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Lettre aux végans

Après une nouvelle agression de boucherie, qu’Aimeric Caron a approuvée du bout des lèvres, j’aimerais mettre les choses au point avec ce nouveau mode de pensée, respectable comme tous les autres, jusqu’à un certain point cependant : celui où l’on commence à agresser ceux qui ne pensent pas de la même manière.

Qu’est ce que le véganisme ? Un avatar du végétarisme. Si celui‐​ci prône une alimentation sans aucune source animale, le véganisme va plus loin, en refusant tout acte ayant à l’origine « l’exploitation d’un animal ». Pour faire simple, un végan refusera de porter une ceinture en cuir, puisqu’elle a été prise sur le dos d’un animal.
J’ai toujours eu le plus grand respect pour le monde animal, mes articles ici en sont la preuve. Les végans se déclarent « anti‐​spécistes ». Je rappelle que le « spécisme », concept popularisé par Peter Singer, désigne toute forme de discrimination concernant l’espèce et donc toute domination d’un groupe sur un autre. C’est une opposition à une hiérarchisation globale et absolue entre l’ensemble des créations naturelles, dénonçant cet anthropocentrisme imposé par les grandes religions monothéistes depuis des siècles, autorisant l’homme à exploiter, utiliser la nature sous toutes ses formes sans aucune limite(*). On voit où l’on en est arrivé aujourd’hui, avec la disparition de milliers d’espèces, le saccage des milieux naturels, et ce n’est pas fini. Sans pour cela que quiconque se déclare ouvertement « spéciste » !
Cependant, comme toujours, on peut y apporter un bémol.
Il faut pour cela rappeler deux petites choses :
1) Une chaîne alimentaire est un ensemble d’êtres vivants se nourrissant les uns des autres, et cela est parfaitement naturel. Dans toute chaîne, il y a deux extrémités. À l’une d’elle se trouve le plus important prédateur, celui que personne en principe, ne viendra faire disparaître à des fins alimentaires. La préoccupation première d’un animal, c’est de survivre au sein de cette chaîne alimentaire. Lorsqu’un aigle en montagne, attrape une marmotte, cela me fait de la peine pour la marmotte, mais c’est la survie de l’aigle qui est en jeu.
2) L’homme est un omnivore. Il est capable d’absorber toute sorte de nourriture même animale sans avoir un régime particulier à l’état naturel. Donc, l’homme (en tant qu’humain) se trouvera de facto en tête d’une chaîne alimentaire, (qui peut être différente d’un individu à l’autre) puisqu’il ne connaît pas de prédateur.

Si je ne suis pas végétarien, qui peut m’ôter le droit de manger de la nourriture d’origine animale ? Depuis la nuit des temps, nos ancêtres ont d’abord chassé, puis ont su élever les animaux qui allaient les aider à subsister. Une nouvelle chaîne alimentaire se créait dans le respect du règne animal. Le gibier était sacralisé, le bétail chouchouté, et pour cause. Mais ça, c’était avant.
Ensuite est arrivé le progrès. Sous le règne de la quantité, il a fallu produire plus, et encore plus.
Et on est arrivé à l’élevage industriel avec des animaux nés pour l’abattoir, des poules qui ne voient jamais le jour, des vaches qui ne mangent jamais d’herbe. Et c’est ce que je reproche en grande partie aux végans. Ils ne font pas la différence entre cet horrible élevage industriel et l’élevage traditionnel pratiqué dans les petites fermes de France et d’Europe. Comment osent‐​ils s’en prendre au fermier qui mange tous les jours les œufs frais de ses poules élevées dans la cour de sa ferme ? Comme souvent, une juste cause (la défense des animaux) est tombée dans un extrémisme pur et dur. On est tombé d’un excès dans l’autre. De l’homme supérieur en tout, on accuse aujourd’hui l’homme d’être coupable de tout. Parce que des humains abandonnent lâchement et cruellement leur animal sur la route de leurs vacances, on se croit permis de mettre tous les hommes dans le même panier et de ne voir que la souffrance de l’animal.

