Fissure béton

Viaduc de Gênes : les premières fissures du Système (1 /​3)

Nous avons reçu par fragments un important dossier de la part du « Mouvement de l’Arche » sur les ramifications tentaculaires de la société italienne Atlantia, concessionnaire du réseau autoroutier en Italie en charge du viaduc Morandi qui s’est effondré le 15 août 2018 à Gênes.
Ce dossier sera présenté en trois parties :
1) la genèse de la vente de l’aéroport de Nice au groupement détenu par la société italienne Atlantia
2) la similitude de démarches non démocratiques et/​ou opaques qui impactent – outre le viaduc Morandi – nos infrastructures stratégiques régionales telles que le tunnel routier du col de Tende, la ligne ferroviaire Nice/​Vintimille‐​Tende/​Cunéo et les ports de la Côte d’Azur et de la Ligurie,
3) la complémentarité des actions entre les sociétés concessionnaires, les sociétés d’État, les États, l’Europe, les collectivités locales et territoriales, leurs Administrations et leurs élus.
Ces trois dossiers seront publiés sur trois semaines. Commençons par le premier : la genèse de la vente de l’aéroport de Nice au groupement détenu par la société italienne Atlantia.

Le viaduc de Morandi à Gènes, qui s’est effondré ce 15 août 2018, est géré par la société Atlantia, héritière du groupe public Autostrade SpA, privatisé en 1999.
Atlantia gère plus de 5 000 kilomètres d’autoroutes, notamment en Italie, avec 51 % du réseau du pays, dont l’axe Milan‐​Bologne‐​Florence‐​Rome‐​Naples, et aussi 51 % de la Société italienne du Tunnel du Mont‐​Blanc, et bien d’autres concessions autoroutières, aéroportuaires en France, mais également en Pologne, au Brésil, au Chili ou encore en Inde.

Benetton pieuvre mafieuse
Atlantia est intégrée à la galaxie Benetton, qui en est le principal actionnaire avec 30 % du capital.

Pour compléter cette présentation générique d’Atlantia, il est bon de rappeler que cette société est aussi la société‐​mère du consortium qui a été retenu par l’État français pour mettre en place et exploiter les fameux portiques qui était censés collecter une taxe permettant de financer des projets écologiques. Il s’agissait de la société Écomouv’… dont Autostrade per l’Italia /​Atlantia était actionnaire majoritaire aux côtés de Thalès, actionnaire très minoritaire et fournisseur de solutions.
Ce projet était aussi financé en partie par la banque Mediobanca (dont Benetton est actionnaire et directeur), avec le concours d’autres banques dont Unicrédit.

C’est cette société Écomouv’ qui a réclamé à l’État français un très lourd dédommagement lorsque Ségolène Royal (ex‐​madame Hollande et alors ministre de l’Environnement du gouvernement éponyme) a mis un terme à ce projet du fait de l’opposition forte initiée par les Bretons dès les premières installations des équipements. Cette société Écomouv’ avait alors en 2015 demandé au gouvernement français :
• le remboursement des investissements faits à hauteur de 1 milliard d’euros environ (ont‐​ils réellement été faits ?),
auquel s’ajoutait
• le paiement d’indemnités aussi très significatives de préjudice financier, de notoriété et de manque à gagner.

Le gouvernement de François Hollande, au travers de sa ministre de l’Écologie et de l’Environnement – Ségolène Royal – et avec l’aval de Bercy (dont le ministre de l’Économie et des Finances – Emmanuel Macron – venait tout juste d’être nommé par François Hollande) a soit disant trouvé un compromis acceptable en s’engageant pour le compte du contribuable français à rembourser quelques 800 millions d’euros à Écomouv’ /​Atlantia, ce qui permettrait aussi par voie de conséquence de rembourser et d’indemniser l’actionnaire minoritaire Thalès et la banque Mediobanca.

Lire : Démontage des portiques de l’écotaxe, ultime étape d’un fiasco

Cependant les faits qui sont exposés ci‐​après pourraient peut‐​être nous amener à imaginer que :

la fixation de ce montant de 800 millions d’euros a été orchestrée de manière à :

• Traiter rapidement (pour des questions électorales à venir) ce contentieux en définissant le montant d’un premier paiement apparaissant comme « cohérent » de 800 millions d’Euros, ce qui permettait :
→ de laisser penser au peuple français que la négociation qui avait été menée par Ségolène Royal, Emmanuel Macron était un succès du fait que le montant d’indemnité imaginé par les experts d’alors (plus d’un milliard) avait été ramené à 800 millions payables en plusieurs tranches… de sorte à ce que François Hollande et son gouvernement d’alors en tirent les bénéfices d’image, en reportant la faute sur les Bretons, en jouant la carte de celui qui a évité le pire, et qui n’a pas perdu la face ; cela permettait au moins de désamorcer officiellement ce contentieux lourd qui – s’il avait duré – aurait probablement pesé dans la campagne présidentielle qui se préparait….
→ de commencer à satisfaire le groupe Atlantia en le rémunérant des investissements faits et en lui donnant sous forme d’indemnité généreuse, une sorte d’escompte sur les bénéfices futurs, … bénéfices que le groupe Atlantia n’aura finalement jamais à produire !

