Qui veut briser l’amitié franco-russe ?

C’est un cour­rier adres­sé à l’ambassade de France à Moscou le 5 novembre 2019 par François Barry Delongchamps, pré­sident de toutes les Unions des Français de l’Étranger dans le monde qui a mis le feu aux poudres. Ce cour­rier demande tout sim­ple­ment la sus­pen­sion de l’antenne russe de cette asso­cia­tion (forte de 5000 membres envi­ron) pour cause de graves irré­gu­la­ri­tés consta­tées (absence de tré­so­rier, absence de rap­ports finan­ciers, ano­ma­lies juri­diques…). Le plus grave dans l’affaire étant que l’information ait été reprise
• dans La Lettre A, lettre quo­ti­dienne d’informations confi­den­tielles à visées bar­bou­zardes et tou­jours très bien ren­sei­gnée
• dans la revue des Français de l’étranger, et sur­tout
• dans la presse russe elle-même, et notam­ment sur son site de réfé­rence, à savoir Sputnik.

Alexis Tarrade, le pré­sident de la struc­ture russe mise en cause, est un membre de LR (Les Républicains), proche de Thierry Mariani récem­ment élu au Parlement euro­péen sous les cou­leurs du Rassemblement National. Il s’était déjà fait remar­quer vilai­ne­ment l’an pas­sé en ten­tant de vendre le fichier des Français de Russie à sa loge maçon­nique.

Alexis Tarrade s’est lié éga­le­ment avec Xavier Moreau, figure incon­tour­nable des réseaux rus­so­philes, très pré­sent sur la toile à tra­vers son site Stratpol dont les vidéos sont lar­ge­ment reprises dans la réin­fo­sphère, du Salon beige à Riposte laïque, en pas­sant par TV Libertés et Égalité et Réconciliation.

Dans le petit monde des Français de Moscou, les tur­pi­tudes d’Alexis Tarrade étaient bien sûr connues de tous, et il est éton­nant qu’après cela, Xavier Moreau l’ait invi­té deux fois dans le Donbass en guerre contre le régime de Kiev. Une pre­mière fois en novembre 2018 en qua­li­té d’observateur inter­na­tio­nal lors de l’élection pré­si­den­tielle de la petite répu­blique sépa­ra­tiste de Donetsk et une seconde fois en mai 2019 pour le 5e anni­ver­saire de l’indépendance de la République Populaire de Donetsk. Cette pro­mis­cui­té est d’autant plus étrange que Xavier Moreau n’a jamais caché son enga­ge­ment en faveur du Christ-Roi, quelque peu anta­go­niste des posi­tions de la Grande Loge Nationale de France. À tout pêcheur misé­ri­corde ! On peut sup­po­ser que Xavier Moreau a pris le sieur Tarrade sous son aile afin de le tirer des griffes du diable et de rame­ner la bre­bis éga­rée au ber­cail.

Mais les réseaux qui travaillent en sous-main à la destruction des liens d’amitié entre la France et la Russie sont toujours à l’œuvre

Ainsi en avril der­nier, Le Canard enchaî­né repar­tait à l’assaut contre Xavier Moreau en dénon­çant ce der­nier comme « mili­tant d’extrême-droite », ce qu’il n’a jamais reven­di­qué, et sur­tout comme diri­geant de fait de la socié­té Sokol Group qui assure la sécu­ri­té des accès de l’ambassade de France à Moscou depuis 2007 et jusqu’à aujourd’hui.

Les esprits cha­grins pour­ront tou­jours s’étonner qu’un « mili­tant d’extrême-droite » ait pu sur une si longue période – et sous les pré­si­dences suc­ces­sives de Sarkozy, Hollande et Macron – conser­ver un tel contrat de confiance avec le Quai d’Orsay, mais ce serait oublier un peu vite que les voies de Dieu sont impé­né­trables. La preuve en est le retour­ne­ment spec­ta­cu­laire d’Emmanuel Macron à l’égard du Kremlin qui a vu en quelques semaines, le loca­taire de l’Élysée chan­ger tota­le­ment d’attitude à l’égard de Vladimir Poutine, le consi­dé­rant désor­mais comme digne de réin­té­grer le G8.

Alors ? Quels enseignements tirer de ces observations ?

En visant de petites poin­tures comme Tarrade ou Moreau qui œuvrent cha­cun à sa façon en faveur de l’amitié fran­co-russe ou en faveur de leurs inté­rêts bien com­pris, les réseaux fran­çais rus­so­phobes visaient peut-être Macron afin de le gêner dans sa poli­tique de rap­pro­che­ment avec Moscou.
Ou alors, plus pro­saï­que­ment, il s’agit peut-être là d’une grande que­relle maçon­nique entre Grand Orient et Grande Loge Nationale de France pour se dis­pu­ter la conquête de la Sainte Russie. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.