Samain, Toussaint, Halloween

Samain, Toussaint, Halloween : les fêtes du premier novembre

Samain est, au pre­mier novembre, la fête irlan­daise de loin la plus attes­tée ou, au moins, celle dont les men­tions sont les plus fré­quentes dans les récits mytho­lo­giques et épiques, celle qui a le plus inté­res­sé et intri­gué les éru­dits. C’est en effet le moment où les Hommes ont accès à l’Autre Monde parce que l’éternité du Sid (mot qui signi­fie « la paix », un monde paral­lèle au nôtre) pénètre le temps et en sus­pend le cours. Les mes­sa­gères des dieux viennent aus­si cher­cher les heu­reux mor­tels qu’elles ont élus parce que pré­ci­sé­ment, la sus­pen­sion du temps anni­hile pro­vi­soi­re­ment toute dif­fé­rence entre l’Autre Monde et le monde des Hommes et fait tom­ber toutes les bar­rières. C’est une fête de fer­me­ture de l’année écou­lée et d’ouverture de l’année à venir. Le temps de Samain est celui du Sid briè­ve­ment confon­du avec celui de l’humanité. Les hommes ont pen­dant quelques jours accès au monde des dieux sans ver­ser dans l’outrance ou le sacri­lège.

La place de Samain dans le calen­drier
Il n’y a pas de pro­blème calen­daire à pro­pre­ment par­ler mais ce sont quelques inter­pré­ta­tions irlan­daises des termes uti­li­sés ça ou là pour dési­gner la fête qui doivent être men­tion­nées et élu­ci­dées afin d’éviter toute ambi­guï­té dans l’emploi des mots.
Pour les com­men­ta­teurs irlan­dais, il existe trois défi­ni­tions concur­rentes de Samain :
1. « Cetsoman », pre­mier mai, ou bien « Cetsamain », pre­mier mou­ve­ment du temps d‘été.
2. « Samrad », été, sam en hébreu, sol en latin ; Samrad est donc la course accom­plie par le soleil alors que sa cha­leur et sa hau­teur sont les plus agréables.
3. « Samfuin », affai­blis­se­ment de l’été, mort de l’été.

À consul­ter les irlan­dais médié­vaux, on ne sor­ti­rait pas de ces inter­pré­ta­tions éty­mo­lo­giques contes­tables. Il est évident que sam n’a rien de com­mun avec un quel­conque mot hébreu, et que le suf­fixe ‑rad de sam­rad n’est pas le nom de la course. Mais il ne s’agit pas que d’étymologie : l’examen lin­guis­tique éta­blit que trois notions convergent, selon la concep­tion irlan­daise de la fête dans le nom Samain. La pre­mière par éty­mo­lo­gie réelle (une réunion), les deux autres par éty­mo­lo­gie ana­lo­gique (été) et sym­bo­lique (plai­sir, repos).
C’est de cela dont il faut tenir compte, car l’unanimité des com­men­taires antiques démontre l’existence d’une base tra­di­tion­nelle quant à la date de célé­bra­tion.

La « Samnha » ou « jour de Samain » est encore le pre­mier novembre en irlan­dais moderne. Samain est à la fois la fête des morts et le jour de la Toussaint, et il faut bien, bon gré mal gré, pla­cer en novembre la fête irlan­daise de novembre !
Sam dési­gnant l’été, il reste défi­ni­ti­ve­ment acquis que, aux yeux des Irlandais d’autrefois, Samain était une agréable réunion, qui réca­pi­tu­lait ou résu­mait l’été. Ce n’est pas là bien enten­du, tout ce en quoi se résume le sym­bo­lisme de la fête….
Peu importe aus­si que, par suite d’un réglage calen­daire dif­fé­rent du nôtre, le ou les jours de Samain ne tombent pas avec une régu­la­ri­té mathé­ma­tique le pre­mier novembre. Dépendant d’un calen­drier luni-solaire, Samain ne pou­vait pas être une fête fixe et un dépla­ce­ment de la date ne détruit pas la divi­sion de l’année cel­tique en deux grandes sai­sons, été et hiver, cor­res­pon­dant au régime cli­ma­tique de l’Europe nord-occi­den­tale….
Autrement dit, pour qui connait un peu les textes cel­tiques, le pro­blème de la date de Samain ne se pose pas. Il ne peut pas se poser : à Samain, il neige par­fois…. comme on peut le lire dans dif­fé­rents textes des sagas irlan­daises…

