Sommes-nous encore en démocratie ?

28 février 2021 | 5 Commentaires 

Le 16 mars 2020, le Président de la République a plon­gé la France dans ce qu’il a appe­lé « une guerre contre un enne­mi invi­sible », le Coronavirus. Mais, sous qua­li­fi­ca­tion sani­taire, cette guerre s’avère sur­tout être une guerre à l’encontre des liber­tés fondamentales.

L’État qui était en crise de légitimité, de financement et d’efficacité, s’est engagé dans une crise d’autorité

Au nom de la « soli­da­ri­té » et de « l’intérêt géné­ral », il accroît sans cesse ses marges de pou­voir au détri­ment de la liber­té éco­no­mique et poli­tique des citoyens français.ProjetKO - Macron - Nous sommes en guerre

Aussi, la crise que nous tra­ver­sons, pré­texte à pri­va­tions en tout genre, doit-elle nous ame­ner à nous inter­ro­ger sur l’état de notre modèle démo­cra­tique aujourd’hui. Natacha Polony, direc­trice de la rédac­tion à Marianne a vou­lu remettre la ques­tion au centre des débats en publiant un livre au titre choc : « Sommes-nous encore en démo­cra­tie ? » aux édi­tions de L’Observatoire.Natacha Polony - Sommes nous encore en démocratie

Certes, concède-t-elle à ceux qui veulent nous enfer­mer dans des visions tota­le­ment binaires leur per­met­tant de sim­pli­fier le pro­blème et d’interdire toute cri­tique, nous n’avons pas encore bas­cu­lé vers la dic­ta­ture mais nous ne sommes déjà plus dans une démo­cra­tie digne de ce nom. Est-ce que la démo­cra­tie c’est seule­ment le droit de voter tout les cinq ans pour élire « une sorte de roi thau­ma­turge » avec un sem­blant de droit d’expressions pour le peuple ? Pourtant, ce modèle est le nôtre aujourd’hui. La démo­cra­tie en tant que culture, en tant que façon de conce­voir les rap­ports entre les citoyens est en train de som­brer. L’idée que la voix du peuple compte pour déli­bé­rer sur notre des­tin com­mun a qua­si­ment dis­pa­ru. Ou bien elle se réduit à des simu­lacres de par­ti­ci­pa­tion comme « Le grand débat natio­nal » ima­gi­né par Macron, cet os à ron­ger jeté au petit peuple en ayant pris soin de se pré­mu­nir contre toute issue « déran­geante » : « On ne ter­gi­ver­se­ra pas sur les valeurs ! » avait pré­ve­nu Benjamin Griveaux avant que le pan­to­mime ne commence.

Pour en arriver là, plusieurs processus se sont conjugués

D’abord le pro­ces­sus éco­no­mique qui, depuis 40 ans, s’est mis en place et qui n’est autre qu’un méca­nisme de déré­gu­la­tion s’appliquant à contour­ner la démo­cra­tie. Les citoyens n’ont jamais voté pour la divi­sion mon­diale du tra­vail et la délo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion vers des zones dépour­vues de droits sociaux. Mais on leur a doc­te­ment expli­qué qu’il avait pas d’autre poli­tique pos­sible. Dès lors, quand on montre aux gens qu’il y a des pans entiers du réel qui échappent au débat poli­tique, com­ment s’étonner qu’ils se détournent de leur « devoir de citoyen » puisque ce rôle est confis­qué ? Ensuite, il y a la spé­ci­fi­ci­tés des ins­ti­tu­tions fran­çaises qui per­mettent de conso­li­der cette dérive en éloi­gnant encore plus le citoyen des déci­sions : un « roi élu » et plus de contre-pou­voirs. Tous les cinq ans, on change de roi mais la même poli­tique reste appliquée.

