Bataille Valmy 1792 Pierre-Victor Robiquet

Macron veut mettre les Français au garde‐​à‐​vous

Macron met les Français au garde‐​à‐​vous : « En bordel… Couvrez !»(*)

Les Français et leur armée, ce sont deux siècles de « Je t’aime, moi non plus » :

1798, la Première République institue le service militaire obligatoire, la conscription. Fini les mercenaires royaux, les gardes suisses ou autres lansquenets. C’est au citoyen enfin libéré du joug royal de mourir pour la nouvelle république qui n’hésite pas à faire couler le sang, et pas seulement le sang impur des Aristocrates sur l’échafaud. Le général Bonaparte ne reviendra pas sur cette institution car il a besoin de chair à canon.

1998, Jacques Chirac prend la décision de « re‐​mercenariser » les armées avec des professionnels. Il veut suspendre (donc pas supprimer) le service militaire, déjà dilué en un service national sans substance depuis 1965.

Que dire de cette parenthèse militaire citoyenne de l’Histoire, tant décriée mais tant louée par ceux‐​là mêmes qui sont passés sous les drapeaux ? Nostalgie de chambrée, lit au carré, jus du matin au bromure, coupe incorpo(*), chemise repassée avec trois plis verticaux et deux horizontaux. C’est la vie de château, pourvu que ça durejusqu’à la quille(*).

Avec Armée 2000, fini ce Vivre‐​ensemble, un brassage qui réunissait sous la même casquette en peau de locomotive(*) le Breton et le Savoyard, le maçon et l’instituteur. Fini les vertus éducatives du juteux de discipline(*) qui faisait récurer les latrines avec la brosse à dent et cirer les godillots avec ses chaussettes ; avant de commander, il faut apprendre à obéir et nettoyer sa paillasse. On y entrait ado boutonneux, on en sortait homme, armé pour affronter la vie, ou presque.

Sitôt la circonscription supprimée, les casernes furent revendues pour éponger la dette nationale. Le vide d’éducation citoyenne prodiguée par cette institution s’est cruellement vite fait ressentir. Les valeurs de citoyenneté, d’engagement, d’esprit de cohésion, d’ordre, de respect ont volé en éclats. Et ce ne sont pas les classes de l’Éducation Nationale qui ont su remplacer les classes du régiment. En moins d’une génération, la caricaturale folle du régiment de Sardou s’est incarnée en réalité LGBT. Il faut dire que le drapeau a sévèrement été souillé par Kiddie Smile sur le perron de l’Elysée. La Patrie est devenue un souvenir nauséabond pour lépreux. Pour écarter le danger de guerre, le maniement d’armes a cédé la place à l’allumage des bougies. Seule l’armée des sombres manœuvre encore sur le terrain.

2017, Emmanuel Macron en campagne présidentielle, annonce dans son programme son vœu « pieux au carré » de rétablir un service national pour tous. Politicien professionnel, il a compris que les Français, notamment en guerre contre l’Islam, en redemandaient. Et comme les promesses n’engagent (sous les drapeaux) que ceux qui les écoutent, voilà donc la dernière mouture ridicule qui se dessine :
→ On s’oriente vers une période d’un mois autour de l’âge de 16 ans. Ça alors, un camp scout ? Maniement de l’opinel, peinture sur soi et faire chaque jour sa B.A.. La septième compagnie au clair du feu de camp, dans la cour du lycée muté en prytanée. Les actuels instructeurs commandos devront passer le B.A.F.A. pour encadrer ces nouveaux bleus‐​bites(*).
→ Ensuite certains pourraient faire des périodes plus longues, en fonction de leurs envies, dans les domaines associatifs, militaires, civiques et sanitaires. Faites votre service universel dans SOS Racisme ou « Engagez‐​vous, vous verrez du pays » chez Herrou, le soldat montagnard pour légions étrangères.
→ Le général Daniel Ménaouine préconise une période obligatoire d’un mois, dont une partie en internat. Ce sera une nuit, restrictions budgétaires obligent, aux Formule1, déjà réquisitionnés pour les émigrés clandestins. On a vendu les casernes.

L’armée de Bourbaki est de retour. La France retrouve sa grandeur militaire. Dans les rations de combat, le paquet de troupe sera remplacé par un tarpé et la boite de singe(*) par un sachet lyophilisé de kebab halal. Économie oblige, le paquetage sera inutile pour un passage éclair, le dress‐​code restera à discrétion.
Armée Bourbaki Kak

Toutes ces pitreries pour potaches‐​bidasses vont coûter un pognon de dingue, et là c’est beaucoup moins drôle.

Emmanuel Macron déclare que ce service national obligatoire et universel d’une durée d’un mois aurait un coût significatif : entre 15 et 20 milliards d’investissement initial – pour reconstruire les casernes qu’on a bradées ! – puis de 2 à 3 milliards par an. Soit au total une trentaine de milliards d’euros durant son quinquennat pour que chaque jeune Français ait l’occasion d’une expérience, même brève (doux euphémisme) de la vie militaire. Il est vrai que n’ayant jamais porté l’uniforme, l’idée qu’il se fait de la chose est inquiétante. Il devrait s’inspirer de la chaîne culturelle M6, experte en matière de garde‐​à‐​vous :

Hier, pour être apte au service, on effectuait ses trois jours(*). Il ne fallait pas être réformé P4(*) et être au moins NG 6 (6÷20 au test de niveau général). Autrement‐​dit, ne pas avoir un entonnoir sur la tête et savoir compter jusqu’à dix doigts. Ces anciens critères d’éligibilité au port de la fourragère risquent d’en éliminer beaucoup. Le niveau de nos têtes de moins en moins blondes baisse inexorablement.

Nos jeunes de demain pourront‐​ils entonner You’re in the army now

et entendre le chaleureux sergent recruteur hurler : « Stand up and fight !» (à 2mn). Lève‐​toi et bats‐​toi ! Pour l’instant : statu quo, aucune décision n’est encore prise. On va peut‐​être échapper au pire de ce comique troupier annoncé. Sinon, le défilé du 14 juillet pourrait se transformer en gaie parade.

Repos la classe, vous pouvez fumer(*).

Michel Lebon

(*) Du langage vernaculaire militaire. Clins d’œil aux anciens qui comprendront.
[NDLR] Notre illustration à la une : Bataille de Valmy, 20 septembre 1792 par Robiquet Pierre Victor (1879−1951)