La fête de l’obligation

Samain est en pre­mier une fête d’obligation dont la durée est clai­re­ment déter­mi­née. L’expression « fête d’obligation » reste approxi­ma­tive quand elle est appli­quée à une fête pré­chré­tienne dont, au fond, l’essentiel nous échappe, mais elle est com­mode et signi­fiante pour en expri­mer l’universalité contrai­gnante. Une telle fête se célé­brait digne­ment. Voici un extrait de « La nais­sance de Conchobar » (Dans la mytho­lo­gie cel­tique irlan­daise, Conchobar Mac Nessa (c’est-à-dire « Secours de chien » fils de Ness) est l’ar­ché­type de la royau­té cel­tique : redis­tri­bu­teur des richesses, œuvrant pour la pros­pé­ri­té de son peuple et l’équilibre. De nom­breuses guerres l’opposent aux autres royaumes d’Irlande.)

Mais c’é­tait Conchobar lui-même qui pre­nait la direc­tion des repas à la fête de Samain, à cause de la grande affluence. L’assemblée dont il avait à s’oc­cu­per à cette fête était for­cé­ment nom­breuse, car tout homme d’Ulster qui ne venait pas la nuit de Samain à Emain, la capi­tale, per­dait aus­si­tôt l’esprit ; le matin même on creu­sait sa fosse, et, sur la tombe, se dres­sait la pierre funèbre. Conchobar avait donc beau­coup à faire. L’usage était que les trois jours avant Samain et les trois jours après Samain, les Ulates (habi­tants d’Ulster) étaient réunis et man­geaient dans le palais de Conchobar.

Mais c’é­tait Conchobar lui-même qui pre­nait la direc­tion des repas à la fête de Samain, à cause de la grande affluence. L’assemblée dont il avait à s’oc­cu­per à cette fête était for­cé­ment nom­breuse, car tout homme d’Ulster qui ne venait pas la nuit de Samain à Emain, la capi­tale, per­dait aus­si­tôt l’esprit ; le matin même on creu­sait sa fosse, et, sur la tombe, se dres­sait la pierre funèbre. Conchobar avait donc beau­coup à faire. L’usage était que les trois jours avant Samain et les trois jours après Samain, les Ulates (habi­tants d’Ulster) étaient réunis et man­geaient dans le palais de Conchobar.

Trois jours avant et trois jours après et le jour même de la fête, font sept jours, une semaine exac­te­ment, un peu comme les congés sco­laires il y a quelques années…. Mais on voit là que la fête n’a rien de lugubre. Et les pres­crip­tions ali­men­taires décrites dans les sagas, res­sem­ble­raient pas­sa­ble­ment aux très pro­fanes débauches de vic­tuailles que les euro­péens actuels consacrent, quand ils en ont le temps et l’envie, aux fêtes de fin d’année, Noël et le Nouvel An !!!!
Le seul point noir est la puni­tion mor­telle qui frappe les absents et classe la fes­ti­vi­té entière au cha­pitre de la reli­gion. Un fes­tin dont on ne peut se dis­pen­ser sans encou­rir la peine de la folie et de mort est un fes­tin rituel. Les textes connus ne don­ne­ront que des bribes de ces rites, mais l’obligation en est la marque pre­mière.