Au nom du Bien, le Pouvoir décide sans se préoccuper de l’avis des gens

Ceux qui nous gou­vernent sont per­sua­dés qu’ils savent et méprisent le peuple consi­dé­ré inapte. Ils exercent en per­ma­nence une espèce de chan­tage en culpa­bi­li­té pour tuer dans l’œuf toute vel­léi­té de réac­tion. Par exemple, à ceux qui cri­tiquent la mon­dia­li­sa­tion, ils disent : « Voyez comme cela a per­mis de faire sor­tir des gens de la grande pau­vre­té. Donc, si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes un méchant égoïste, un raciste… »
• Idem avec l’argument envi­ron­ne­men­tal : « Vous ne vou­lez pas de taxe car­bone ? Mais vous êtes pour la fin du monde, c’est ignoble ! »
• En ce moment, ce pro­ces­sus de culpa­bi­li­sa­tion est géné­reu­se­ment exploi­té dans la crise sani­taire : « Si vous n’acceptez pas les res­tric­tions des liber­tés, si vous n’acceptez pas d’être trai­té comme un enfant (à qui on impose une parole ver­ti­cale), alors vous êtes pour que des gens meurent ». C’est machiavélique.

À aucun moment, on ne s’appuie sur l’intelligence des indi­vi­dus. Dans la crise sani­taire, au moment le plus fort, il fal­lait évi­dem­ment agir et non débattre mais lorsque l’épidémie a mar­qué le pas, l’été venu, il n’y eut aucune prise de conscience ni déli­bé­ra­tion col­lec­tive pour déci­der de la façon dont on allait s’adapter et cher­cher la meilleure façon d’agir.

Nos élites restent persuadées que la démocratie est une chose trop sérieuse pour la confier aux citoyens

Ce que cer­tains ont sans ver­gogne expri­mé lors du Brexit ? nous expli­quant qu’il était assez inquié­tant de voir que c’était les moins diplô­més qui avaient voté la sor­tie de l’UE et qu’il fau­drait peut-être son­ger à réser­ver le vote aux plus ins­truits. Pire encore, cer­tains sont allés jusqu’à dire que, les vieux ayant voté pour un ave­nir qui n’est pas le leur, il fau­drait faire en sorte que les jeunes aient une voix qui compte double !
Par défi­ni­tion, le peuple se trompe tou­jours, alors, si l’on peut bidouiller pour faire en sorte que, lorsqu’il s’exprime, le peuple aille dans le sens qu’on sou­haite, c’est quand-même mieux. Le plus bel exemple de tri­pa­touillage reste le Traité consti­tu­tion­nel euro­péen, non rati­fié par les États signa­taires (la France l’a reje­té à 55 % des suf­frages) qui, trois ans plus tard, rebap­ti­sé Traité de Lisbonne, sera approu­vé par le Conseil euro­péen. La démo­cra­tie, nos élites ne l’acceptent qu’à condi­tion que les gens votent « bien » ! C’est pour­quoi, refu­sant le prin­cipe éta­blis­sant qu’elles sont, pro­vi­soi­re­ment seule­ment, au ser­vice de la col­lec­ti­vi­té, elles pro­fitent de leur situa­tion pour confis­quer la démo­cra­tie. On constate qu’il n’y a plus de renou­vel­le­ment de ces élites, que celles-ci sont toutes issues de la même classe sociale et qu’elles s’emploient bec et ongles à défendre leurs inté­rêts de classe. Waren Buffet n’a‑t-il pas décla­ré ouver­te­ment que la lutte des classes existe bel et bien mais que les riches sont en train de la gagner ?

