Gènes Viaduc Morandi 15 août 2018

Retour sur la tragédie de Gênes

Ainsi donc, un des viaducs les plus célèbres de l’Italie a fini par céder, emportant avec lui une quarantaine de véhicules et faisant 43 morts.
Le viaduc Polcevera de l’autoroute A10, appelé « Morandi » du nom de l’ingénieur Riccardo Morandi, traversait le fleuve Polcevera et reliait les quartiers de Sampierdarena et de Cornigliano. Construit entre 1963 et 1967 par la Société italienne des Eaux, il était aussi surnommé « Pont de Brooklyn » par son aspect qui ressemblait à celui du célèbre pont américain.
Long de 1 182 m et haut de 45 m il était soutenu par 3 pylônes de 90 m. Sa structure était mixte, béton armé précontraint classique pour les voies, et il était soutenu par trois arches en forme de V renversé en acier recouvert de béton précontraint. Il avait été inauguré le 4 septembre 1967 par le président de la République de l’époque, Giuseppe Saragat.
Depuis sa construction ce viaduc a fait l’objet de plusieurs polémiques et discussions et a subi de nombreuses réparations. « Le viaduc Morandi a présenté dès le début des aspects problématiques comme le dépassement des coûts de construction » d’’après l’ingénieur Antonio Brencich , professeur et spécialiste en constructions en béton à l’Université de Gênes. Il indiquait dans un article le 29 juillet 2016 « Déjà au début des années 80, en parcourant le viaduc, on constatait de fastidieux hauts et bas dus au déplacement des tronçons de la chaussée différents de ceux prévus à l’origine. C’est après des corrections répétées que l’on a obtenu un niveau de semi‐​horizontalité »
Quelques mois auparavant, le 28 avril 2016, le sénateur Maurizio Rossi avait déposé une question écrite au ministre des transports sur la situation routière de Gênes « Le viaduc de Polcevera sur l’A10 a fait l’objet de préoccupantes défaillances des joints qui ont rendu nécessaire une extraordinaire opération de maintenance sans laquelle la fermeture du viaduc était inévitable »
Il demandait enfin « Est‐​il vrai que le pont Morandi du fait de ses conditions critiques pourrait être interdit aux poids lourds dans les années à venir, mettant ainsi la ville dans un chaos total ? »

Inauguration du pont autoroutier Morandi.
Photo d’archive prise en 1967 et transmise par le Studio Leoni le 16 août 2018.

D’autres points intéressants émergent de la lecture de l’article de l’ingénieur Brencich : « Ce procédé de construction se retrouve aussi pour le pont Général Rafael Urdaneta sur la baie du Maracaibo au Venezuela, long de 8,7 km. En avril 1964, le pétrolier Exxon Maracaibo pesant 36 000 tonnes, chargé au maximum eut une coupure électrique le rendant ingouvernable. Il heurta les piliers 30 et 31 à plus de 600 m de distance des portions destinées au passage du trafic maritime. La violence du choc fit tomber les 2 pylônes et entraina en mer trois portions du pont. Ce type d’accident n’avait jamais été prévu au moment du projet. »
Plus près de nous, en 2009 on étudia l’hypothèse d’une destruction contrôlée en démontant la structure en sens inverse de sa construction afin de pouvoir évacuer toutes les habitations autour du viaduc sans avoir à détruire les immeubles aux alentours.
En 2009 également, le projet de la « Gronda de Gênes », soit le contournement de la ville, fut présenté par « Autoroutes pour l’Italie » et la société d’ingénieurs SPEA.
Le projet « Gronda bassa » devait passer près du viaduc actuel à 150 m au nord et prévoyait la destruction du pont Morandi. Une fois démoli les habitants auraient pu revenir dans leurs logements. Cela demandait tout de même de démanteler et évacuer 80 000 m3 de gravats.
« Autoroutes pour l’Italie » avait alors souligné des points critiques, tels que « la voie de circulation la plus utilisée est le pont Morandi avec 25,5 millions des passages par an soit 4 fois le trafic routier de l’origine et trafic destiné à augmenter de 30 % même sans aucune intervention de maintenance sur les 30 ans à venir ».
Mais cela n’a pas suffi. Il y a 9 ans on mettait déjà en garde sur les risques potentiels : « Le pont Morandi constitue de fait l’unique point de circulation entre l’est du pays et la péninsule, la France méridionale, l’ouest de l’Espagne. C’est le principal axe routier de Gênes qui relie les zones résidentielles, le port de Voltri, l’aéroport et les zones industrielles de l’ouest. La bretelle sur l’autoroute de Serravalle à l’extrémité du viaduc produit chaque jour aux heures de pointe des embouteillages de véhicules provocant ainsi une intense dégradation de la structure soumise à de nombreuses sollicitations ».

De ce fait depuis des années, le viaduc était sans cesse en maintenance et en travaux.

Cette tragédie est en fait probablement un énorme scandale financier mêlant le groupe Benetton qui exploite les autoroutes et les politiques au pouvoir pendant toutes ces années. On a pris l’argent des péages sans se soucier de la sécurité d’un pont dont tout le monde savait l’effondrement annoncé. Le gouvernement nommé en juin va se dépêcher de faire toute la lumière et dégager les responsables de cet accident.

Patrice LEMAÎTRE

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