Alain de Benoist se demandait dans un récent interview s’il s’agissait de sensibilité ou de sensiblerie, ce qui n’est pas une question inintéressante. Pour autant, peut‐​on mettre les animaux exactement sur le même plan que l’homme ? Y a t‐​il une réelle différence entre les espèces ? Peut‐​on oser parler d’une « hiérarchie » entre elles ? Si oui, comment la définir, est‐​elle absolue ? Peut‐​on comparer la souffrance d’un chien abandonné sur la route et la claque écrasant le moustique qui vous empêche de dormir ? Si l’on est véritablement végan, c’est la même chose !

L’histoire est longue des relations entre l’homme et les animaux. N’oublions pas que ces derniers étaient divinisés dans les peintures que l’on découvre dans les grottes ornées, mais que les mêmes hommes qui les peignaient les chassaient aussi pour se nourrir. Un respect cruel, certes, et qui montre bien le rapport ambigu qui existe entre les deux. Rapport que l’on trouve encore de nos jours dans la corrida où des taureaux sont élevés comme des dieux pour tomber un jour lors d’un sacrifice rituel et sacré, dont il faut posséder les clés pour ne pas s’en détourner au vu de la souffrance infligée à l’animal. Ce qui sépare l’homme de l’animal, c’est la conscience. Là où l’animal est resté au niveau de « sapiens », l’homme est passé au stade de « sapiens‐​sapiens », c’est à dire « qui sait qu’il sait ». Ce qui lui confère des devoirs envers les animaux, qui eux, doivent se contenter d’avoir des droits, mais sans pouvoir les revendiquer. C’est donc à l’homme de respecter ces droits, sans tomber dans des excès ridicules. La dénonciation des conditions d’abattage dans certains abattoirs, celle des animaux sauvages enfermés dans des zoos ou dans des parcs marins, dressés pour assurer des spectacles lucratifs a toute sa raison d’être. Pour autant, il ne faut pas tomber dans un délire extrémiste et souvent amblyope.

Aïd el Kebir mouton égorgé

Lors d’une discussion il y a quelques jours avec des végans à qui je reprochais leur silence sur les massacres de moutons pour l’Aïd el Kebir, on m’a répondu : « De toutes façons il est difficile et délicat de manifester contre ces rituels musulmans …. Cela serait hélas pris pour une action islamophobe… ». Autrement dit : « Courage ! Fuyons ! » Circulons, il n’y a rien à voir, c’est pour une bonne cause.

De même, il ne me semble pas avoir entendu les végans protester lors de l’ouverture de la pêche comme lors de l’ouverture de la chasse…. Le brave pêcheur à la ligne n’a rien à craindre de la fureur végane, pourtant quelle différence y a t‐​il avec son ami chasseur du dimanche ? On peut donc en conclure que le mouvement végan est un mouvement extrémiste, intolérant et pas toujours objectif, un peu à l’image des Femen qui, sous couvert de féminisme, donnent de la femme une image glauque et injurieuse. Même s’il est basé au départ sur une excellente idée (la défense des animaux), ce mouvement tombe rapidement dans une idéologie malsaine, radicale et dictatoriale. L’annulation du festival végan à Calais cette semaine en est la meilleure preuve. Si les végans se comportaient de manière correcte et démocratique, et non pas violente et agressive (notamment envers les boucheries qu’ils saccagent fanatiquement), la maire de la ville n’aurait sûrement pas pris cette décision. Alors, amis végans, ne tombez pas dans l’excès ! Les amis des animaux sont plus nombreux que leurs ennemis, ne devenez pas aussi excessifs que ces derniers. Personne ne vous oblige à manger de la viande, vous n’avez pas à interdire aux autres d’en manger.

Patrice LEMAÎTRE

(*) À ce sujet, relire l’excellent livre de Savitri Davi : « La mise en accusation de l’homme », qui reste probablement un des meilleurs livres écrits sur la cause animale, même si l’on n’est pas d’accord avec tout.

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3 commentaires

  1. Les Végans s’attaquent-ils aussi aux boucheries Halal ?

    • On ne s’attaque pas à hallal akbar.
      C’est faire de l’anti-islamime condamnable par la charia.

  2. Un vrai véganien doit se faire enlever les canines que la nature lui a données pour déchirer la viande.
    Donc à chaque manifestation des véganiens, je viendrai avec une tenaille pour arracher ces dents maudites.
    Par ailleurs, avant de critiquer les chasseurs, les véganiens qui n’aiment que l’on tue des animaux devraient interdire tous les chats qui tuent dix fois plus d’animaux que les chasseurs et sont de véritables massacreurs de la biodiversité animale.