Nous touchons là au fond du problème de la démocratie représentative

Et, au nombre de ses dérives, la plus pré­oc­cu­pante, est sans doute la dia­bo­li­sa­tion de toute pen­sée diver­gente par l’emploi de méthodes dignes des régimes les plus tota­li­taires, afin de main­te­nir un sys­tème tota­le­ment inique sans qu’il soit remis en cause. Celui qui entre­prend de dénon­cer ces élites qui n’ont plus les mêmes inté­rêts objec­tifs que les citoyens ain­si que leurs méthodes, est immé­dia­te­ment trai­té de « com­plo­tiste ». Les déten­teurs du Pouvoir s’efforcent d’assimiler tout contra­dic­teur aux far­fe­lus pré­ten­dant que la terre est plate ou que l’homme n’a jamais mar­ché sur la lune pour le dis­cré­di­ter. On a vu appa­raître dans l’espace public fran­çais, tour à tour, l’usage des mots « réac­tion­naire », « popu­liste » et puis « com­plo­tiste ». Désormais, l’opprobre total est conte­nu dans le terme « sou­ve­rai­niste » auquel on a réus­si à assi­mi­ler la monar­chie et l’extrême droite. C’est dire à quel point on est arri­vé dans la des­truc­tion de la culture poli­tique des Français. Oublié 1789 et le concept de « Peuple sou­ve­rain ». La_Revolution_francaise

L’inversion totale des valeurs est imposée

Pour en sor­tir, Natacha Polony prône une « révo­lu­tion rai­son­nable et non vio­lente ». Selon elle, il est urgent de mettre à bas ce sys­tème avant que la vio­lence ne s’installe. Une issue qu’elle redoute cepen­dant. Je crains, pour ma part, qu’il ne soit déjà trop tard. Le mou­ve­ment des Gilets Jaunes n’ayant pas réus­si ce ren­ver­se­ment, la pro­chaine colère popu­laire pour­rait bien finir dans la violence.

Charles ANDRÉ

« L’important n’est pas de convaincre mais de don­ner à réflé­chir. »

5 Commentaires 

  1. Ben non, rien de tout cela. Juste un monarque comme nous en avons un sous le bras qui accep­te­rait cer­tai­ne­ment de mener la France s’il sen­tait que cela était pos­sible mal­gré les énormes freins répu­bli­cains qui nous plongent depuis 150 ans dou­ce­ment vers la fange de seconde zone des pays à négli­ger sur l’é­chi­quier mon­dial. Est-ce le moder­nisme, est-ce le mon­dia­lisme, est-ce l’eu­ro­péisme qui a englué le poten­tiel de grandes figures poli­tiques patriotes ? Nous ne sommes plus que des valets face à l’is­lam, face à la Chine, face aux EU. Une nation, une seule, peut nous sau­ver : la Russie car l’Europe des nations et des peuples se fera avec la Russie ou ne se fera pas. C’est l’en­jeu de ce vingt-et-unième siècle.

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    • Ce monarque « qui accep­te­rait cer­tai­ne­ment de mener la France », de qui s’agit-il ?

  2. La démo­cra­tie est une escro­que­rie, elle n est que le paravent de la dic­ta­ture ban­caire.
    On le voit bien sous la ripou­blique : le peuple n est plus sou­ve­rain, les poli­tiques ne sont que les sous-fifres des grandes dynas­ties qui ont le contrôle de la mon­naie, des médias, de la méde­cine, des uni­ver­si­tés…
    Le peuple doit ren­ver­ser ce sys­tème, nous sommes plus nom­breux, eux ne sont qu une poi­gnée à se par­ta­ger le gâteau.

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    • Mais eux ont les flics cas­qués et armés. Les gilets jaunes s’y sont cas­sé les dents des­sus. Alors, quel « peuple », cher Monsieur, pour ren­ver­ser ce sys­tème ? Celui des para­nos qui tremblent de trouille devant un virus de la grippe ?

    • À jack­no­bo­dy (joli pseu­do­nyme fran­çais bien de chez nous) il s’a­git bien évi­dem­ment de Jean IV, Jean d’Orléans, Duc de Vendôme.
      C’est le pré­ten­dant, depuis 2019, à la tête de l’État si celui-ci était prêt à faire place à une monar­chie consti­tu­tion­nelle moderne.

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