• Convenir officieusement d’un second paiement, sous une autre forme, à faire valoir ultérieurement, de sorte à ce que le groupe Atlantia et la banque Mediobanca retrouvent in fine le montant d’indemnités qu’ils avaient initialement demandé au gouvernement français (plus d’un milliard d’euros), voire plus…

Sur la base de ce scénario hypothétique et à la vue des événements qui ont suivi, n’est-il pas cohérent d’imaginer que le gouvernement français d’alors et le groupe Atlantia ont convenu par un tour de « passe‐​passe » entre copains de « rallonger la sauce » au bénéfice de ce dernier en lui « offrant » le groupe « Aéroports Nice Côte d’Azur » (aéroport Nice Côte d’Azur, aéroport de Cannes, aéroport de La Môle) qui était comme d’autres sociétés de gestion d’aéroports français, pressenti pour être privatisé, à l’initiative de… qui ? Du ministre de l’Économie et des Finances d’alors : Emmanuel Macron ! Lire Privatiser l’aéroport de Nice : ils ont osé le faire du 13 février 2015). 

Rappelons les faits qui accompagnent cette cession du groupe « Aéroports Nice Côte d’Azur »

Après l’appel d’offre organisé par l’Agence des Participations de l’État, la part majoritaire fut attribuée au consortium Azzura détenu majoritairement à plus de 60% par le groupe italien Atlantia et minoritairement à hauteur de 24% par la filiale d’EDF : EDF Invest alors que d’autres groupes 100% français étaient aussi sur les rangs.
Nous comprenons que le groupe Atlantia ait pu organiser préalablement un habillage cosmétique avec la participation complice d’EDF Invest de sorte à présenter à la commission d’appel d’offres une société, certes conduite par Atlantia, mais italo‐​française et non pas italienne.
Cette association cosmétique de circonstance aura permis à la commission de l’Agence des Participations de l’État (entité qui portait la part de l’État dans la société de gestion de l’Aéroport et qui dépend du ministère de l’Économie et des Finances alors sous la direction d’Emmanuel Macron) de justifier son choix au prétexte qu’elle a retenu un groupement d’entreprises européennes dans lequel une société nationale (EDF) demeurait au travers d’une de ses filiales (EDF Invest), actionnaire (mais très minoritaire), le directeur de cette dernière se prévalant alors de faire un investissement sécurisé de « bon père de famille » !

Il convient de rappeler ici avec quelle désinvolture à l’égard des Niçois, le maire de Nice d’alors avait organisé un référendum pour s’opposer mordicus à la privatisation de son aéroport pour ensuite s’y soumettre avec autant de précipitation. Quels arguments l’ont-ils fait changer d’avis ? Lire Estrosi : la girouette de l’aéroport de Nice‐​Côte d’Azur du 8 mars 2018.

Cette transaction aurait‐​elle permis à Atlantia de compenser la seconde partie des sommes qu’elle réclamait pour Écomouv’ ?

Là où l’électeur et contribuable français, qui se soucie de l’affectation de ses impôts et de la destinée du patrimoine économique national, est interpellé, c’est lorsqu’il découvre :

1) Que la mission principale (cœur de métier) de EDF Invest :

est statutairement de structurer le financement et de financer le démantèlement du parc des centrales nucléaires françaises vieillissantes dont la méthode de démantèlement et donc le coût correspondant n’ont toujours pas encore été définis. Une chose est globalement admise par tous les experts, c’est que ce coût sera gigantesque (plusieurs dizaines de milliards d’euros) et n’est pour l’instant pas financé ! Pour preuve : EDF peine à financer ses colossaux investissements nucléaires.

n’est pas de gaspiller de l’argent des Français en prenant une participation « théâtrale » pour finaliser un arrangement où l’État a déjà perdu/​payé 800 millions d’euros.
Cette participation dans ce projet n’a rien à voir avec sa mission principale.
Cette participation minoritaire ne garantit aucunement que le destin de l’argent investi (300 millions d’euros) soit contrôlé par EDF Invest.
Cette participation minoritaire ne garantit aucunement non plus :
→ d’abord que l’entreprise sera profitable (ce qui dépend de la politique stratégique, d’investissement et de gestion de l’actionnaire majoritaire),
→ ensuite que l’actionnaire majoritaire (Atlantia) versera effectivement des dividendes s’il y a des bénéfices (décision incombant à l’actionnaire majoritaire),
→ et enfin, s’il y a bénéfice et versement de dividendes, que le montant (décidé par l’actionnaire majoritaire) permette de considérer que ce placement est suffisamment profitable pour justifier l’alimentation significative du fond servant à financer le démantèlement des centrales nucléaires et justifier l’immobilisation durable de 300 millions d’euros.