Samain

Samain et la « troisième fonction »

Compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui de la struc­ture de la socié­té cel­tique après les tra­vaux, entre autres, de Dumézil, il ne faut pas s’attendre à ce que la « troi­sième fonc­tion », pro­duc­trice et arti­sa­nale, tienne la plus grande place dans la fête du pre­mier novembre. De toute manière, Samain n’est mani­fes­te­ment pas une fête agri­cole ! À côté de l’ouverture du Sid, ce qu’on a sur­tout vu à Samain, c’est une forme d’offrande…
Mais les dis­tinc­tions et les hié­rar­chies sociales des trois fonc­tions sacer­do­tale, mili­taire, et pro­duc­trice ou arti­sa­nale, ne tournent nul­le­ment en « lutte des classes ». Bien au contraire, il faut renon­cer défi­ni­ti­ve­ment à l’idée que la mytho­lo­gie cel­tique, et par consé­quent l’organisation pro­fonde des fêtes seraient des reflets his­to­riques de la conquête cel­tique en Europe occi­den­tale. La hié­rar­chie du roi, du druide, du guer­rier et du plé­béien se tra­duit maté­riel­le­ment par des dif­fé­rences de rang et de qua­li­té des plats ser­vis au fes­tin…. Quant à la ten­dance des textes à ne faire état que des per­son­nages de ce que nous nom­mons aujourd’hui l’aristocratie, c’est celle de toutes les épo­pées et toutes les légendes, depuis Homère jusqu’au Moyen Age. C’est la même ten­dance, de toutes les his­toires « offi­cielles » de toutes les époques, les­quelles n’ont jamais consi­dé­ré le « peuple » que comme une enti­té ano­nyme et quan­ti­ta­tive. Les Celtes n’ont été à cet égard, ni pires ni meilleurs que la plu­part des autres eth­nies indo-euro­péennes….

Pour en reve­nir à Samain, l’ordonnance de la fête, telle qu’on peut la cer­ner à tra­vers les sagas irlan­daises, suit pas à pas un rituel bien net :
• Au niveau le plus bas, le peuple rend hom­mage à ses idoles avant d’aller prendre sa petite part du fes­tin et assis­ter aux jeux.
• Au niveau de la classe guer­rière, a lieu l’essentiel des ban­quets, fes­tins et beu­ve­ries, c’est à dire la par­tie la plus visible de la fête.
• Au niveau sacer­do­tal, on allume le feu et pra­tique les sacri­fices. Puis, on pré­side aux assem­blées légales aux­quelles prennent part le roi et les nobles.

Tout ce que nous venons de voir nous per­met d’affirmer que Samain est bien une fête totale, mobi­li­sant les vivants de la terre, aus­si bien que les heu­reux habi­tants de l’autre monde (le sid), récla­mant le concours de toutes les classes sociales, et dans laquelle la répar­ti­tion fonc­tion­nelle tri­par­tie de la plus ancienne socié­té indo-euro­péenne a été conser­vée. Les traces qui nous res­tent des céré­mo­nies, tous les sou­ve­nirs de Samain font pen­ser à une fête intel­li­gem­ment équi­li­brée. Samain n’est pas seule­ment une ren­contre de l’humain et du divin, c’est aus­si l’affirmation, éle­vée à la hau­teur d’un prin­cipe immuable, de la supé­rio­ri­té du divin sur l’humain. C’est cer­tai­ne­ment en ver­tu de ce prin­cipe non écrit, mais qu’on peut déduire, que l’histoire cel­tique se trans­pose constam­ment en mythes de l’Autre Monde, que la Samain médié­vale, puisque cette fête va per­du­rer très long­temps en Irlande, res­pecte encore les normes fonc­tion­nelles qui régis­saient la socié­té des Dieux…

De Samain à la Toussaint
De la fête des morts à Halloween

Encore célé­brée dans le monde, la Samain n’est autre que la fête aujourd’hui connue sous le nom d’Halloween. Remontant à 500 avant J.C., cet évé­ne­ment majeur dans la vie des Celtes repré­sen­tait en véri­té un enjeu spi­ri­tuel fort où les vivants, entraient en com­mu­ni­ca­tion avec les morts le temps d’une nuit… Bien moins com­mer­cial qu’aujourd’hui, cet évé­ne­ment était pris très au sérieux par la popu­la­tion celte, et consti­tuait un moment majeur dans sa vie quo­ti­dienne.

