Soleil blanc

Allergie au(x) blanc(s) ?

Fuck white people
Inscription (en anglais) trouvée sur les murs de la Faculté de Lettres de Tolbiac. Tout un programme qui fait écho aux délires anti‐​blancs de certaines personnes rêvant tout haut de substitution de populations. Une HAINE de SOI morbide poussée au paroxysme.

Rokhaya DialloLors d’une récente émission télé, Robert Ménard(1), en rappelant la protestation de l’ « afro‐​féministe » Rokhaya Diallo (ci‐​contre) contre le fait que la compresse d’un pansement était blanche, s’écriait avec raison « mais, ma parole, on devient fou, on devient complétement jobard ». Pour de bon, si madame Diallo, prise très au sérieux par les médias, tient de tels propos et que personne n’a frisé le décrochement des muscles zygomatiques suite à une irrépressible hilarité, alors oui, le monde est gravement atteint de démence.

Corroborant cette phobie de la couleur blanche, des ateliers universitaires, s’installant à Paris, Toulouse et ailleurs, à l’initiative du syndicat Sud Éducation 93, précisent « non mixité raciale ». Nous aurions dû entendre un vacarme de protestations de toutes les associations Bien Pensantes. D’abord « non mixité », cet « entre soi » aux relents nauséabonds aurait dû déclencher les condamnations des associations si attentives à toutes les sortes de discrimination ou d’exclusion. Mais de surcroît il s’agit de « non mixité… raciale ! ». R‐​A‐​C‐​I‐​A‐​L‐​E ! Comprenez entre les lettres : interdit aux blancs.

Ateliers déconstruction préjugés raciauxOù sont passés le MRAP et la LICRA ?
Bouche sparadrap

Rokhaya Diallo – et visiblement, elle n’est pas la seule au sein de son ethnie – fait preuve d’une allergie primaire à la couleur blanche, perçue, sans doute et bien à tort, comme agressive à l’égard de sa carnation. Dans ces conditions, demandons‐​nous comment cette dame parvient à survivre dans un environnement où le blanc est ainsi omniprésent. Qu’on en juge par les exemples suivants : première substance dont se nourrissent tous les humains et les animaux, le lait est tellement synonyme de blancheur qu’on parle d’« une peau laiteuse » pour valoriser la clarté d’un épiderme. Et, je n’ai pas connaissance que le lait des mamans africaines ou asiatiques soit d’une autre couleur que le blanc. L’hiver, avec son manteau que tisse la floconneuse descente du ciel, doit aussi être insupportable à notre susceptible militante racialiste.

Mont Blanc
En fonction d’un changement programmé de population en Europe, le Mont Blanc sera‐​t‐​il interdit d’existence ? Et peut‐​être un jour les deux Pôles pour cause d’insolente blancheur.

Semblablement, le personnage au nom redondant de « Blanche neige » est sans doute à ses yeux doublement provocateur. Ainsi que le terme désignant le grandissement du jour, car le mot « aube » dérive du latin albus, signifiant « blanc »(2). Songeons également que la « Voie Lactée » peut‐​être ressentie comme une immense injure tracée sur le noir de la nuit. De même, n’est-il point scandaleux que toute personne postulant pour un emploi – notamment aux prestigieuses fonctions de député et plus encore de président de la République – soit désigné par le terme de « candidat » (dérivé du latin candidus, qui veut dire « blanc ») ? Faut‐​il interdire l’expression « blanche colombe », métaphorique de pureté ? Sur un plan juridique, va‐​t‐​on tolérer longtemps que quelqu’un reconnu comme « non coupable » ressorte « blanchi » du tribunal ? Et ce, alors qu’inversement on dira d’un individu qu’ « il n’est pas blanc » dans une affaire trouble. Litigieux aussi le fait que le « drapeau blanc » soit emblématique d’une interruption ou même d’une cessation des hostilités tandis qu’une étoffe noire flottant au vent est immédiatement évocatrice de piraterie, d’anarchie, de deuil ou de terreur. Et, dit le poète (Baudelaire en l’occurrence), « l’angoisse atroce, despotique sur mon crâne incliné plante son drapeau noir ».