Pour que cet investissement soit effectivement profitable à EDF Invest, il aurait fallu que l’actionnaire majoritaire Atlantia (en tant que holding) s’engage avant même l’accord de partenariat à ne pas absorber, avant qu’ils soient générés, les bénéfices prévisionnels du groupe Aéroport de Nice Côte d’Azur, Cannes et La Môle pour permettre à la holding Atlantia de financer quand bon lui semble des investissements qu’elle seule jugera prioritaires dans d’autres pays (de par la politique de croissance externe rapide par l’acquisition au pas de charge et à coûts substantiels de sociétés concessionnaires étrangères) ou/​et dans d’autres domaines d’intervention : autoroutes, tunnels notamment.

Et ce, dans un contexte technique et réglementaire qui limite de facto le potentiel théorique de croissance de ces aéroports et des revenus financiers qui y sont associés,
• du fait que l’aéroport de Nice dispose d’un nombre de pistes limité :
une seule piste opérationnelle avec une piste de secours non extensible car il est construit sur la mer et la catastrophe d’effondrement de la plateforme aéroportuaire en travaux en 1979 a définitivement anéanti toute perspective d’extension en mer,
• et du fait que cet aéroport quasi‐​urbain, comme celui de Cannes, est soumis à l’application des règles de limitation des nuisances sonores et d’interdiction de survol de la conurbation littorale.

Ces contraintes cumulées justifient ainsi que le groupe des Aéroports de Nice Côte d’Azur, Cannes et La Môle ne peut et ne deviendra jamais un « hub » qui fonctionne 24h00 sur 24h00 pour accueillir des vols transcontinentaux. Cette perspective d’escales longues suscitant des commerces et de facto une filière d’emplois et de richesses pour l’aéroport Nice Côte d’Azur doit être oubliée.
À ce jour, la seule perspective d’accroissement des revenus financiers consiste à augmenter le nombre et surtout le tarif (déjà prohibitif) des places de parkings (immédiatement perceptible dès l’arrivée du groupe Atlantia) ainsi que les taxes d’atterrissage/décollage de l’aéroport (taxes qui sont déjà suffisamment élevées depuis longtemps pour rebuter la venue d’avions de tourisme).

2) Que le tout nouveau PDG de EDF Invest – Jean‐​Bernard Lévy –…

… n’était autre que l’ancien directeur de la société Thalès qui était quelques mois auparavant sous‐​traitant et associé de la société Écomouv’ (rappelons le : filiale du groupe Atlantia).
Est‐​ce que la progression statutaire de ce haut fonctionnaire, ami d’adolescence de François Hollande nommé à la tête de EDF et donc d’EDF Invest par Emmanuel Macron, n’était pas la garantie de la continuité du processus de dédommagement d’Atlantia par le gouvernement français et l’administration française devenus entre‐​temps les exécutants dociles ou soumis de puissances d’argent aussi puissantes qu’obscures ? Emmanuel Macron, banquier devenu Président, ayant gardé les méthodes acquises chez Rothschild, maniant de main de maître, avec discrétion et méthode, les outils de recrutement, de positionnement et d’activation de ses obligés.

Alors qu’il était ministre de l’Économie et des Finances, Emmanuel Macron ne s’est-il pas mis d’accord avec François Hollande pour que son ex‐​compagne et ministre de son gouvernement – Ségolène Royal – gère le contentieux Écomouv’ avec Atlantia…(en échange de quoi ?) en simulant devant le peuple et les journaux une position forte, agressive à l’encontre d’Altantia, alors qu’en coulisse elle avait peut‐​être déjà organisé avec Emmanuel Macron le traitement financier « à double détente » du soit‐​disant scandale Écomouv’ ? Dont les seuls responsables seront officiellement… les Bretons !