Chez les Celtes l’année était ponc­tuée de 4 étapes majeures :
Imbolc fêtait le prin­temps,
Beltaine l’été,
Lugnasad l’automne et
Samain annon­çait l’hiver.

L’époque de la Samain annon­çait la fin des récoltes, l’arrivée du froid et la fameuse nuit où le Dieu de la Mort per­met­trait aux morts de vivre le temps de quelques heures aux côtés des vivants.

Samain n’est ni plus ni moins le jour de l’an celte même si celui-ci ne sera jamais vrai­ment fixe. On le situe entre le 25 octobre et le 20 novembre ce qui cor­res­pond au 6ème jour de la lune mon­tante. Cette nuit là, un immense ban­quet est orga­ni­sé, et cha­cun se doit d’être pré­sent sous peine de mort. Des feux sont allu­més et des sacri­fices de che­vaux (Irlande) ou de tau­reaux (Gaule) sont pra­ti­qués. Si l’on se penche sur la grande épo­pée des Celtes, on consta­te­ra que nombre d’événements ont eu lieu un jour ou une nuit de Samain : la gué­ri­son de Cûchulainn, la vic­toire des Tuatha à la bataille de Mag Tured. (voir les sagas irlan­daises)

La Samain était un cérémonial nocturne

Chaque foyer se devait d’éteindre le feu de la mai­son, et se plon­ger dans l’obscurité. Cette acte per­met­tait de prendre conscience de l’état de mort : sans la lumière, la vie est impos­sible. Cette prise de conscience per­met­tait d’apprivoiser la Mort, et d’entrer en contact avec les Anciens (hommes ayant déjà pas­sé l’Au-Delà), afin de deman­der conseil, bien­veillance et sagesse. Par la suite, les membres du vil­lages se réunis­saient dans le noir sur la place du vil­lage, place où les druides allu­maient alors un nou­veau feu. Ce feu sacré, sym­bo­li­sait un recom­men­ce­ment, le début de la vie, de l’année cel­tique, et la vic­toire contre la mort.

Ce n’était que par la suite, que les druides allu­maient d’autres feux autour du vil­lage, sur les col­lines, afin de pro­té­ger les habi­ta­tions de toute menace malé­fique. Ensuite, chaque vil­la­geois pre­nait quelques braises du feu sacré, et repar­taient dans leur foyer pour faire repar­tir leur feu.

Sous la domi­na­tion romaine, le Samain, fêté par les Gaulois, subit l’influence des célé­bra­tions en vigueur au mois d’octobre chez les conqué­rants pour fêter les morts : les fera­lia. Elles se pas­saient comme les nôtres en plein air. Les sanc­tuaires étaient fer­més en effet pen­dant les fera­lia ; toute céré­mo­nie était sus­pen­due ; il sem­blait qu’il n’y eût plus d’autres dieux que les mânes des défunts pré­sents sous terre. Aussi leurs tombes étaient-elles le ren­dez-vous de toute la popu­la­tion des cam­pagnes et des villes. On les jon­chait de fleurs et de cou­ronnes ; on y joi­gnait des épis, quelques grains de sel, du pain trem­pé dans du vin pur. Le reste de la jour­née s’écoulait en prières et en com­mé­mo­ra­tions.

On voit que notre Fête des tré­pas­sés (qui elle, se déroule le 2 novembre et dont l’institution se fera plus tard, au XIe siècle) res­semble sin­gu­liè­re­ment aux fera­lia des Latins. Et, de même, nous leur avons emprun­té la fête qui pré­cède le jour des morts et que nous appe­lons La Toussaint. Dans l’ancienne Rome, cepen­dant, cette fête, qui s’appelait les caris­tia, sui­vait le Jour des morts au lieu de le pré­cé­der.

