Pour Valérie Bugault : la monnaie n’est pas une marchandise

14 sep­tembre 2020 | 5 Commentaires 

La salle de confé­rence où était atten­due Valérie Bugault ce same­di 12 sep­tembre 2020 à l’ini­tia­tive de Culture Populaire était comble compte tenu des res­tric­tions impo­sées par les autorités. 

Rappelons briè­ve­ment que Valérie Bugault est doc­teur en droit et qu’elle a exer­cé en tant qu’a­vo­cate fis­ca­liste dans le domaine des prix de trans­fert ain­si qu’en droit fis­cal interne avant d’é­tendre ses réflexions à l’analyse des pro­blé­ma­tiques de géo­po­li­tique économique.

C’est ce qui explique la den­si­té et la force des pro­pos tenus par la confé­ren­cière car sa démarche est fon­dée d’a­bord sur une com­pé­tence poin­tue et maî­tri­sée et par une réflexion cou­ra­geuse sur la marche du monde.

Faire une syn­thèse de cette confé­rence est une véri­table gageure tant chaque phrase pèse et s’in­sère dans une pré­sen­ta­tion rigou­reu­se­ment arti­cu­lée en trois par­ties :
• L’inexistence démo­cra­tique : la repré­sen­ta­tion popu­laire contre le Peuple.
• Le fait poli­tique a dis­pa­ru au pro­fit du fait éco­no­mique : la sub­ver­sion du concept moné­taire.
• Quel ave­nir poli­tique et démo­cra­tique ? Réorganisation de l’au­to­no­mie des peuples.

Nice Provence Info se lance tou­te­fois dans cet exer­cice dans l’at­tente de la publi­ca­tion de l’en­re­gis­tre­ment vidéo inté­gral de Culture Populaire que nous relaie­rons bien entendu.

1) L’inexistence démocratique : la représentation populaire contre le Peuple

Les élus ne rendent plus compte à leurs élec­teurs mais au par­ti auquel ils appar­tiennent et auquel ils sont bel et bien sou­mis par une dis­ci­pline de par­ti, indé­pen­dam­ment du corps élec­to­ral. L’élu est deve­nu un homme de paille.
Il n’y a pas de sépa­ra­tion des Pouvoirs (légis­la­tif – exé­cu­tif – judi­ciaire) telle que l’i­ma­gi­nait Montesquieu car tous les Pouvoirs sont concen­trés dans les mains des par­tis vain­queurs. Curieusement le Pouvoir le plus puis­sant, le Pouvoir finan­cier, n’ap­pa­raît pas dans ce trip­tyque alors que nous vivons sous un régime plou­to­cra­tique abso­lu. Bruxelles est le reflet de cette plou­to­cra­tie omni­po­tente.
Le Pouvoir n’est pas contre-balan­cé par une res­pon­sa­bi­li­té équi­va­lente.
La Justice est confis­quée par la finance. Dans un État éco­no­mique, la sécu­ri­té juri­dique n’est plus assu­rée.
Le Parlement, en charge de notre sécu­ri­té juri­dique, orga­nise en fait notre insé­cu­ri­té juri­dique par une infla­tion légis­la­tive. Une super­po­si­tion de droits indi­vi­duels fait dis­pa­raître l’in­té­rêt col­lec­tif. Le droit au ser­vice d’in­té­rêts pri­vés n’est plus du droit. Alors que les devoirs ras­semblent les socié­tés humaines, celles-ci s’é­miettent sous une ava­lanche de droits catégoriels.Valérie Bugault le 12 septembre 2020 à Nice lors de la présentation de son dernier livre "Les origines cachées du désordre mondial"

2) Le fait politique a disparu au profit du fait économique : subversion du concept monétaire

Valérie Bugault rap­pelle que la mon­naie n’est pas un bien. C’est un point fon­da­men­tal : la mon­naie ne peut pas être une valeur. Elle ne peut pas être une devise. On ne peut pas ache­ter de l’argent avec de l’argent.
Au contraire nous dit-elle : la mon­naie est un ser­vice public des­ti­né à faci­li­ter les échanges.
À l’is­sue d’un pro­ces­sus his­to­rique que la confé­ren­cière rap­pelle étape par étape, en par­tant de la créa­tion de la banque d’Amsterdam en 1609 sui­vie quelques années plus tard, en 1614, de la créa­tion de la banque d’Angleterre, la mon­naie échappe doré­na­vant aux inté­rêts publics pour être entre les mains d’in­té­rêts pri­vés.
De grandes manœuvres se déroulent en cou­lisses pour déma­té­ria­li­ser entiè­re­ment la mon­naie.
Un pays tou­te­fois, et non des moindres puis­qu’il s’a­git de la Chine, s’ef­force de sor­tir de toute dépen­dance à l’é­gard de la City de Londres. Le gou­ver­ne­ment chi­nois a sys­té­ma­ti­que­ment « net­toyé » — c’est le mot de Valérie Bugault — ses ins­tances diri­geantes de tous ses membres soup­çon­nés de com­pro­mis­sion avec la City.
Il est donc fon­da­men­tal que la mon­naie aban­donne son sta­tut de mar­chan­dise pour retrou­ver un sta­tut de ser­vice public. Rien sur le plan démo­cra­tique ne pour­ra se faire sans ce préa­lable.
Valérie Bugault y revien­dra à plu­sieurs reprises lors de son inter­ven­tion : le fait que la mon­naie soit deve­nue une mar­chan­dise est le cœur du mal.
Elle pré­cise, si on n’a­vait pas com­pris : la mon­naie a une valeur sociale comme le mètre ou le litre. Imagine-t-on ache­ter le mètre ou le litre ?