3) Que l’Agence des Participations de l’État a employé comme conseil la banque Mediobanca

À l’encontre des règles de droit commun, l’Agence des Participations de l’État a employé comme conseil exclusif, sans appel d’offres préalable, la banque Mediobanca, cette même institution qui, dans le cadre du dossier Écomouv’, venait tout juste d’être dédommagée via Atlantia. Pour quelles raisons cette institution majeure de l’État s’affranchit-elle des procédures les plus élémentaires du droit et plonge‐​t‐​elle dans une indélicate méthode ?
Les contribuables français sont amenés à se poser des questions tout à fait légitimes lorsqu’ils apprennent que le directeur et actionnaire de cette banque italienne est Gilberto Benetton !
Les recommandations de Mediobanca ont tout naturellement porté sur la société sœur Azzura, filiale du groupe Atlantia, pour l’attribution de la part de l’État dans le groupe Aéroports de Nice Côte d’Azur, Cannes et La Môle.
Il y a ici une collision d’intérêts flagrante. Les registres d’affaires de nos tribunaux regorgent de dossiers impliquant des entreprises qui ont postulé à des appels d’offres de marchés publics et ont été confrontées à des accusations du Ministère Public pour faits de corruption ou de trafic d’influence pour des montants bien moins élevés et des dossiers bien moins stratégiques !

« Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles » (pantouflewatch.org)

4) Que le patron de la banque Mediobanca d’alors était Emmanuel Moulin

Lui aussi haut fonctionnaire adepte du pantouflage, c’est-à-dire de la navette entre la haute Administration et les grands groupes privés, Emmanuel Moulin entretient une étroite relation avec Emmanuel Macron, sur recommandation d’un autre pantouflard assidu, Xavier Musca. Le parcours de cet autre Emmanuel est révélateur de cette haute Administration corrompue comme ses aller‐​retour le démontrent bien :
• Sciences Po et énarque (1996), ce qui est un bon départ.
• Direction Générale du Trésor comme adjoint au bureau Transports de 1996 à 1998.
• Banquier Senior chez Citigroup zone Benelux.
Conseiller économique de Nicolas Sarkozy de 2009 à 2012 pendant la mandature présidentielle sous laquelle les autoroutes françaises seront privatisées et dont Sanef (Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France) deviendra plus tard filiale d’Atlantia).
• Directeur général adjoint puis délégué d’Eurotunnel (2012 à 2014),… dont – comme par hasard – Atlantia est devenue concessionnaire/​gestionnaire.
• Directeur de Mediobanca France Benelux, banque qui a financé Écomouv’, et qui, juste après avoir été remboursée via Atlantia, est devenue – comme par hasard aussi – banque conseil de l’Agence des Participations de l’État. Comment la directrice de cette agence nationale stratégique qui gère environ 90 milliards d’actifs, Lucie Muniesa, ose‐​t‐​elle dire qu’elle ne dispose pas en interne des ressources humaines suffisantes pour avoir le même niveau de connaissance des opportunités d’affaires dans le domaine des fusions/​acquisitions que… les banques d’affaires ! Dans un souci de sécurité nationale et de bonne gestion, ne peut‐​elle pas employer 10 professionnels patriotes, notoirement compétents et soucieux de l’intérêt public national pour faire ce travail ? plutôt que d’offrir des commissions mirifiques discrétionnaires à ces « banques conseils » étrangères qui ne font que mettre en avant des sociétés « sœurs » dans lesquelles elles ont des intérêts.
Directeur de cabinet de Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Macron. Cela laisse t’il présager d’autres dossiers en préparation ?

Dans ce contexte : Quid de la légitimité du résultat de l’appel d’offre pour la cession des parts de l’État dans la société de gestion du groupe Aéroports de Nice Côte d’Azur, Cannes et La Môle au bénéfice du consortium de circonstance Azzura, constitué des sociétés Atlantia et EDF Invest ?

Dans ce prolongement, n’est-il pas légitime de se demander également si EDF Invest n’a pas déjà négocié en coulisse avec Atlantia pour que celle‐​ci obtienne à terme en sous‐​traitance, ou co‐​traitance, ou en partenariat, le contrat de maîtrise d’œuvre du démantèlement des centrales nucléaires françaises pour plusieurs dizaines, voire centaines de milliards d’euros… alors que le groupe Atlantia n’est d’ores et déjà pas capable de garantir la résistance structurelle d’un pont ?

Prenez le chemin de la vérité et embarquez à bord de l’Arche !

À suivre la semaine prochaine avec notre article :
la similitude de démarches non démocratiques et/​ou opaques qui impactent – outre le viaduc Morandi – nos infrastructures stratégiques régionales telles que le tunnel routier du col de Tende, la ligne ferroviaire Nice/​Vintimille‐​Tende/​Cunéo et les ports de la Côte d’Azur et de la Ligurie.

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