Noël à la source !

Christ berger-Musée Vatican

Le Christ figu­ré en « bon ber­ger ». Notons que les ber­gers furent les pre­miers à saluer l’enfant sau­veur. Dans cette sculp­ture conser­vée au musée du Vatican, Jésus pour­rait être Hermès crio­pho­ros (« por­teur d’un ani­mal »). Tant par la repré­sen­ta­tion du Christ (imberbe et vêtu de façon gré­co-romaine) que par le thème, cette sculp­ture unit Paganisme antique et foi chré­tienne ; autre­ment dit, les racines de l’Europe mil­lé­naire et qui se pas­se­rait bien d’une « diver­si­té » migrante impo­sée par Bruxelles.

Noël est un moment aussi enraciné en Europe que le sont nos cathédrales ou, plus modestement, nos églises de villages

Il sem­ble­rait que sa célé­bra­tion conti­nue à offus­quer cer­taines sen­si­bi­li­tés non-chré­tiennes et les obsé­dés du « vivren­semble » à tout prix déploient des pro­diges d’inventivité pour « gom­mer » le carac­tère sup­po­sé « osten­ta­toire » et « agres­sif » (sans blague !) de cette fête.

Avançons quelques pistes qui, je l’espère, déran­ge­ront quelques grin­cheux et sus­ci­te­ront inter­ro­ga­tions et curio­si­tés chez beau­coup de lec­teurs.

Commençons par l’évocation des Rois Mages qui nous transporte immédiatement en Perse avec le culte de Mithra

C’est dans l’évangile de Matthieu qu’il en est ques­tion. Et cette men­tion, ain­si qu’une autre, aus­si essen­tielle, dont nous allons repar­ler, change tota­le­ment le regard que l’on porte sur la nais­sance du Christ. En effet, ce sont d’abord les ber­gers qui accourent pour saluer l’enfant divin ; comme, du reste, dans l’histoire de Mithra. Puis viennent les trois Rois Mages. Or, en dehors de la Sainte Famille, ce sont les per­son­nages les plus impor­tants de ce moment. Rien que pour cela, la Crèche et ses san­tons insup­portent à des indi­vi­dus insuf­fi­sam­ment culti­vés pour com­prendre ce que cela signi­fie.

En effet, avant de por­ter tur­bans et habits évo­ca­teurs d’un Orient aus­si fas­tueux que mythique, nos fameux Mages, dans les plus anciennes repré­sen­ta­tions, sont coif­fés du bon­net phry­gien, à l’image de Mithra et de son cler­gé.

Mages ivoire Etchmiadzin

Comme on le voit sur cette cou­ver­ture en ivoire du manus­crit d’Etchmiadzin (Arménie), rédi­gé en 989, les Rois Mages arborent le bon­net – dit phry­gien – de la Perse ancienne, avant son isla­mi­sa­tion et, donc, indo-euro­péenne. Ils apportent des galettes striées de losanges tou­jours pré­sentes lorsque l’on fête les Rois.

Rois mages Ravenne

Mosaïque de Ravenne : autre repré­sen­ta­tion des Mages et, là encore, ils sont coif­fés du bon­net phry­gien.

Cette venue de trois repré­sen­tants de la reli­gion d’Ahura Mazda et de Mithra, n’a pas man­qué d’intriguer les théo­lo­gien. On les com­prend dans la mesure où c’est la pré­sence de la sacra­li­té perse qui vient rendre hom­mage à l’enfant qu’attend une des­ti­née hors du com­mun. Mais pour­quoi la Perse ? Dans le légen­daire de cette nation, avant que l’Iran n’existe, le peuple qui allait le com­po­ser, rési­dait dans une région boréale, non point blanche de glace mais mer­veilleu­se­ment ver­doyante. C’était l’Âge d’Or et l’harmonie régnait. Puis, en fonc­tion de l’involution cyclique énon­cée par l’I nde, la Perse et la Grèce, un froid ter­rible s’abattit sur ces contrées boréales et la blan­cheur s’en empa­ra. Une par­tie de la popu­la­tion se diri­gea vers le sud pour décou­vrir les pla­teaux de ce qui allait deve­nir l’Airyanem Vaehja, c’est-à-dire la « terre des Aryas »(1). Le der­nier shah d’Iran, Mahammad Reza Pahlavi por­tait encore le titre de Aryamehr (« Lumière des Aryens »). Mais il faut savoir qu’avant l’anéantissement de son royaume par la gla­cia­tion, le roi de ce temps, nom­mé Yima(2), fit construire, tou­jours selon la légende, une cita­delle sou­ter­raine des­ti­né à conser­ver un cer­tain nombre d’êtres par­faits qui vécurent durant l’Âge d’Or. Et ce, dans le désir de repeu­pler le monde après les tri­bu­la­tions qu’annoncent les textes sacrés de l’Iran. Comprenons bien que cette thé­ma­tique se pro­file en arrière-plan de la venue des Mages.

Conjointement à ces mes­sa­gers perses, il y a le départ de Joseph, Marie et Jésus pour l’Égypte afin d’échapper aux tueurs du roi Hérode char­gés d’assassiner tous les enfants nés durant cette période et, par­mi eux, l’éventuel futur « roi d’Israël » pré­vu par les pro­phé­ties. Accompagnant Moïse, les Hébreux s’enfuirent d’Égypte tan­dis que la Sainte Famille s’y réfu­gie. Il faut alors ima­gi­ner Jésus gran­dis­sant à l’ombre des pyra­mides.