Black Bloc colère noire
Drapeau Daesh
Drapeau pirate
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Autre poète, Gérard de Nerval voit, métaphoriquement, la mélancolie pareille à un « soleil noir ».

Rappelons aussi qu’« avoir carte blanche » est valorisant et que « montrer patte blanche » marque une sélective nécessité. On sait qu’une « marche blanche »(4) rassemble unanimement toute une collectivité après un drame. Quant aux « cheveux blancs », ils inspirent le respect et, souvent, témoignent de l’expérience – et de la sagesse – de quelqu’un« blanchi sous le harnais ». Fait plus grave, dénoncé il y a longtemps mais jamais corrigé, dans le solfège, « une blanche vaut deux noires » (aïe !).
Une blanche vaut deux noiresCertaines personnes nous assurent que des formules comme « avoir des idées noires », « broyer du noir », « être dans une colère noire » à l’instar des Black (noirs) Blocs (illustration ci‐​dessus), ou encore, très vulgairement « être dans une m… noire », connotent indirectement la perception péjorative d’une couleur qui renverrait ethniquement à l’Afrique. Toutes ces expressions risquent fort d’apparaître insupportables et sont à peine tempérées par le fait qu’en langage courant « la blanche » désigne la coke, que « devenir blanc » marque l’imminence d’un malaise physique tandis qu’ « un blanc », lors d’une conversation, signale une gêne subite. Ajoutons qu’il vaut mieux, dans une équipe, ne pas passer pour un « blanc bec ». Je ne sais plus quel humoriste de la génération des Fernand Raynaud et Pierre Doris (c’est loin…) racontait qu’« un grand noir tout mouillé entre dans un bar et commande un petit blanc bien sec ». Enfin la « page blanche » peut cruellement révéler à l’écrivain son absence d’inspiration. Dans l’un de ses films(3), Jean Cocteau brocardait les intellectuels germanopratins qui n’avaient plus rien à écrire en intitulant Nudisme un livre entièrement composé de pages blanches.

Exposition tout blanc
Expo pour snobs amateurs de négation de l’art. Anéantissant toute signifiance, une répétitive blancheur qui colle des idées noires.

SparadrapMaintenant, après avoir plaisanté sur le sujet pour cause d’un albuplast qui risque fort de coller à la personnalité de madame Diallo comme un certain sparadrap au capitaine Haddock, abordons les rivages élevés du symbolisme.

Et, d’abord, rappelons ce qui a été déjà dit dans cette rubrique : fondamentalement le noir et le blanc ont la même signification de primordialité.
Le noir représente l’occultation de cette primordialité tandis que le blanc en est la révélation(5). D’où les « Vierges Noires » qui ne sont en rien africaines mais représentent, comme à Saint‐​Victor de Marseille, Rocamadour, ou Chartres, « Notre Dame de Dessous Terre » (évocation de la puissance divine que cachent les profondeurs telluriques)(6). Dans la Tradition de l’Inde, il est question d’un mythique continent primordial appelé « la terre du Sanglier Blanc »(7). Selon le Livre des Conquêtes irlandais, le peuple fée de la déesse Dana, avant de prendre possession de la si verte Eire, habitaient quatre îles au nord du monde dont l’une se nommait Findias (littéralement, « La Blanche »). Aux dires de la Grèce antique, Argos (signifiant « blanc », « brillant », a donné le mot « argent ») passait pour la plus ancienne cité.

