Les femmes oubliées des uritrottoirs

Pour qui souffre d’énurésie « diurne », il n’y a malheureusement pas de cabane au fond du jardin, à Paris. Notre illuminée Âne Hidalgo, mairesse de Paris Ville Lumière, a décidé d’y remédier : les uritrottoirs sont pour vous.

Heureux Parigots, plus besoin de sortir avec vos couches pour adultes, si vous n’avez pas peur du ridicule pour vos petits besoins. Ce n’est pas si sot, pisser dans un violon est tout aussi ridicule. C’est un designer de Nantes, Faltazi, qui a été retenu pour inonder Paris de ses uritrottoirs. Il y avait bien d’autres modèles, mais beaucoup moins accueillants.

La pissotière Faltazi ressemble à une jardinière et permet de faire pleurer Popol tout en créant du compost.

L’uritrottoir est composé de deux bacs. L’un, en dessous, contient de la matière sèche et l’autre, au‐​dessus, contient un pot de… fleurs. Le quidam, à l’urgence pressante, urine entre ces deux bacs, dans la fente. La lansquine est alors stockée dans une litière de matière sèche (comme pour les chats). Cette bouillasse, ramassée régulièrement par une société, est transformée en compost et pourra être réutilisée pour faire pousser de jolies plantes dans le bac supérieur. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

À noter qu’« Uritrottoir » est une marque commerciale déposée par son créateur. Faltazi se prendrait‐​il pour l’empereur Vespasien que l’on ne connait plus que par ses vespasiennes ?

L’uritrottoir : Un joli rouge bien visible dans le paysage urbain, pour une utilisation à discrétion. Coût de l’appareil : 3 800 euros, quand même, plus le contrat d’entretien. Pour finir rapidement dégradé, comme les Vélib’. On imagine assez bien les tags salaces à venir sur ces nouveaux mobiliers urbains, renversés sur les trottoirs comme le sont les radars routiers.

Mode d’emploi :
• Il faut bien se rapprocher (les caches latéraux ne sont pas larges pour se cacher des voyeurs pervers),
• bien viser, et gare aux éclaboussures. Si vous êtes trop petits, montez sur un tabouret au lieu d’essayer d’uriner en sautillant.
• et faites un joli sourire naturel aux passant.e.s en sifflotant.
Les nombreux camps parisiens d’émigrés clandestins adopteront‐​ils ces accessoires avancés de notre mode de vie moderne ? Sauront‐​ils à quoi ça sert ? Les essaieront‐​ils pour la « grosse commission » ? Ce n’est pas évident.

Si ça n’est pas du recyclage écologique ? Hidalgo s’est aussi inspirée de l’empereur romain Vespasien qui avait créé un impôt sur l’industrie et le commerce de l’urine, source d’ammoniac utilisé par les teinturiers pour préparer les étoffes. Raillé pour cet impôt, l’empereur aurait répondu : « L’argent n’a pas d’odeur ». On lui doit donc ce proverbe et les premières vespasiennes.
La vespasienne était un urinoir public pour hommes seulement. Les premiers pissoirs sont créés en 1834.
Outre leur utilisation sanitaire, les vespasiennes furent un lieu incontournable de rencontre pour les homosexuels. Plusieurs écrivains, comme Roger Peyrefitte, aux amitiés particulières, ont mentionné dans leurs ouvrages le rôle des vespasiennes dans l’univers homosexuel. « La Grande Thérèse, un travesti, attendait les clients dans les latrines. Au crépuscule, dans une des pissotières circulaires, près du port elle apportait un pliant, s’asseyait et faisait son tricot«
 Quand on y faisait la queue pour pisser, mieux valait vérifier qui s’y soulageait.

À Paris, en 1980, les vespasiennes à mauvaise réputation laissent la place aux sanisettes « mixtes » à une place (illustration ci‐​dessus). Mais payantes : 2 euros ! C’est de la haute technologie urologique autonettoyante, mais ces bijoux tombent souvent en panne. Pour les pauvres, il ne restait qu’à lever la patte auprès d’un platane en ville, à l’abri des regards de la rousse : il est interdit d’uriner sur la voie publique.
Ces automates high tech présentent une grande avancée sociale envers les pisseuses. 
Sidonie‐​Gabrille Colette, l’écrivain·e bisexuelle auteur·e des Claudines connaissait bien les deux sexes. Experte, elle disait : « La femme est capable de tous les exercices de l’homme sauf de faire pipi debout contre un mur ».
Si ces dames veulent aller au p’tit coin à Paris, il leur faudra prendre de la hauteur. Pour l’utilisation des uritrottoirs, il reste une solution pour faire pipi debout. Je n’ai pas testé.

Le poète Jacques Prévert disait : « La différence entre un ouvrier et un intellectuel ? L’ouvrier se lave les mains avant de pisser, l’intellectuel après ».

On objectera qu’il n’y a pas de lave‐​mains sur les lieux d’aisance Hidalgo. On ne s’y rince pas les doigts. Même pas de distributeurs de gants jetables, comme pour les poubelles à crottes de chiens. Peut‐​être s’essuie-t-on sur son pantalon chez Hidalgo ?
Souhaitons que les futurs usagers timides soient protégés des regards appuyés par les dispositions Schiappa.
À ceux qui se sont pissé de rire, je demande pardon et comme le disait un grand penseur anonyme : « La dernière goutte est toujours pour le slip !» avec les Hidalgogues.

Michel Lebon

3 commentaires

  1. Ainsi que nous l’annoncions, ces uritrottoirs ont été immédiatement vandalisés :
    lire : Paris : un uritrottoir vandalisé

  2. Et ça va coûter combien, ce caprice choquant pour les mères de famille et leurs enfants, qui ne durera que quelques mois à peine ?