Le « tueur noir » vaut-il mieux que les centrales nucléaires ?

25 sep­tembre 2020 | Aucun com­men­taire

L’écologie aurait été inven­tée en 1866 par le bio­lo­giste alle­mand Ernst Haeckel, qui la défi­nis­sait ain­si : « Science des rela­tions des orga­nismes avec le monde envi­ron­nant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des condi­tions d’existence. » De l’autre côté de l’Atlantique, où il est une véri­table légende, c’est le voya­geur John Muir (1838−1914), peu connu en Europe, qui est consi­dé­ré comme le père fon­da­teur de l’écologie. C’est néan­moins en Europe, dans les années 70, au début de la crise envi­ron­ne­men­tale, que l’écologie devient poli­tique. Une confé­rence des Nations Unies sur l’environnement sera d’ailleurs orga­ni­sée à Stockholm en 1972.

Là encore, les Allemands font figure de pion­niers même si les pre­miers par­tis éco­lo­gistes auraient vu le jour en Grande Bretagne (les ver­sions divergent à ce sujet) avec la créa­tion du par­ti « People », ancêtre du par­ti Vert anglais qui existe tou­jours. Mais c’est le célèbre par­ti des « Grünen », né en Allemagne de l’Ouest, qui offi­cia­li­se­ra l’écologie poli­tique en 1980 et entre­ra au Bundestag dès 1983.

Green_Party_of_England_and_Wales Greenpeace
Die Grünen

Depuis, les Verts fran­çais et l’opinion publique mani­pu­lable voient dans le voi­sin alle­mand un exemple à suivre en matière d’écologie. Surtout depuis qu’il a aban­don­né de façon spec­ta­cu­laire la pro­duc­tion nucléaire d’énergie (après l’accident de Fukushima) et qu’il s’est enga­gé tête bais­sée dans la pro­duc­tion d’énergies pho­to­vol­taïque et éolienne. Mais l’Allemagne est-elle vrai­ment l’exemple à suivre ? Pas si sûr !

En effet, le pho­to­vol­taïque et l’éolien, c’est bien joli quand il s’agit des inten­tions mais ça ne suf­fit pas à four­nir toute l’énergie dont le pays a besoin. Alors, les Allemands qui n’ont plus de nucléaire font allè­gre­ment tour­ner leurs 84 cen­trales à char­bon inon­dant de fumées leur ter­ri­toire et jusqu’aux pays voi­sins sans par­ler du CO2 – pré­ten­du­ment res­pon­sable du réchauf­fe­ment cli­ma­tique – répan­du sur la Terre entière. Le tout en jurant la main sur le cœur qu’ils se sou­cient comme pas un de l’avenir de la pla­nète. Le grand bal des faux-culs dans toute sa splen­deur avec Greenpeace à la grosse caisse et les « Grünen » au chant.Pollution Réduisez votre vitesse

En Allemagne – et en France aus­si –, le gaz et le pétrole de schiste ont été inter­dits d’exploitation (et même d’expérimentation). Aux États-Unis, en revanche, ces pro­duits sont un atout impor­tant pour recon­qué­rir l’autonomie éner­gé­tique du pays. L’économie amé­ri­caine sub­sti­tue donc ces nou­velles res­sources à une frac­tion impor­tante de sa pro­duc­tion char­bon­nière qu’elle exporte désor­mais. Et devi­nez où ? Vers l’Europe, bien sûr, et en par­ti­cu­lier l’Allemagne pour ses grandes entre­prises de pro­duc­tion d’électricité, RWE et E.ON, qui ont trou­vé dans le char­bon amé­ri­cain une source d’énergie bien moins chère que le gaz. Celles-ci ont donc sub­sti­tué sans états d’âme la pro­duc­tion à base de char­bon à celle qui repo­sait sur le gaz. Ni le gou­ver­ne­ment de l’austère Angela Merkel, ni le com­mis­saire alle­mand à l’Énergie de Bruxelles, Günther Oettinger, ni les « Grünen » n’ont contré le choix de ces grands acteurs du mar­ché de l’électricité dans leur pays.

Mais l’affaire sem­ble­rait être encore plus trouble. En effet, il appa­raît que Greenpeace et les Verts ont car­ré­ment don­né leur feu vert au déploie­ment indus­triel du char­bon. N’est-ce pas Jürgen Trittin, pré­sident des Verts au Bundestag et ministre fédé­ral de l’Environnement, qui décla­rait en 2011 : « Nous sommes prêts à accep­ter un retour tem­po­raire au char­bon comme source d’énergie » ? Pourquoi ce revi­re­ment idéo­lo­gique spec­ta­cu­laire ? Et que signi­fie pour lui ce « tem­po­raire » ? Si l’on consi­dère que ce « retour » impli­que­ra de rou­vrir des mines à char­bon et, fort pro­ba­ble­ment, construire d’autres cen­trales ther­miques, voi­là du tran­si­toire qui risque de durer 50 ans au mini­mum ! Quid des éner­gies « renou­ve­lables », che­vaux de bataille des éco­los alle­mands ? La ver­tueuse Allemagne de Merkel tient donc un lan­gage très hypo­crite. Mais quel est le des­sous des cartes ?Gueule noire - mineur - charbon

Il n’est pas inter­dit de pen­ser que les maîtres de forges alle­mands ont copieu­se­ment finan­cé les Verts comme ils avaient finan­cé Hitler en d’autres temps. Voyant l’industrie nucléaire son­ner leur arrêt de mort, ils ont fait en sorte de pou­voir, à tout prix, pour­suivre l’exploitation du lignite, ce mau­vais char­bon dont l’Allemagne regorge. Ils ont donc vain­cu le nucléaire grâce à leur géné­ro­si­té auprès des acti­vistes anti-nucléaires, Greenpeace inclus, et ils se frottent aujourd’hui les mains en consta­tant l’inefficacité des éner­gies dites « propres » et la néces­si­té de recou­rir à des sources de pro­duc­tion à la fois réac­tives et effi­cientes. Le char­bon deve­nu éco­no­mi­que­ment plus ren­table que le gaz, la par­tie est défi­ni­ti­ve­ment gagnée. Peu importe qu’une cen­trale à char­bon rejette de façon insi­dieuse dans l’environnement plus de pro­duits radio­ac­tifs qu’une cen­trale nucléaire (pour une puis­sance res­ti­tuée de 1 000 méga­watts élec­triques, une cen­trale ther­mique rejette, dans les fumées émises ou dans l’eau de fil­tra­tion, 500 tonnes de métaux lourds chaque année).

Alors, non, nous n’avons pas de leçons à recevoir des Allemands !

Et encore moins des soi-disant éco­lo­gistes, toutes obé­diences confon­dues, que l’on sait cor­rup­tibles à sou­hait. Un jour peut-être ver­rons-nous se tenir le pro­cès pour crime contre l’humanité des lob­bies du char­bon alle­mands et de leurs valets Verts. Ne rêvons pas trop tout de même car le char­bon reste, et de très loin, la pre­mière source de pro­duc­tion d’électricité dans le monde : ça ferait beau­coup trop de monde sur le banc des accu­sés. Mais nos voi­sins d’outre-Rhin, par leur double jeu, res­tent plus condam­nables que les autres. Comme le sont ceux qui, en toute connais­sance de cause, s’apprêtent à arrê­ter leurs cen­trales nucléaires au pro­fit du « tueur noir ». Comme tou­jours, aux bonnes ques­tions, les poli­ti­ciens sous influence des lob­bies apportent les plus mau­vaises réponses.

Charles André

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