En Italie, Albe (= « Blanche »)-la‐​Longue sera la mère de Rome. Et, toujours en Europe, on trouve les noms d’Albanie, d’Albion (à cause, dit‐​on, de ses falaises blanches au sud), tandis qu’Alba est le nom utilisé en gaélique, en cornique et en breton pour l’Écosse. Se rapportant au mot albus, déjà nommé, ces désignations suggèrent l’origine – l’ « aube » – et le développement d’un courant civilisateur. Le blanc serait donc la couleur première (et qui, de fait, contient toutes les autres) et, conséquemment, la plus proche du divin. Exemple, pour les Bambaras, peuple de l’Afrique de l’Ouest (présent surtout au Mali), Faro, leur dieu principal, est perçu comme blanc. Ce qui se comprend puisque cette teinte est évocatrice de la lumière. Ainsi, lors de la Transfiguration du Christ : « son visage resplendit comme le soleil et ses vêtement devinrent blancs comme la lumière »(8).

Christ ressuscité
À travers une surnaturelle éclatante blancheur, le Christ révèle son corps de lumière.

D’où aussi, le fait que, dans le monde antique, le blanc est la couleur du sacerdoce et, presque partout, du vêtement des prêtres. C’est le cas en Égypte et en Judée (avec les Lévites), pour les Brahmanes de l’Inde, les prêtres perses. De même en Grèce (la célèbre Pythie de Delphes portait des vêtements blancs) et à Rome. En Gaule, on le sait, l’habit blanc distinguait le druide. Dans la tradition indo‐​européenne, le blanc désigne effectivement le sacerdoce tandis que le rouge caractérise la fonction militaire. De nos jours, le souverain pontife est toujours revêtu de blanc. Afin de n’oublier personne, rappelons que cette couleur accompagne le pèlerinage à la Mecque.

Zeus Europa
L’enlèvement d’Europa par le maître des Olympiens changé en taureau : la blancheur est à l’origine de notre continent. Peinture de Maarten de Vos (1532−1603).

Concernant notre continent, n’oublions pas que c’est la lumineuse blancheur d’Europa qui séduisit Zeus et, pour l’enlever, il se métamorphosa en taureau blanc. Puisque nous sommes dans le mythe et pour conclure, comment ne pas citer l’un des chefs-d’œuvre de la poésie française. Théophile Gautier avait parié qu’il composerait un long poème en n’utilisant qu’une seule couleur et tous ses synonymes. Pari réussi (en 1852) et qui s’intitule – albophobes de tout poil, n’en prenez point ombrage – Symphonie en blanc majeur. En voici le début :
« De leur col blanc courbant les lignes
On voit dans les contes du Nord,
Sur le vieux Rhin, des femmes‐​cygnes
Nager en chantant près du bord ;
Ou, suspendant à quelque branche
Le plumage qui les revêt,
Faire luire la peau plus blanche
Que la neige de leur duvet.
De ces femmes il en est une
Qui chez nous descend quelquefois,
Blanche comme le clair de lune
Sur les glaciers dans les cieux froids ; (…)
Sur les blancheurs de son épaule,
Paros au grain éblouissant,
Comme dans une nuit du pôle,
Un givre invisible descend.
De quel mica de neige vierge,
De quelle moelle du roseau,
De quelle hostie et de quel cierge
A‐​t‐​on fait le blanc de sa peau ? »
Aux passionnés par l’art poétique d’en poursuivre la lecture. Ce jeu chromatique transcrit le génie français et l’âme infrangible de l’Europe.

P. G. S.

(1) Récemment agressé par un commando de démocrates autoproclamés.
(2) Voir notre article du 5 avril 2018 consacré au Mont Alban (rubrique Perspectives).
(3) Orphée, 1950, version XXe siècle du mythe grec d’Orphée et d’Eurydice. Acteurs Principaux : Jean Marais (dans le rôle d’Orphée), François Périer, Maria Casarès, Marie Déa.
(4) Voir notre article du 29 juillet 2016 La Marche blanche de Nice n’a pas carte blanche
(5) Toujours dans cette rubrique Perspectives, voir l’article du 17 février 2016 intitulé L’autre visage du drapeau corse.
(6) En réalité, leur couleur foncée résulte du noircissement des pigments utilisés (le blanc de plomb).
(7) Cf., même rubrique, notre article du 14 avril 2016 intitulé Les andouilles et l’ère du Sanglier Blanc.
(8) Matthieu, 17, 2.

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