À mesure que le chris­tia­nisme triom­pha, les temples des idoles furent détruits en Orient, et en Occident fer­més seule­ment ou conver­tis en temples chré­tiens. En 607, à Rome, le pape Boniface IV fit ouvrir et puri­fier le Panthéon – temple que Marcus Agrippa, favo­ri d’Auguste, avait fait bâtir et avait dédié à Jupiter Vengeur – le dédia sous le nom de la sainte Vierge et de tous les mar­tyrs, et y fit trans­por­ter vingt-huit cha­riots d’ossements des mêmes mar­tyrs, tirés des cime­tières de la ville. Puis il ordon­na que tous les ans, au jour de cette dédi­cace, le 13 mai, on fît à Rome une grande solen­ni­té en l’honneur de la Vierge et de tous ces glo­rieux témoins du Christ. Le bâti­ment prit le nom de Sainte-Marie aux Martyrs, puis Notre-Dame de la Rotonde en rai­son de sa forme. Telle fut la pre­mière ori­gine de la Fête de tous les Saints.

L’Église avait été por­tée à cette ins­ti­tu­tion pour plu­sieurs rai­sons. Une des prin­ci­pales était d’honorer les saints n’ayant pas leur solen­ni­té par­ti­cu­lière au cours de l’année, soit parce que leur sain­te­té ou même leur nom ne nous sont pas connus, soit parce que leur grand nombre empêche de leur rendre un culte dis­tinct et sépa­ré. En 731, le pape Grégoire III consa­cra une cha­pelle dans l’église de Saint-Pierre en l’honneur de tous les saints et dépla­ça la fête au 1er novembre. Mais c’est Grégoire IV qui, venu en France en 837, sous le règne de Louis le Débonnaire, ins­cri­vit la Toussaint au calen­drier litur­gique uni­ver­sel. Fêtée le 1er novembre, elle se com­bi­nait ain­si avec l’antique Samain, fête païenne se dérou­lant la nuit du 31 octobre au 1er novembre qui prit dès lors le nom de all hallow’s eve (Halloween) signi­fiant veille de la Toussaint.

Toussaint

Le Jour des morts n’était, lui, pas encore éta­bli. L’usage de rache­ter par les aumônes et les prières des vivants les peines des morts, de déli­vrer leurs âmes du pur­ga­toire, s’introduisit au XIe siècle. L’opinion d’un pur­ga­toire, ain­si que d’un enfer, est de la plus haute anti­qui­té ; mais elle n’est nulle part si clai­re­ment expri­mée que dans le VIe livre de l’Énéide de Virgile. Cette idée fut peu à peu sanc­ti­fiée dans le chris­tia­nisme, et on la por­ta jusqu’à croire que l’on pou­vait par des prières modé­rer les arrêts de la Providence, et obte­nir de Dieu la grâce d’un mort condam­né dans l’autre vie à des peines pas­sa­gères.

Le car­di­nal Pierre Damien (1007−1072) rap­porte la légende liée à l’institution de la Fête des morts. Selon cette fable, un pèle­rin reve­nant de Jérusalem fut jeté par la tem­pête dans une île voi­sine de la Sicile, où il fit ren­contre d’un ermite qui pas­sait là ses jours dans une aus­tère péni­tence, n’ayant pour habi­ta­tion qu’une caverne. Ce saint reclus le reçut fort cha­ri­ta­ble­ment ; et ayant appris qu’il était fran­çais, il deman­da des nou­velles de Cluny et de son abbé si célèbre, Odilon, avant de lui apprendre que l’île était habi­tée par des diables ; que son voi­si­nage était tout cou­vert de flammes, dans les­quelles les diables plon­geaient les âmes des tré­pas­sés ; que ces mêmes diables ne ces­saient de crier et de hur­ler contre saint Odilon, abbé de Cluny, leur enne­mi mor­tel.

