRÉ