« Momies shows » : la malédiction des pharaons ?

6 avril 2021 | Aucun com­men­taire

« Le châtiment éternel pour celui qui ouvrira ce sarcophage… »

Au Caire en Égypte, 22 momies royales (dont Ramsès II et, par la grâce du spé­cia­liste des décou­vertes mira­cu­leuses et inat­ten­dues, Zawi Hawas, la reine Hatshepsout) ont défi­lé à tra­vers les rues dans des chars noirs, dorés, ailés et copiés sur des blin­dés mili­taires et auréo­lés d’une lumière bleue-verte, cou­leur pré­fé­rée du dieu Osiris pour rejoindre leur der­nière demeure d’é­ter­ni­té, le Musée National de la Civilisation Égyptienne.

Défilé sarcophages Le Caire - Pâques 2021

Coïncidence : le nou­veau pha­raon égyp­tien a choi­si une date sym­bo­lique, celle de la période de Pâques, com­mé­mo­rant ain­si « l’Exode » et un pas­sage qui devait mener le peuple hébreu loin de la terre d’Égypte… Certains com­mencent à mur­mu­rer que le pré­sident et ses com­pa­gnons pour­raient bien subir le sort de l’an­cien pha­raon, englou­ti avec son armée dans les eaux de la mer… parce que, c’est bien connu, les anciens pha­raons et pha­raonnes aiment lan­cer des malé­dic­tions contre ceux qui osent les déter­rer de leurs cavernes où ils sont pro­té­gés pour l’é­ter­ni­té et pour cer­tains depuis plus de trois mille ans, seule­ment déran­gés par­fois, par des voleurs sacri­lèges qui ne crai­gnaient pas, pour­tant à leurs dépens, de sou­le­ver le voile de leur cachette éter­nelle. Et, si ces rois et reines étaient spé­cia­listes des for­mules magiques qu’ils lan­çaient par­fois de façon détes­table contre leurs enne­mis, la ques­tion est de savoir : com­ment, vont-ils résoudre ces nou­velles profanations ?

Déplacement sarcophages Le Caire - Pâques 2021

Il leur fau­dra déjà dis­soudre la puis­sante couche d’a­zote cen­sée les pro­té­ger des agres­sions exté­rieures, puis affron­ter les éton­ne­ments, les sar­casmes peut-être, d’un large public de tou­ristes aux­quels ils ne sont pas habi­tués. Il faut dire que le monde moderne ne se pose même pas ces ques­tions d’ordre magique, elles étaient juste bonnes pour les temps anciens et le XIXe siècle. Mais ces temps sont révo­lus, main­te­nant on peut expo­ser sans risque tous ces per­son­nages autre­fois faits de chair, d’os et d’âme comme tout le monde des vivants, même s’ils sont nus, déchar­nés, sque­let­tiques, noir­cis, défi­gu­rés, par­fois un peu décou­pés en morceaux.

En fait, et tant pis si cette hypo­thèse fait rica­ner le plus grand nombre, la croyance ancienne était que ces momies por­taient encore en elles des étin­celles de vie et qu’il était dan­ge­reux et sur­tout indé­cent de les sor­tir de leur sar­co­phage pour les mon­trer comme des monstres de foire. Des écri­vains du XIXe siècle en par­ti­cu­lier ont abor­dé ce sujet comme Bram Stoker, l’au­teur de Dracula dans « Le Joyau des sept étoiles », ceux qui liront ce – roman – y appren­dront qu’une ancienne reine d’Égypte extraite de son repaire ne recule devant rien pour se ven­ger. Pour d’autres auteurs, c’est le grand mage Imhotep qui risque de se fâcher gra­ve­ment si, par mal­heur, un émule du grand décou­vreur et néan­moins archéo­logue égyp­tien, venait à retrou­ver son antre, parce qu’il pos­sède « Le Livre de Thôt », celui qui per­met de res­sus­ci­ter les morts et en par­ti­cu­lier les momies, et qu’il sait très bien s’en servir…

Brian Stocker - Le joyau des sept étoiles Paul Brunton - Égype ancienne

C’est aus­si ce que décrit l’au­teur Paul Brunton dans « L’Égypte secrète » quand il évoque les momies qui « dorment » dans les val­lées per­dues d’Égypte. Ces momies sont cachées dans ces gorges pro­fondes et brû­lantes entou­rées des col­lines roses et déchi­que­tées dans des lieux encore igno­rés, dans ces col­lines sté­riles qui sont entou­rées de brume à l’aube et dont aucun son ne rompt le silence. Elles sont pour­tant par­cou­rues par de sombres cor­ri­dors qui s’en­foncent à tra­vers des laby­rinthes vers des chambres sépul­crales, dans l’obs­cu­ri­té des sou­ter­rains de la mort. On peut y voir des hié­ro­glyphes repré­sen­tant des ser­pents sinueux, des chauve-sou­ris, des sca­ra­bées et, sur­tout, le voyage du défunt vers l’autre monde. Il est peint sur les murs et il repro­duit « Le Livre des Portes » dont les for­mules assurent le voyage de l’âme. L’auteur met alors en scène un adepte de l’an­cienne reli­gion égyp­tienne qui affirme que ceux qui ouvrent les tom­beaux s’ex­posent à de graves dan­gers qui se réper­cu­te­ront peut-être même sur le monde. Car les anciens savaient com­ment faire pour conti­nuer à avoir psy­chi­que­ment, et par la ver­tu de la magie, un lien durable avec le monde même après leur dis­pa­ri­tion phy­sique. Ils s’employaient donc à châ­tier les pro­fa­na­teurs. Et chaque momie qui est ain­si trans­por­tée dans un musée du monde, emporte avec elle ce lien invi­sible qui peut exer­cer une influence désas­treuse sur l’a­ve­nir des nations. Et l’homme moderne, dépour­vu de magie, est désar­mé face à cet enne­mi invi­sible. « Qu’on ne touche pas aux tombes ! Que le monde renonce à les ouvrir ! »

Sinon, il fau­dra s’at­tendre à voir le scé­na­rio du film « La Momie » et Boris Karloff, à la fois momie morte et vivante, s’emparer de votre esprit, de votre enve­loppe char­nelle peut-être, pour, enfin, pou­voir s’in­tro­duire dans le monde épou­van­ta­ble­ment moderne et détes­table des vivants.

Momie - Boris Karloff

Alexandra Schreyer

[NDLR :
• notre illus­tra­tion à la une : tête de Ramsès II
• Alexandra Shreyer est licen­ciée en sciences humaines (socio­lo­gie, eth­no­lo­gie), pro­fes­seur d’his­toire- géo­gra­phie et auteur de deux livres
Jules Verne et Arsène Lupin, tome 1. À la recherche des écrits per­dus et
Jules Verne et Arsène Lupin, tome 2 : Le secret de l’ai­guille creuse et l’or de Jérusalem ]

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