Jacqueline Huet speakerine

Ah ! si seulement il ne pouvait y avoir que deux chaînes télé

Je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître.

Du temps de ceux qui, au yeux de Delphine Ernotte, sont devenus des vieux mâles blancs de plus de 50 ans, ceux qu’elle veut virer des chaînes publiques de sa télé propagande. Julien Lepers et Tex, « Cassez‐​vous vieux chnoques ». Place à la diversité, comme à l’Élysée avec Kiddie Smile.

Années 60, au temps des heures grises de la télé en noir et blanc, deux chaînes seulement : la Première et la Deux. Nul besoin de zappette. On se levait les fesses de son fauteuil pour aller appuyer sur le bouton. Trois boutons sur le poste et un potentiomètre pour le volume. Impensable aujourd’hui. La télé ne diffusait pas encore l’après-midi de « soap opera » (Les feux de l’amour) pour la ménagère de moins de 50 ans.

Malgré cela, l’offre télévisuelle des sixties est alors, pour le moins, d’une diversité remarquable. Le mot variété prenait tout son sens. Comme on dit, il y en avait pour tous les goûts. Avec deux chaînes, on avait plus de choix qu’avec les 27 de la TNT. Jugez‐​en par ce florilège :
• 60 La tête et les jambes (qui révéla Laurent Fabius

• 61 Âge tendre et tête de bois
• 62 Interville et Bonne nuit les petits
• 63 Thierry la fronde,
• 64 La piste aux étoiles
• 65 Belphégor
• 66 Au théâtre ce soir
• 67 Les dossiers de l’écran,
• 68 Les Shadocks
Suivront de nombreuses émissions qui resteront cultes : Apostrophe, Le Grand échiquier, Thalassa, etc.
Le tout présenté par de charmantes speakerines à la blancheur élégante.

Des années bonheur qui rassemblaient tous les téléspectateurs sous le même toit, jusqu’au drame le 1er octobre 1968 !

68, son mois de mai tristement célèbre de l’inversion de toutes les valeurs, est une date charnière pour cette télévision, l’ORTF. (le F pour « française », à cette époque, être qualifié français n’avait pas une connotation d’extrémiste, de lépreux suivant l’expression Macron).

Ce sinistre jour‐​là — 1er octobre 1968 — sur la première chaîne, on assiste à la première coupure publicitaire. Cinq spots seront diffusés : Régilait, les tricots Bel, Boursin, Schneider et le beurre Virlux.

Le ver est dans le fruit, le pognon de l’entreprise s’empare de la petite lucarne. Fin de la télévision d’information et de loisirs pour devenir un média de promotion commerciale, sociétale et politique. 

2018, 50 ans après cette première journée à 5 réclames, voilà où on en est aujourd’hui. Des centaines de spots chaque jour. Un abrutissement mercantile total. La petit écran cathodique bombé est devenu grand et (encéphalogramme) plat.
2012 nombre publicité télévision OIP

2018. Entre les pubs, il reste encore quelques émissions dont la médiocrité n’a d’égal que l’obsessionnelle diversité de couleurs et de genres, imposée à la trique par les donneurs d’ordres et les patrons des chaînes qui engrangent vos redevances TV pour vous refiler leurs produits commerciaux ET sociétaux : Plus belle la vie.

Quant à la diversité des programmes, la TNT forte de 27 chaînes clonées diffuse les mêmes niaiseries. L’irréelle télé‐​réalité vous renvoie votre image de médiocrité. Que c’est rassurant de vivre par procuration avec des gens plus abrutis que soi.
Apostrophe est devenu ONPC (comprendre « On n’est pas couché »). Ruquier, animé de soubresauts et gloussements a remplacé l’érudit Pivot.
• Le Petit Conservatoire de Mireille (à qui on doit Julien Clerc, Michel Berger, Serge Lama…) est devenu The Voice (à qui on doit Kendji, Amir, Kids United…). Le Grand Remplacement est partout, la télé, le foot, les centres‐​villes.
La tête et les jambes de Pierre Sabbagh, (on sélectionnait le meilleur), est devenu Le Maillon faible (on dégage les plus mauvais pour devenir le meilleur… des incultes!)

Comble du nombrilisme, avec TPMP (comprendre Touche pas à mon poste), c’est le serpent qui se mort la queue, c’est la télé qui nous parle de… la télé. Pas même pertinent d’avoir un œil critique sur les programmes, Hanouna le fait pour vous.

Cher contribuable téléspectateur obligé :
Important : information à suivre sur l’avenir de ce média‐​médiocre, machine à lobotomiser les cerveaux : une nouvelle attaque fiscale se prépare : une taxe audiovisuelle obligatoire et indexée sur le revenu. Si vous n’avez pas de télévision, c’est pareil ! Autrement‐​dit, les déjà fiscalisés qui la regardent peu paieront pour les non‐​imposables qui la regardent beaucoup.

Vous regardez trop la télévision, bonsoir. 

Michel Lebon