Et c’est pré­ci­sé­ment cela qui nous inté­resse et per­met d’établir un paral­lèle avec la venue des Mages ira­niens.

En effet, l’Égypte n’existerait pas sans le Nil et, tout au long de 6.700 kilo­mètres, ce fleuve coule de l’équateur en direc­tion du nord. Vu de l’espace, on dirait un immense végé­tal. Le sym­bole de l’Arbre de Vie qui devint une nation. Sans doute les anciens Égyptiens, avec en tête Pharaon et le col­lège des prêtres, per­ce­vaient-il ain­si leur ter­ri­toire. Et cet arbre se rami­fie avec le del­ta. Or, pré­ci­sé­ment en se posi­tion­nant face au Nord, on trou­vait à gauche du del­ta, la cité de Memphis, consa­cré au « dieu » (= prin­cipe) dénom­mé Ptah. Ptah (illus­tra­tion ci-des­sus à droite), dieu du Nord, créa­teur de tout volume est appe­lé à éta­blir et spé­ci­fier tout ce qui prend forme au sein d’une civi­li­sa­tion : d’un simple vase jusqu’aux obé­lisques, temples et, bien enten­du, pyra­mides. Et Ptah est aus­si le « dieu » qui gou­verne le nord. Autrement dit, chaque chose créée, consti­tu­tive d’une eth­nie, éma­nait sym­bo­li­que­ment de cette direc­tion de l’espace. Pour l’Égypte, le nord confère son iden­ti­té à un peuple jusque dans le moindre objet.

Symétriquement à Memphis, à main droite, on a Gizeh et les grandes pyra­mides dont l’orientation indique le Pôle avec une sur­pre­nante exac­ti­tude.

Forme par­faite cou­ron­nant un édi­fice dont le volume idéal ras­semble de mul­tiples for­mules mathé­ma­tiques, le pyra­mi­dion (illus­tra­tion ci-des­sous à gauche) ins­pi­ra pro­ba­ble­ment au Christ la para­bole de la fameuse « pierre angu­laire » (Luc, 20, 17) des­ti­née à expri­mer l’immuabilité du sacré au som­met de l’édifice socié­tal.

L’un des rôles secrets de l’ l’Égypte aura donc consis­té à tra­cer la direc­tion du Nord (par Ptah) et à sou­li­gner, par ses édi­fices les plus pres­ti­gieux (les pyra­mides consi­dé­rées dans l’Antiquité comme l’une des Sept Merveilles du monde), le rôle magis­tral du Pôle.

En paral­lèle à Persépolis, et c’est bien le cas de le dire puisque la cité perse se situe sur le même tren­tième paral­lèle que Gizeh (qui, pro­lon­gé vers l’est, passe par le sec­teur de Lhassa), des guer­riers figés dans la pierre semblent veiller sur un secret « polaire » que méta­pho­rise la cita­delle du Roi Yima (illus­tra­tion ci-des­sus à droite).

Ce que l’on nomme la « géo­gra­phie sacrée »(3) ne doit pas être oubliée dans les évé­ne­ments rap­por­tés par saint Matthieu.

La naissance du Christ est donc placée sous la protection de ces deux grands royaumes marqués de façon polaire que sont la Perse et l’Égypte

En fait, l’histoire du Khristós (terme grec, signi­fiant « oint ») dépasse de beau­coup le simple contexte biblique si l’on prête atten­tion à ce qui est dit par l’ancien publi­cain, Matthieu, appe­lé à deve­nir l’un des douze Apôtres et sur­tout celui des quatre Évangélistes à qui revint l’honneur de com­men­cer le Nouveau Testament.

Bien au-delà d’une Judée sous contrôle romain, la venue des Rois Mages et le refuge en Égypte recon­duisent à l’un des thèmes fon­da­men­taux de l’Europe : un énig­ma­tique ter­ri­toire que mythes et légendes situent au nord du monde. Là, en des temps loin­tains, se serait consti­tuée une conscience supé­rieure – « apol­li­nienne » aurait dit la Grèce – de laquelle allaient sur­gir des civi­li­sa­tions diverses. Il se pour­rait bien que ce thème revienne dans les esprits alors qu’on assiste peu à peu au rejet par les peuples d’idéologies mor­ti­fères s’acharnant à effa­cer toute forme d’appartenance eth­nique et cultu­relle pro­fonde au pro­fit d’une huma­ni­té déshu­ma­ni­sée, déra­ci­née, homo­gé­néi­sée et ser­vile.

P‑G. S.

Notre illus­tra­tion à la une : l’une des 500 crèches du vil­lage de Lucéram en 2016.
(1) Cf. Henry Corbin, Terre céleste et Corps de résur­rec­tion, de l’Iran maz­déen à l’iran Shî’ite, Éditions Buchet-Chastel, Paris, 1961, p. 42.
(2) Ce nom signi­fie « jumeau » et se fait évo­ca­teur de la double nature, mor­telle et immor­telle, des êtres pri­mor­diaux. De même, le Christ meurt mais, le troi­sième jour, mani­feste son immor­ta­li­té.
(3) Pour reprendre ici une for­mule de notre regret­té col­lègue Jean Richer.