Il dit ain­si : « Ici tout près j’ai vu sou­vent des flammes effroyables et des feux qui semblent être capables de dévo­rer tout ce pays : ils sortent des abîmes de la terre, éle­vant avec eux un mil­lion d’âmes, qui endurent des tour­ments insup­por­tables et expient leurs péchés dans cet embra­se­ment. Elles poussent des cris lamen­tables, au milieu des­quels j’ai dis­tin­gué les hor­ribles hur­le­ments des démons que j’ai vus, sous des figures affreuses, se plaindre avec rage de ce que plu­sieurs de ces âmes leur sont ravies avant le temps et sont conduites au ciel en triomphe, grâce aux prières, aux sacri­fices et aux péni­tences de tous les fidèles, et spé­cia­le­ment aux conti­nuelles mor­ti­fi­ca­tions, aux sacri­fices et aux prières de l’abbé de Cluny et de ses reli­gieux, qui s’emploient dans cette œuvre de cha­ri­té et de fer­veur avec plus de zèle que tous les enfants de l’Église ».

Puis il exhor­ta fort le reli­gieux, aus­si­tôt qu’il serait arri­vé en France, d’en don­ner avis à Odilon et de le prier de sa part de redou­bler ses saints exer­cices. Ce rap­port ayant été fait à Odilon, il éta­blit que chaque année, le second jour de novembre, le len­de­main de la fête de tous les saints, on ferait dans les monas­tères de son obé­dience la com­mé­mo­ra­tion de tous les fidèles défunts. Ainsi fut ini­tiée (1031) dans le couvent de Cluny la Fête des morts, que l’Eglise adop­ta et ins­ti­tua en 1048.

C’est ain­si qu’au cours du Moyen Age, la tra­di­tion du Samain s’effaça peu à peu en France au pro­fit de la Toussaint et du Jour des morts, pour dis­pa­raître com­plè­te­ment et ne demeu­rer qu’en Irlande.

Halloween

Halloween citrouiiles

Comme cha­cun sait, les Irlandais par­tis aux États-Unis avaient emme­né avec eux la fête des morts rebap­ti­sée Halloween (contrac­tion de « All Hallow Even » , la veille –Even- de la fête de tous les saints –all hal­lows). C’est la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Elle intègre des élé­ments aus­si divers que la citrouille, les sor­cières, Jack O’Lantern, « Trick-or-Treat » (Donne-moi quelque chose ou je te jette un sort)… Elle est prin­ci­pa­le­ment enfan­tine et ne résiste pas si mal aux nom­breuses ten­ta­tives d’appropriations mar­chandes. Les cadeaux se limitent en géné­ral à des bon­bons. Halloween a aus­si ins­pi­ré un grand nombre de films. Par nature bon enfant, Halloween est tou­te­fois dépour­vu de l’expression cultu­relle enra­ci­née de Samain et de la pro­fon­deur affec­tive et théo­lo­gique de la Toussaint.
Les fes­ti­vi­tés d’Halloween durent leur implan­ta­tion aux États-Unis à une mala­die de la pomme de terre, qui pous­sa en 1846 nombre d’Irlandais à y émi­grer. La tra­di­tion irlan­daise consis­tait alors à creu­ser d’énormes citrouilles, pommes de terre ou navets, que l’on illu­mine à l’aide de bou­gies pour en faire des lan­ternes…. La légende de Jack O’Lantern raconte que Stingy Jack, un ivrogne notoire ne peut pas entrer au para­dis, car il est avare et ne peut pas non plus aller en enfer, car il s’est moqué du diable ! Il n’a pas d’autre choix que celui de se pro­me­ner avec sa lan­terne tout autour du monde, jusqu’au jour du juge­ment der­nier. Il fut contraint de faire un pacte avec le diable pour obte­nir de lui des braises incan­des­centes qu’il intro­dui­sit dans un navet creu­sé pour éclai­rer son che­min.

Patrice Lemaître