Valérie Bugault le 12 septembre 2020 à Nice lors de la présentation de son dernier livre "Les origines cachées du désordre mondial"

3) Quel avenir politique et démocratique ? Réorganisation de l’autonomie des peuples

Valérie Bugault ne s’en tient pas qu’aux ana­lyses. Elle pro­pose des pistes concrètes pour que les Peuples retrouvent leur sou­ve­rai­ne­té. Mais aurons nous la capa­ci­té de nous libé­rer ? s’in­ter­roge-t-elle. Une course contre la montre est enga­gée contre les forces glo­ba­listes qui nous mènent à l’es­cla­vage et notre capa­ci­té rési­duelle à refu­ser cet enfermement.

Valérie Bugault fait des pro­po­si­tions radi­cales mais très concrètes pour en sor­tir :
• Réforme du droit civil qui doit être un droit com­mun : pas de droit agri­cole, ou com­mer­cial, ou caté­go­riel. Il est impor­tant de dis­tin­guer entre les normes liées aux pro­fes­sions et le droit. Le droit ne doit répondre qu’à une seule chose : le prin­cipe de Justice.
• Fin de la Banque Centrale indé­pen­dante et retour à une concep­tion de la mon­naie ini­tiale.
• Fin du par­le­men­ta­risme au pro­fit de groupes de représentation.

Ces groupes de repré­sen­ta­tion sont arti­cu­lés autour de trois grands pôles d’in­té­rêt :
→ com­mer­cial,
→ social,
→ spi­ri­tuel.
Le gou­ver­ne­ment est issu de ces trois com­po­santes et doit se consa­crer à ses pré­ro­ga­tives réga­liennes, notam­ment :
→ battre la mon­naie, rede­ve­nue un ser­vice public,
→ dire le droit,
→ gérer des forces de l’ordre.

L’heure des choix a son­né et il ne faut pas craindre de se pro­je­ter dans un chaos car le Pouvoir en place est très fort. Cependant les peuples s’é­veillent par­tout dans le monde. Même les Français mal­gré leur consom­ma­tion record d’an­xio­ly­tiques ! Les peuples peuvent retrou­ver leur auto­no­mie à condi­tion de mettre en place une métho­do­lo­gie de libé­ra­tion et de par­tir de la base.

Georges Gourdin

Valérie Bugault le 12 septembre 2020 à Nice lors de la présentation de son dernier livre "Les origines cachées du désordre mondial"

S’ensuivra une très longue par­tie de ques­tions-réponses qui reflè­te­ra la qua­li­té du public et sa volon­té de ne pas mourir.

[Crédit pho­tos : Éric Boizet]

5 Commentaires 

  1. Y a‑t‑il une video de cette conférence ?

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  2. « Les élus ne rendent plus compte à leurs élec­teurs mais au par­ti auquel ils appar­tiennent et auquel ils sont bel et bien sou­mis par une dis­ci­pline de par­ti, indé­pen­dam­ment du corps élec­to­ral. L’élu est deve­nu un homme de paille. »
    C’est bien là le pro­blème et ça com­mence dès la pre­mière marche pour les conseillers muni­ci­paux. L’engagement poli­tique de par­ti ins­tal­lé est une machine à broyer les convic­tions. L’appel des indem­ni­tés, de la car­rière poli­tique espé­rée efface les consciences.

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  3. J’ai pu assis­ter à cette confé­rence. Valérie Bugault est très agréable tout en étant directe. Ses pro­pos sont effec­ti­ve­ment per­cu­tants, étayés. La démons­tra­tion s’en­chaîne clai­re­ment.
    J’ai un seul petit regret : dans ses conclu­sions, Valérie Bugault pro­pose trois groupes de repré­sen­ta­tion arti­cu­lés autour de trois grands pôles d’intérêt :
    – com­mer­cial,
    – social,
    – spi­ri­tuel.
    On n’est pas loin des trois fonc­tions ana­ly­sées par Georges Dumézil :
    – l’é­co­no­mie, repré­sen­tée par le mar­chand ou le pay­san,
    – la défense, repré­sen­tée par le guer­rier ou le che­va­lier
    – le spi­ri­tuel, repré­sen­té par le prêtre.
    Valérie Bugault conso­li­de­rait ses pro­po­si­tions en repre­nant les tra­vaux du célèbre anthropologue.

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    • C’est vieux comme le monde, ajou­­te­­rais-je. Souvenez-vous des trois ordres : Oratores, Bellatores, Laboratores

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